PLAN CISTERCIEN
cas est rare, et l'on peut dire qu'habituellement le diamètrf de l'abside oscille entre deux fois et une fois et demie celui des absidioles.
On ne se contente pas toujours de mettre une absidiole sur chaque bras du transept; il y en a souvent deux ' et même trois. Ce dernier cas est très rare, il ne se rencontre que dans quelques édifices exceptionnels, comme Saint-Remi de Reims, ou quelques très importants monastères de l'ordre de Cîteaux -. Il a été
Fig. 295. — Obasine, d'après A. de Baudot.
Fig. 296. — Fonten.iy, d'après J. Bilson.
imité dans certaines églises de moindre dimension appartenant à des ordres qui, sans relever de Cîteaux, s'inspiraient des mêmes idées et suivaient une règle à peu près semblable, ainsi les Vaux-de-Cernay ', fondés par les moines de Savigny; Saint-Martin de Laon, qui dépendait de l'abbaye de Prémontré; et Obasine en Limousin (fig. 295), dont le fondateur, saint Etienne, entretint d'étroites relations avec les Cisterciens. On remarquera la forme carrée des chapelles élevées le long du transept d'Obasine et de Saint-Martin de Laon. C'est, en effet, un des traits qui permettent de reconnaître au premier coup d'œil les églises bâties par les moines
I. Par exemple à Cluny (fig. 229), à Saint- Sernin de Toulouse (fig. 278), à Conques (fig. 285), à Saint-Chef (Isère), à Chambon (Creuse), à Corneilla-de-Conflent (Pyr.-Or.). La cathédrale du Pu}' a deux absidioles sur chaque bras du transept, mais au lieu d'être placées sur le mur oriental, elles sont prises dans l'épaisseur des murs qui ferment les deux bouts du transept. Cette disposition insolite tient sans doute à ce qu'on avait dû réserver le mur oriental pour y percer des portes que la forme très accidentée du terrain n'aurait guère permis d'ouvrir ailleurs (N. ThioUier, Architecture romane du dioc. du Piiy, pi. 48).
2. Ajoutons que les églises cisterciennes ayant trois chapelles sur chaque bras du transept appartiennent pour la plupart à l'époque gothique. C'est le cas de la Cour-Dieu , dans la forêt d'Orléans, rebâtie entre 11 79 et 12 16 (Morize et de Dion, Etude sur l'ahh. des Vaiix-de-Ceniav, pi. 2) ; de Chiaravalle près de Milan, consacrée en 1221 (Dehio, pi. 192); de Maulbronn et d'Eberbach en Allemagne (Dehio, pi. 194).
3. L'abbaye des Vaux-de-Cernay fut fondée en II 18, mais son église, aujourd'hui en ruines, ne fut pas commencée avant 1140. L'ordre de Savigny dont elle dépendait se fondit, en 1147, dans celui de Cîteaux.
de Cîteaux. Dans tous les pays d'Europe où ils ont fondé des monastères, ils ont été fidèles à cette règle qui consiste à substituer aux absidioles voûtées en cul-defour des chapelles carrées ', placées côte à côte le long du transept ^. Ordinairement il y en a deux sur chaque bras (fig. 296). Grâce à cette disposition, les disciples de saint Bernard pouvaient réduire le chœur de leurs églises à des proportions très exiguës, tout en ayant la place voulue pour loger les autels dont ils avaient besoin. Ils satisfaisaient ainsi
Clain'aux. d'après J. Bilson.
Fig. 298. — Mauriac, d'après A. de Rochemonteix.
aux principes d'économie et de simplicité excessive qu'ils avaient adoptés par réaction contre les pieuses prodigalités de l'ordre de saint Benoît. Dans les grands monastères, où ils n'obtenaient point de la sorte assez d'autels pour le nombre de messes qu'ils avaient à dire en même temps, ils ajoutaient d'autres autels aux extrémités ou le long des murs occidentaux du transept, et c'est seulement dans les
1. En Italie, où l'ordre de Cîteaux a exercé une influence capitale sur les destinées de l'architecture religieuse, la grande majorité des églises du xiiF et du xive siècle ont conservé ce plan. C'est ce qu'a fort bien mis en lumière M. Enlart, dans son livre sur les Origines françaises de l'architecture gothique en Italie.
2. Depuis la seconde moitié du xiie siècle, ils ont adopté ce plan d'une façon constante. Dans
les églises plus anciennes, comme celle des Vaux-de-Cernav , ils ont quelquefois conservé aux chapelles du transept la forme en hémicycle, ou bien ils ont admis un mo\-en terme qui consistait à faire des absidioles en demi-cercle, mais en les englobant extérieurement dans un massif rectangulaire qui court parallèlement au transept, comme dans l'église du Thoronet (Réveil, t. II, pi. 14).