‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 194 sur 377 · C. Kniarl pli · texte numérisé non relu

C. Kniarl pli

ation, dont l'utilité pouvait être grande pour les réparations à faire dans les parties hautes du monument. Les services qu'elles pouvaient rendre à ce dernier point de vue n'ont pas toujours paru suffisants dans les édifices très élevés; et dans les grandes églises romanes de la Normandie et de l'Angleterre, .on a presque tou-

nef recevaient quelquefois des autels : celles de admis. Il a pu en être de même exceptionnella cathédrale du Mans en possédaient six (voir lement dans quelques églises des bords du Rhin ci-dessus, p. 187); le public devait donc y être où se voient des tribunes particulièrement vastes.

jours, ;m risque d'affaiblir les murs, pratiqué une autre galerie de circulation à la base des fenêtres hautes. Cette galerie est forcément très étroite, car elle est comprise dans l'épaisseur des murs et n'en sort qu'au droit des fenêtres (tîg. 349). Souvent, pour la rendre moins obscure, on l'éclairé à l'aide d'arceaux dont l'archivolte se marie à celle des fenêtres. Il en résulte une combinaison architecturale d'un effet assez original, qui a joui d'une grande vogue dans l'école normande depuis la fin du xi'' siècle jusqu'au milieu du xiii^

Les églises non voiJtées ont toujours une rangée de fenêtres au sommet de la nef; il n'y en a pas toujours dans les églises voûtées. Les usages à cet égard sont aussi divers que les écoles d'architecture qui se sont formées en France au cours de l'époque romane ; nous les passerons sommairement en revue en étudiant ces écoles.

Le transept, à l'époque romane, est rarement muni de bas-côtés; aussi ne comporte-t-il habituellement ni tribune, ni triforium. Toutefois dans les grandes églises, comme Saint-Sernin de Toulouse (fig. 465), Sainte-Fo}' de Conques (fig. 3 5 2), etc., où il est flanqué de collatéraux, on lui donne même ordonnance qu'à la nef. Il est rare que bas-côtés et tribunes se continuent, comme à Saint-Sernin, le long du mur en retour d'équerre qui ferme chaque extrémité du transept. En revanche on a parfois élevé des tribunes le long de ce mur, quoique le transept n'ait pas de collatéraux, mais en ce cas elles sont découvertes comme des tribunes d'orgue. On en voit des exemples à Saint-Georges de Boscherville (fig. 358) et à Saint-Etienne de Caen en Normandie. Ces tribunes ou\'ertes donnent quelquefois accès à des chapelles hautes, avec lesquelles elles communiquent par des escaliers en vis ou par d'étroits couloirs pratiqués dans l'épaisseur des murs '.

Les bras du transept n'étant généralement pas flanqués de bas-côtés, leurs murs n'étaient pas affaiblis par de grandes arcades comme ceux de la nef, aussi a-t-on osé les couvrir d'une voûte en berceau dans plus d'une église dont la nef n'était pas voûtée -.

La croisée du transept, c'est-à-dire le carré formé par son intersection avec la nef, se prêtait mal à l'emploi de la voûte en berceau ; aussi la couvre-t-on généralement d'une coupole, ou plus rarement d'une voûte d'arêtes.

Les églises romanes dont la croisée est couverte d'une coupole sont innombrables ; on en trouve dans toutes les parties de la France, mais surtout au sud de la Loire. Tantôt cette coupole est portée sur pendentifs, tantôt sur trompes. Le premier de ces deux systèmes est le plus employé dans les Charentes et en Poitou ', en Périgord, dans le Sud-Ouest ', et même en Limousin >. Il est rare en dehors

1. Voir la description de l'église de Saint-Sever 3. Églises de Mouthiers, Rouillac, Châtres, dans les Landes, donnée par M. Brutails (Bull. Saint-Q.uentin de Chalais, Jazeneuil, etc. archéol. du Comité, 1900, p. 48). 4. Sainte-Croix, Grand-Brassac, Saint-Amand-

2. Il en est de même dans bon nombre de-Coly (Dordogne),'Souillac (Lot), Saint-Emid'églises dont la nef est couverte de coupoles; lion (Gironde).

mais cela tient souvent à une différence de date 5. Viollet-le-Duc {Dict., IV, p. 355) a rangé

entre le transept et la nef et non à une idée pré- à tort le Limousin au nombre des provinces où conçue de l'architecte. la trompe était préférée. Les exemples de pen-

de ces provinces. Le second est à peu près le seul employé en Auvergne ', en

l"io. 559. — Le Dorât. Vue sur ]e transept.

Bourgogne - et dans une grande partie du Midi \ On le rencontre aussi dans les

dentifs à la croisée v sont très nombreux ; on en voit à Bénéveiit (fig. 239), Saint-Robert, la Graulière, Saint-Junien, Obasine, Beaulieu, le Dorât (fig. 359), et jusqu'à Chambon dans la Marche, et à Gargilesse dans l'Indre.

I. Ennezat, Ro\'at, Saint-Nectaire (fig. 538), Orcival (fig. 463), Issoire (fig. 3 5 1), Meilhat (Puyde-Dôme) ; Dienne (Cantal) ; Chamalières (fig. 260) et Polignac (Haute-Loire), çtc. Par exception,

la coupole est sur pendentifs à Herment (Puy-de^ Dôme), à Auriac-l'Église et à Anglards (Cantal).

2. Par exemple à Cluny, Parav-le-Monial, Beaune (fig. 348), Varennes-l'Arconce , Bois- Sainte-Marie, Châteauneuf, etc.

3. Par exemple à Saint-Paul-Trois-Châteaux (fig. 433), Bolirg-Saint-Andéol, le Thor (Revoil, I, pi. 59), la Garde-Adhémar, Saint-Sernin de Toulouse {Arch. des Mon. hist., t. V, pi. 52), etc.

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provinces où les pendentits étaient ;i la mode, et il semble que c'était presque partout le système préféré quand au-dessus de la coupole s'élevait un clocher '.

La voûte du carré du transept n'est pas toujours placée au même niveau que les autres voûtes hautes de l'édifice. Quand la croisée est surmontée d'une tour, on a souvent reporté la voûte au-dessus du premier étage de fenêtres percées dans cette tour, qui forme ainsi lanterne au-dessus du carré du transept. Il }' en a de beaux exemples dans le Centre, notamment à Benévent et au Dorât (fig. 359). Mais c'est surtout en Normandie que l'on a eu le goût de ces tours-lanternes, et dès le xi'= .siècle, c'est-à-dire à une époque où les églises normandes n'étaient pas encore voûtées, on aimait à en surmonter la croisée de hautes tours carrées dont les fenêtres déversaient à l'entrée du sanctuaire une lumière abondante. Les admirables ruines de Jumièges (fig. 407) et de l'abbaye d'Hambie montrent mieux peut-être que les monuments encore complets l'effet grandiose produit par cette belle 'disposition.

Dans la plupart des églises, le sanctuaire diffère trop de la nef par son plan et ses proportions pour qu'on ait pu lui donner la même ordonnance. Néanmoins quand il est entouré d'un bas-côté, on lui conserve souvent en élévation les mêmes dispo.sitions qu'à la nef, mais seulement dans la partie rectiligne du chœur, car, au rond-point, l'étroitesse des travées a presque toujours imposé des dispositions spéciales, telles que la substitution de supports en forme de colonnes aux gros piliers de la nef, l'emploi d'arcades très étroites et au cintre très surhaussé, souvent même l'adoption de l'arc brisé quand les autres arcades de l'édifice sont en plein cintre. Ajoutons à cela que, le chœur étant souvent voûté en berceau et le chevet en cul-de-four, il n'est pas rare que, pour rendre moins dangereuse la poussée de ces voûtes, on se soit résigné à réduire notablement la hauteur de cette partie de l'édifice. Cela ne laissait plus la place de percer un triforium de grande dimension ; aussi, pour en tenir lieu, a-t-on parfois garni d'une arcature aveugle l'espace vide entre les arcades du chœur et les fenêtres hautes. L'église de Saint-Genou en Berry en offre un bel exemple du xi'= siècle (fig. 360).

Le chœur est très souvent privé de fenêtres, mais il est bien rare que l'abside le soit. Elle en reçoit généralement trois, quelquefois plus. Quand l'abside est très élevée, on a quelquefois deux étages de fenêtres superposées. L'église de la Trinité à Caen offre un superbe spécimen de cette disposition, qui convenait particulièrement bien aux belles proportions des églises normandes. Dans les églises dont le chœur est ceint d'un collatéral, il est rare qu'une rangée de fenêtres ne soit pas percée dans les murs du rond-point au-dessus du comble de ce collatéral ''. En ce cas, la portion de mur contre laquelle ce comble s'appuie est ordinairement ornée d'une arcature aveugle comme à Saint-Étienne de Nevers (fig. 350) K

I. Ainsi à Puvpéroux, Cellel'rouin, Montbron 2. Beaulieu (Covrèze), Fontevrault, Orcival.

(Charente). 3. Les chevets où l'on a ménagé des tribunes

Le collatéral du chœur quand il se poursuit autour du sanctuaire a généralement

Fig. ;6o. — Saint-Genou (Indre). Vue sur le chœur.

même largeur et même hauteur que celui de la nef. Il est quelquefois voûté

avec triforium au-dessus de la carolle, comme à mement rares avant le milieu du xii": siècle. Saint-Germer ou à Fontgombault , sont extrê-

CHO-XIR, ABSIDK, ABSIDIOIJÎS

en berceau, comme à Tournus (rtg. 561), mais la constructidii d'un berceau annulaire dans la partie courbe offrant d'assez grandes difficultés, on a généralement préféré la voûte d'arêtes qui a l'avantage d'être plus souple et de se marier beaucoup mieux au plan trapézoïde des travées entourant le rond-point. La construction de ces voûtes d'arêtes n'était point non plus chose aisée. Viollet-le-Duc ' a magistralement retracé la série de tâtonnements par laquelle il fallut passer avant de découvrir une solution à peu près satisfoisante. |e dis « à peu près «, parce que la

p. des Fon ;6r. — Tournus. Pourtour Ju chœur.

solution idéale ne lut trouvée qu'avec l'invention de la croisée d'ogives, si bien qu'on peut se demander si ce n'est pas la recherche de ce problème qui a conduit à l'invention de l'ogive. Je serais fort tenté de le croire s'il était prouvé que les curieuses voûtes d'ogives du choeur de Morienval (tig. 254) sont aussi anciennes qu'on l'a dit parfois -.

L'emploi des voûtes a conduit beaucoup de constructeurs à modifier la disposition des toitures. En effet les charpentes, telles qu'on les construisait depuis l'antiquité, ne pouvaient se concilier avec les voûtes qu'à la condition de donner aux murs goutterots une hauteur assez grande pour que les tirants de la char-

1. Diclionn. d'archit., t. IX, p. 489 et s. xi<: siècle, mais il semble difficile de les croire

2. On les a parfois attribuées à la fin du antérieures à 1 120 ou 11 50.

pente ne vinssent pas rencontrer la voûte. C'est ce qu'on a fait dans certains paj's, comme la Bourgogne, surtout quand la nef était voûtée d'arêtes.

On pouvait, il est vrai, réduire notablement la hauteur des murs goutterots en supprimant les tirants et en les remplaçant par des entraits relevés et quelque combinaison de jambes de force et de blochets, comme on en voit dans beaucoup de nos bâtiments modernes. Mais toutes ces combinaisons ont le défaut de pousser au vide, ce qui est grave pour des édifices voûtés où l'on a déjà tant de mal à lutter contre la poussée. Les architectes de la fin du moyen âge n'en ont pas moins usé de ces artifices, mais je n'oserais affirmer que ceux de l'époque romane se soient montrés aussi hardis. Ils ont préféré, dans une grande partie de la France, supprimer complètement les charpentes et faire porter la toiture sur les reins mêmes des voûtes. Dans le Midi, où il ne pleut guère, dans les régions surtout où les toitures étaient faites de ces larges pierres plates, que l'on appelle des laves, ce système avait beaucoup d'avantages. Mais dans les pays pluvieux, dans ceux où les édifices ont été couverts de toitures en tuiles mal entretenues, ou de pierres de nature poreuse, il permet à l'humidité d'exercer ses ravages dans les voûtes. Aussi beaucoup d'architectes modernes ont-ils déclaré une guerre acharnée à ce vieux mode de couverture. Les uns ont imaginé quelque système de charpente permettant d'isoler la toiture de la voûte, les autres ont conservé les toitures en pierres plates, mais en substituant au rustique et pittoresque agencement jadis en usage de véritables dallages, soigneusement appareillés et munis de gros couvre-joints, dont je n'ai jamais rencontré le modèle dans aucune construction romane '.

C'est surtout avec les coupoles que s'accordaient mal les systèmes de toitures en usage dans nos pays d'Occident. Aussi dans les églises de cette catégorie a-t-on généralement cherché à se passer de toiture, en appareillant avec soin l'extérieur des coupoles et en garnissant leur base de glacis ou de dallages facilitant l'écoulement des eaux. Il en reste un curieux spécimen à l'une des coupoles de l'église Saint-Etienne, à Périgueux. Sa voisine, l'église Saint-Front, en oflrait un autre avant la restauration qui l'a si fort dénaturée au cours du xix'' siècle. Malheureusement les creux existant entre les coupoles offraient, dans notre climat, trop de prise à l'humidité ; il en est résulté partout des désordres graves auxquels on a tenté de remédier dans la suite en englobant les coupoles sous des toitures ; mais rien dans ces édifices n'ayant été prévu pour porter des charpentes, on les a agencées au hasard et sans plan préconçu.

C'est dans les églises non voûtées, et dont par suite les charpentes restaient apparentes, que les ouvriers de l'époque romane ont dû déployer toute leur habileté. Je ne connais malheureusement en France aucun exemple bien authentique de leur savoir-faire. M. Choisy prétend avoir retrouvé à Vignoiy des restes suffi-

I. VioUet-le-Duc a été un des propagateurs de particulier à Saint-Sernin de Toulouse. J'ignore ce fâcheux mode de restauration. Il l'a appliqué s'il en a été l'inventeur, mais il n'a eu sur ce à plusieurs de nos plus beaux monuments, en point que trop d'imitateurs.

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sants pour restituer la charpente primitive de cette église ' ; malheureusement il a négligé de nous les faire connaître en détail. Il existe en Belgique, à Vossem entre Bruxelles et Louvain, à Bierbeck et à Mousty, des églises dont on fait remonter les charpentes à l'époque romane -. Mais celles-ci sont très grossières et indignes d'un temps et d'un pays où l'on était sûrement capable de fiiire infiniment mieux. Aussi j'estime qu'on peut se faire une idée beaucoup plus exacte de ce que pouvaient être les charpentes apparentes qui couvraient les grandes églises, comme la Trinité de Caen ou Saint-Georges de Boscherville, en étudiant celles qui se sont conservées en Sicile dans quelques-uns des somptueux édifices élevés par les princes de la dynastie normande, notamment à Monreale et à Cefalù. Violletle-Duc en a justement feit ressortir le haut intérêt K Je n'affirmerai pas que les nôtres fussent en tout point semblables, mais elles devaient s'inspirer des mêmes principes, et l'on peut croire, à en juger par les traces qu'elles ont laissées sur les murs de beaucoup d'églises, qu'elles en différaient surtout par leur acuité plus grande. Il fimt noter, en effet, que depuis le début de l'époque romane il y a eu une tendance constante à augmenter la pente des toitures et à abandonner les formes aplaties, que l'architecture antique née dans la partie chaude de l'Europe avait adoptées, mais qui ne convenaient guère aux pays moins favorisés par le climat. Cette tendance s'est surtout accentuée à l'époque gothique avec l'emploi de plus en plus fréquent des toitures en plomb ou en ardoise. A l'époque romane, c'est encore la tuile qui domine dans les couvertures. La tuile à rebords des Romains a passé de mode, mais on fait grand emploi dans le Midi de la tuile creuse. Elle ne convient pas aux toits très inclinés ; aussi dans les régions plus septentrionales, comme la Bourgogne, la Champagne, les Flandres, préfère-t-on la tuile plate à bout arrondi ou terminé en pointe, qui se prête à des pentes beaucoup plus rapides.

1. Hisl. dt' Vdrchil., t. II, p. i6i. hanl, p. m, 144 et 238.

2. Lemaire, Oriirincs du slyk gothique eu Bru- 5. Dicliou. d'arcbit., t. III, p. 25.

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