‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 186 sur 377 · TRIBUNES. — TRANSEPT. — SANCTUAIRE. — TOITURES · texte numérisé non relu

TRIBUNES. — TRANSEPT. — SANCTUAIRE. — TOITURES

La plupart des traits qui caractérisent l'arcliitecturc romane sont la conséquence des nécessités nouvelles qui .s'imposèrent aux constructeurs le jour où ils tentèrent de couvrir de voûtes en pierre toute la surface des églises.

Nous allons pas.ser en revue les plus notables de ces traits, en indiquant les transformations principales qu'ils ont subies au xi" et au xii' siècle.

Ce qui frappe tout d'abord quand on entre dans une église romane voûtée ou qu'on en étudie le plan ou la coupe, c'est le changement qui s'est introduit dans les proportions relatives des diverses parties de l'édifice. Pour résistera la poussée des voûtes, il a fallu augmenter l'épaisseur de tous les murs. Mais cela n'a pas sufîi; l'équilibre d'une voûte est d'autant plus dif^îcile à assurer que l'espace à couvrir est plus large, et que la naissance de la voûte est portée à une hauteur plus grande. Beaucoup d'architectes ont donc été conduits, pour simplifier le problème, à en réduire un des deux termes : largeur ou hauteur. Les uns ont fait des églises larges, mais d'élévation médiocre; les autres ont construit des nefs dont la hauteur est grande relativement à la largeur. Le premier cas est surtout fréquent en Provence; le second, en Bourgogne, en Auvergne et dans certaines régions plus au nord.

La nécessité de lutter contre la poussée des voûtes a fait introduire peu à peu dans la construction des murs, dans la forme des percements qui y sont pratiqués, dans la nature des supports qui en soutiennent une partie, des modifications nombreuses.

Une des plus générales consista à abandonner le petit appareil cubique que les Romains avaient importé en Gaule, et qui était encore très employé sous les Carolingiens. Passé le premier quart du xi'= siècle, il cède presque partout le pas au moyen ou au grand. Il se maintient assez longtemps néanmoins dans certaines parties de l'Ouest et l'on peut voir encore à la cathédrale du Mans (fig. 228) des portions de murs en petit appareil qui ne doivent pas être antérieurs aux travaux de reconstruction entrepris par les évêques Vulgrin et Hoël entre roéo et 1093.

La nécessité de construire de gros murs pour porter les voûtes conduit à modifier peu à peu la forme des percements pratiqués dans ces murs. Si, en effet, on

l'OKTES HT FENETRES

s'en était tenu aux dispositions anciennes, les portes ouvertes dans ces murs épais auraient eu l'aspect d'étroits couloirs, aussi déplaisants à la vue que peu propres à la circulation; quant aux fenêtres, elles n'auraient plus laissé passer la quantité de lumière nécessaire.

On renonça donc à percer les baies des fenêtres normalement aux murs qu'elles traversent, on les ébrasa, c'est-à-dire que leurs parois furent construites de biais de sorte que la baie va s'élargissant du dehors au dedans (fig. 332). L'ébrasement d'habitude ne règne pas seulement le long du tableau, c'est-à-dire des parois latérales de la baie; la paroi inférieure ou appui, et le cintre qui amortit la baie sont également ébrasés.

Il y a souvent 'double ébrasement, vers l'intérieur et vers l'extérieur, mais c'est toujours vers l'intérieur qu'il est le plus marqué

(fig- 333)-

Souvent encore l'ébrasement s'arrête à une petite distance du parement du mur pour laisser la place de loger des colonnettes et une grosse moulure encadrant la baie (fig. 334). Ce genre de décoration, assez fréquent dans les belles églises du xii'= siècle, peut se rencontrer sur la face interne comme sur la face externe du mur (fig. 335).

L'ébrasement ne se rencontre pas exclusivement dans les constructions romanes.

Fig. 332. — Fenctrc ibrasée.

Fig. 33;- l^ig- ;54- Hig- 355.

Principaux types d'ébraseniL-nt.

Les Romains y avaient parfois recours pour donner plus de jour à des salles basses ou mal éclairées '. On en .a également trouvé des exemples dans des édifices chrétiens du v= et du yi" siècle -. Beaucoup de fenêtres ont été ébrasées à l'époque carolingienne. Mais ce détail de construction n'est devenu d'un usage universel et systématique qu'à l'époque romane.

Pour les portes on a usé d'un artifice analogue, elles ont aussi un ébrasement, mais il n'est pas fait comme celui des fenêtres. D'abord l'élargissement est toujours tourné vers l'extérieur. En second lieu il n'est pas formé par de simples surfaces en biais, mais par une succession de ressauts rectangulaires correspondant à des vous-

I. Et mèmt dans des constructions qui 2. Ainsi dans une curieuse chapelle trichore

n'avaient point ce caractère, comme dans la découverte à Tabarca en Tunisie (BiiJI. aich. ruine antique appelée porte de Diane à Cahors. du Coiiiitc, 1892, p. 176).

sures, c'tst-à-dire ;\ des arcs concentriques en retrait les uns sur les autres et qui encadrent la baie (fig. 336).

Pour corriger la sécheresse des arêtes formées par ces voussures, on a généralement logé dans chaque angle rentrant une grosse moulure ronde qu'on nomme tore ou boudin, ou bien on a arrondi les arêtes en forme de tore. Quant aux piédroits, ils sont presque toujours garnis de colonnes, que les voussures soient ou non ornées de tores. Cette disposition dont on chercherait vainement des modèles

Fig. 3;6.

C.ien. Église Saint-Nicolas. Porte occidentale, d'après Kaprich- Robert.

dans l'architecture antique a inspiré aux artistes du xii"^ siècle et même à ceux du xi% des oeuvres d'un caractère fort original et parfois d'une grande élégance.

L'ensemble des voussures forme ce qu'on appelle l'archivolte. Les ornements sculptés dont on les couvre souvent donnent à beaucoup d'archivoltes un aspect d'une richesse extrême; c'est là que les artistes du xii'= siècle se sont plu ordinairement à déplover tout leur génie décoratif, et nous verrons, en étudiant l'ornementation romane, à quel point il était développé.

Dans les églises pourvues de collatéraux, les fenêtres et les portes ne sont pas les seuls percements pratiqués dans les murs ; il y a encore les grandes arcades qui mettent en communication la nef et les bas-côtés. Les murs dans lesquels elles

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