‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 228 sur 377 · I. Arch. des Mon. hisl., t. II, pi · texte numérisé non relu

I. Arch. des Mon. hisl., t. II, pi

TOURS ET CLOCHERS

On donne habituellement comme prototype de tous les clochers couronnés de la sorte celui de Saint-Front de Périgueux, mais on a probablement vieilli outre mesure ce curieux monument, et malgré l'apparence archaïque qu'il avait avant d'être restauré (fig. 427), il est difficile de le croire antérieur au commencement du XII'' siècle ' . C'est une magnifique tour carrée percée sur chaque face de quatre rangs de trois baies et couronnée d'une sorte de rotonde formée par des colonnettes très rapprochées que coiffe une calotte ovoïde. Le passage du carré au rond se fait par un encorbellement grossier qui jure singulièrement avec l'habile agencement et l'excellent appareil des deux petites coupoles qui recouvrent le rez-de-chaussée de la tour. Ce serait à croire que celles-ci ont été ajoutées après coup, si pareille hypothèse ne supposait une reprise en sous-œuvre d'une hardiesse par trop invraisemblable.

Le clocher de Saint-Front, quoi qu'en ait dit Viollet-le-Duc, n'a pas fait école, car on ne connaît ni en Périgord, ni dans les provinces voisines, aucune imitation de sa partie carrée, et si les clochers terminés par une calotte analogue ne sont pas rares, ils sont agencés si différemment qu'il est difficile d'en faire des descendants directs du clocher de Saint-Front. Ils se rattachent en réalité à la famille des clochers à flèche octogone et présentent les mêmes variétés, c'est-à-dire que le cône en pierre qui les termine peut reposer sans autre accessoire sur le dernier étage carré comme à Bassac (fig. 478) ou bien être précédé d'un étage octogone, comme à La Palud (Charente), ou d'un étage circulaire, comme dans le magnifique clocher qui surmonte le carré du transept de Notre-Dame de Saintes (fig. 428), ou même de deux étages circulaires, comme dans ceux qui flanquent lés petites églises de Roullet (Charente) ou de Fenioux (Charente-Inférieure) ^ qui sont incontestablement les chefs-d'œuvre du genre.

Les procédés de construction usités pour assurer la stabilité de ces clochers à

Kg. 428

■ Clocher de Notre-D.-inie de Saintes

I. Viollet-le-Duc l'attribuait au commencement du xie siècle {Dict. d'archil., t. III, p. 288)

ou à k fin du X" siècle (Ihid., p. 504). 2. Arch. des Mon. hist., t. IV, pi. 58.

l-'LECHES CONIQUES OU OVOÏDES 4(^5

flèche conique sont ceux mêmes que j'ai décrits en parlant des clochers à flèche octogone, encore une preuve qu'il s'agit de deux variétés d'une même famille. Les uns et les autres sont ordinairement flanqués de clochetons qui sont placés à la naissance de la flèche et, quand elle est précédée d'un étage rond, à la base de celui-ci.

Remarquons en terminant que la plupart de ces flèches coniques, et surtout celles dont la forme est plus ou moins ovoïde, sont fréquemment couvertes d'écaillés retournées. VioUet-le-Duc a cherché à justifier cette disposition qui semble peu favorable à l'écoulement des eaux pluviales'. Je suis porté à croire qu'il a prêté aux inventeurs de cette anomalie plus d'esprit qu'ils n'en avaient, et que leur. seule préoccupation a été de corriger par cet artifice purement décoratif l'aspect trop sec qu'aurait eu une surface courbe tout unie.

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