I. Brutails, Art relig-ios en cl Rossillo, pi
ment ornées de l'édifice. Dans certaines églises où la nef est fort élevée, le mur de
Fig. 386. — Façade d'Ëchillais (Charente-Inférieure).
façade est percé de deux rangs de fenêtres superposées, comme on le voit dès le xi= siècle à Saint-Etienne de Caen (fig. 387).
Fig. 387. — Saint-Étienne de Gien. Façade principale
Le pignon de la façade était parfois orné d'une grande croix. Le diocèse de Beauvais en a conservé une série d'exemples remontant au xi'= siècle. Il y en a du xii*^ à Avor, à Jussy-Champagne (fig. 388), à Esvres-le-Moutier, avec une décoration d'entrelacs visiblement inspirés de modèles carolingiens. Le pignon pouvait encore être orné d'un oculus encadré de moulures, ou agrémenté de festons.
PIi. M. H.
Fig. 388. — Jussy-Champagne (Cher). Croix orn.int le pignon de la f.-içade.
Parfois on le transformait en un motif de sculpture, comme à Notre-Dame-la- Grande de Poitiers (fig. 479).
Les architectes romans avaient une grande prédilection pour les arcatures aveugles. C'est un motif de décoration très riche et qui produit toujours un heureux effet à la façade des églises, que l'arcature ' soit placée au niveau de la fenêtre de façade et l'englobe sous un de ses arceaux, ou qu'elle dessine une puissante ligne horizontale au-dessus ou au-dessous de cette fenêtre. Il y a même parfois, comme à Ouistreham, plusieurs arcatures superposées (fig. 389). Parfois
I. C'est peut-être ici l'occasion de protester contre l'emploi que quelques archéologues font du mot arcature pour désigner un arc ou une arcade isolée. 11 ne doit s'appliquer qu'à une série d'arcades, comme l'a fort bien dit Viollet-le-Duc {Dict., t. I, p. 88). L'employer autrement n'est pas seulement une erreur de terminologie, c'est
une faute de français, semblable à celle qu'on commettrait en appelant ossature un os isolé, ou armature une des pièces qui forment la carcasse d'un objet ou une des tringles qui garnissent le châssis d'un vitrail. MM. Georges Durand et J. Brutails ont fait à cet égard d'excellentes observations au.'iquelles je m'associe pleinement.
Fig. 389. — Ouistreliam (Calvados). Façade principale.
Lasteyrie. — Arcbilecliir.
l'arcature s'arrête aux contreforts qui délimitent l'espace correspondant à la nef. Ailleurs elle règne sur toute la largeur de la façade.
En Normandie, en Poitou, en Saintonge, où l'on a particulièrement goûté ce genre de décoration, il est souvent d'une grande richesse. Chaque arceau est encadré d'une archivolte couverte de moulures ou d'ornements d'une abondance et d'une variété extrêmes. Il y a même eu des façades, comme celles de Pérignac ', de la cathédrale d'Angoulême (fig. 480) et de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers (tig. 479), où sous chaque arceau on a représenté en relief des personnages ou des scènes pieuses. En Saintonge, où une très féconde école de sculpteurs a régné pendant tout le xir siècle, l'importance donnée à ces éléments décoratifs est souvent telle que la forme même de la façade s'en trouve altérée. Ce n'est plus une clôture dont les grandes lignes rappellent les principales divisions du vaisseau qu'elle sert à fermer, c'est une sorte d'écran que l'on a cherché à faire le plus riche possible sans se préoccuper des lignes de la construction qui s'élève derrière. Nulle part ce caractère n'est plus accentué que dans les splendides façades de Petit-Palais, d'Échillais (fig. 386), d'Échebrune, etc.
Il n'est pas rare qu'une partie de la façade soit cachée par un porche. C'est peut-être un souvenir du narthex des anciennes basiliques. Toutefois il y a tant de variétés dans la forme des porches, et beaucoup ressemblent si peu aux narthex des basiliques, qu'il est peut-être plus sage de ne pas chercher entre les uns et les autres une corrélation trop directe.
Le type de porche le plus usuel consiste en un rectangle clos de murs et couvert d'un toit en appentis appuyé au mur de façade. Des baies formant une arcature continue comme à Hermon ville (fig. 390), ou groupées par deux ou par trois comme à Urcel (fig. 391), sont pratiquées à hauteur d'appui dans le mur antérieur du porche et dans ses murs latéraux. Il est rare qu'un porche ait plus d'une entrée. On y pénètre par une arcade en plein cintre, ouverte dans l'axe de l'édifice ou quelquefois à un des deux bouts du porche. Habituellement le porche occupe toute la largeur du mur de façade. Il est très rare qu'il fasse retour sur un des côtés, comme à Epfig en Alsace -. En revanche, il a souvent des dimensions assez restreintes. Il peut même se réduire à un simple avant-corps voûté, recouvert d'un toit à deux pentes et construit en avant de la porte principale. Tel est celui qui fut ajouté, vers le milieu du xii' siècle, en avant de l'église Notre-Dame-des-Doms à Avignon '. Des porches du même genre peuvent se rencontrer également devant une porte latérale, comme à Saint-Paul-Trois-Châteaux ■*. Cela est surtout fréquent quand, par le hasard des circonstances, cette porte latérale se trouve être la plus importante de l'édifice, comme à Moissac ou à Beaulieu en Limousin.
Enfin le porche forme souvent le soubassement d'un clocher, et nous verrons
1. Bull, anhéol. du Comité, 1910, pi. 44. 3. Labande, Bull, archéol. du Comilé, 1906,