‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 212 sur 377 · LES CLOCHES · texte numérisé non relu

LES CLOCHES

de l'invention qu'on lui attribue, et de nous le dire s'il en avait mis. Il est donc probable que cette légende n'a aucun fondement, et qu'elle a été imaginée par quelque clerc soucieux d'expliquer le nom que les cloches ont souvent dans la basse latinité, cainpana ou iwla '.

Quoi qu'il en soit, on se servait sûrement de cloches en Gaule au temps de Grégoire de Tours, car il en parle à plusieurs reprises. Il les désigne sous le nom de signuni; qui est resté en usage pendant tout le moyen âge et a formé le mot seing qu'on rencontre souvent dans les vieux textes français.

On s'est demandé si les siona dont parle Grégoire de Tours n'étaient pas de simples tablettes de métal que l'on frappait avec un marteau. Les anciens employaient, en effet, de ces tablettes ; les moines d'Orient en firent également usage, et on s'en servit dans nos abbayes d'Occident jusqu'à une époque tardive, car les Coutumes de Saint-Germain-des-Prés, rédigées à la fin du xiV siècle, prescrivent de convoquer les moines au chapitre à l'aide d'un appareil de ce genre, et dom Martène, au début du xviii'= siècle, en vit encore un dans l'abbaye de Clairmarais -.

Mais il ne me paraît pas douteu.K que les signa de Grégoire de Tours ne fussent de vraies cloches, car on les sonnait pour annoncer les offices ', ce qui obligeait à les suspendre à l'extérieur des églises afin que le son pût s'en répandre au loin, et on les mettait en branle de l'intérieur à l'aide d'une corde +, ce qui constitue une autre ressemblance avec les cloches de date ultérieure. La plupart des auteurs admettent que les cloches au temps de Grégoire étaient de petite taille, et que l'on pouvait se contenter de les loger sous un petit abri en bois élevé sur le toit, comme dans certaines communautés religieuses. Or ceci me paraît excessif, car on verra tout à l'heure qu'il y avait des tours assez grandes auprès de beaucoup d'églises, et il semble certain qu'elles ont servi à contenir des cloches.

Les plus anciennes cloches que l'on connaisse sont petites et de fabrication grossière. La plus vieille peut-être est celle de sainte Godeberte à Noyon. Elle est formée de deux lames de métal battu, reliées par des rivets. Elle n'a que o m. 27 de hauteur, ou 0 m. 32 en comptant la poignée, c'est-à-dire qu'elle ne dépasse pas de beaucoup les grandes clochettes que, dans certains pays, on accroche au cou des bestiaux. Elle en rappelle d'ailleurs la forme et le son.

On conserve à Sainte-Cécile de Cologne une autre cloche de fabrication analogue, mais de plus grande dimension (fig. 394). On les attribue l'une et l'autre au vu' siècle, parce que des textes explicites nous apprennent qu'au viii'= on savait faire des cloches fondues '. Mais les documents écrits sont si rares pour ces

1. Voir le Glossaire de Du Gange au mot 4. « Ad funem illum de quo signum commo- Nola, et la Real Encykhpàdie de Kraus au mot vetur advenit » (Mirac. S. Mart., 1. I, c. 28). Glochen. 5. i\\hsn'L&'ada,Archit. monastique, l.l,^. 159.

2. Voyage lut., 2" partie, p. 185. Le moine de Saint-Gall raconte la fin tragique

3. « Signum ad matutinas audiens fuisse com- d'un fondeur qui avait remplacé par de l'étain niotum » (Hist. Franc, I. II, c. 23 ; cf. Ihid., l'argent que Charlemagne lui avait donné pour III, c. 15, et De Mirac. S. Mari., II, 45). mélangeraumétald'uneclochequ'ildevaitfondre.

TOURS ET CLOCHERS

époques lointaines que leur silence ne saurait être une preuve que l'art de fondre des cloches ne puisse être beaucoup plus ancien. Par contre on a probablement

l-ii;. ;t>|. — Cloclie de Cologne, d'aprùs A. LeiK.ir.

Fig. 59). — Cloche de la Villedicu, d'après E. Rupin.

continué longtemps à faire, par économie, de ces cloches en métal rivé. Le petit village de la Villedieu en Périgord en possède une (fig. 395) ' dont la forme rappelle

Fig. ^396. — Cloche de Canino, d'après J.-B. de Rossi.

Fig. 597. — Cloche de Rocamadour d'après E. Rupin.

beaucoup celle de Cologne. J'ai peine à croire l'une beaucoup plus vieille que l'autre et à leur attribuer une antiquité très reculée.

Il faut encore citer parmi les cloches les plus anciennes celle que l'on a découverte à Canino en Italie (fig. 396), et que M. de Rossi a cru pouvoir classer entre le vu' et le ix'-' siècle -. Mais il aurait peut-être changé d'avis s'il avait connu la

I. Rupin, ft)C«»/i(i/i)/(r, p. 545; Alfred Mas, La urchcolùgique de la Corrcic t. XVII, p. 237). ckvbe lie la Villedicu (Bull, de la Soc. hisl. el 2. Revue de Vaii chrélieii, 1890, pi. i.

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