ESSAIS DE CLASSIFICATION
Ouest, s'étendant de la Dordogne aux Pyrénées; 5° celle d'Auvergne, correspondant à peu près aux départements du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et de l'Allier ; 6° l'école germanique, allant des bords du Rhin jusqu'en deçà des Vosges ; 7" enfin l'école bourguignonne, dont il reculait les limites jusqu'à la Méditerranée, mais en admettant qu'elle pourrait être subdivisée en deux sections, l'une comprenant le bassin de la Saône, l'autre le bassin du Rhône.
VioUet-le-Duc n'est jamais arrivé à se taire une opinion aussi nette sur la question, car il a passé successivement de sept écoles à onze, puis à treize, pour revenir finalement à onze, ce qui nous éloigne fort de la classification proposée par M. de Caumont'. On en est encore plus loin avec M. Anthyme Saint-Paul, qui admet quinze écoles. Il est vrai qu'il propose de les grouper en un petit nombre de familles correspondant à six régions principales ; mais ces régions sont loin d'avoir les mêmes limites que celles qu'avait proposées Caumont-.
Quicherat a préconisé un système fort différent des précédents. Faisant abstraction de la distribution géographique des monuments, il a prétendu les classer en tenant uniquement compte du genre de voûtes employé pour en couvrir la nef. Il a été ainsi amené à distinguer un grand nombre de familles qui ne sont pas toutes fort homogènes, car on y rencontre côte à côte des édifices aussi disparates que Saint-Etienne de Nevers -et Saint-Germain-des-Prés, ou encore l'église d'Ainay à Lyon et celle de Saint-Savin en Poitou >.
Dans les dernières années de sa vie, il sentit sans doute les inconvénients de ces subdivisions trop multipliées et, sans abandonner le critérium qui avait servi de base à tout son système ■*, il en vint à répartir les églises romanes entre huit écoles > qu'il partageait en quatre groupes.
Il me paraît superflu de faire la critique détaillée de ces divers essais de classifi-
I. Dans le trop court article de son Dictionnaire (t. V, p. 155) spécialement consacré aux écoles, il en énumère sept : 1° Ile-de-France et Normandie; 2° Provence; 30 Languedoc; 4oPérigord; 50 Saintonge ; 6° Angoumois ; 7° Poitou. — Quelques pages plus loin, au mot Eglise (t. V, p. 163 et s.), il reprend la question : il sépare l'école normande de celle de l'Ile-de-France et ajoute aux précédentes celles de la Bourgogne, de l'Auvergne et de la Champagne, ce qui fait onze, si on laisse de coté l'école franco-champenoise qui figure dans cette énumération (Ibid., p. 164), mais qui était évidemment dans sa pensée une école gothique et non romane. — En 1875, la Commission des Monuments historiques publia une carte sur laquelle sont indiquées par des teintes variées les « Écoles d'art du territoire français pendant la première moitié du xii<: siècle ». Une notice de quatre pages fut rédigée par Viollet-le-Duc pour l'explication de cette carte. On v trouve énumérces treize écoles
(Du Sommerard, Les Moniinients historiques à l'exposition de Vienne, Paris, 1876, p. 392 à 395). Enfin, quatre ans plus tard, dans son rapport sur le Musée de sculpture comparée publié au Journal officiel du 30 juin 1879, il n'en compte plus que onze.
2. Annuaire de Varchéologue français, fs année (1877), p. 93 et s.
3. Il a exposé son système dans la Revue archéol., t. IX, p. 525 à 540. Ce mémoire a été réimprimé dans ses Mélanges d' archéol. el d'hist., p. 99 à 113.
4. J'ai donné un résumé de ce système dans ses Mélanges, p. 484.
5. Ecoles de Provence, de Bourgogne, de Poitou, d'Auvergne, d'Aquitaine, de Normandie, des bords du Rhin et de l'Ile-de-France. Il ne faisait pas figurer les églises à coupoles dans ce tableau, sous prétexte « qu'elles dérivent d'un type qui n'est pas la basilique romaine. » (Mélanges, p. 485.)
408 ÉCOLES d'architecture a L'ÉPOaUE ROMANE
cation. Celui de Quicherat, sous sa dernière forme, est d'une simplicité et d'une logique remarquables, mais il a le grave défaut de reposer sur un élément unique, la voûte de la nef; or beaucoup d'églises ont perdu leurs voûtes primitives, et d'autre part certaines écoles étaient parfaitement constituées et avaient déjà produit des édifices de premier ordre avant que l'usage de voûter la nef ne s'y fût introduit. Cet élément ne suffit donc pas à caractériser les écoles romanes.
Je ne sais que dire de la classification de VioUet-le-Duc, tant les passages de son Diclioniiairc où il en est question sont vagues et contradictoires. Xulle part d'ailleurs il n'a clairement exposé les motifs qui l'ont amené à des conclusions aussi peu concordantes. M. Anthyme Saint-Paul a serré le problème de beaucoup plus près, mais il l'a compliqué à l'excès en prêtant une attention trop grande à des détails accessoires qui n'ont aucune influence sur la structure des édifices. Par contre, il partage avec VioUet-le-Duc le mérite d'avoir essayé de déterminer avec précision les limites géographiques des diverses écoles.
Aucun de ces systèmes n'est donc pleinement satisfaisant, et l'on comprend que certains auteurs récents, comme M. Enlart, aient préféré s'en tenir à la classification purement géographique de M. de Caumont. Ce procédé empirique a quelques avantages, car il existe des relations manifestes entre les écoles d'architecture à l'époque romane et les anciennes divisions territoriales de la France. Il faut seulement se rappeler que le domaine de ces écoles coïncide rarement avec les limites des anciennes provinces, et que les divisions ecclésiastiques ont eu autant d'influence que les divisions politiques sur leur répartition géographique. Ainsi s'expliquent lés ressemblances que présentent des églises fort distantes l'une de l'autre, alors que des édifices à peine éloignés de quelques kilomètres appartiennent à des types très différents. Veut-on savoir, par exemple, pourquoi la cathédrale de Langres (fig. 447) et l'église Saint-Lazare d'Autun (fig. 444) semblent copiées sur un même modèle, c'est que toutes deux dépendaient de la métropole de Lyon ; pourquoi des églises toutes voisines, comme celles de Saint-Paul-Trois-Châteaux et de Bourg-Saint-Andéol, sont si dissemblables, c'est que la première relevait de la province ecclésiastique d'Arles, la seconde de celle de Vienne.
Là toutefois n'est pas le seul facteur qui ait agi sur la formation des écoles romanes. Maintes causes ont pu soustraire certaines localités, voire même des régions entières aux influences qui s'exerçaient dans le reste de la province. Tantôt c'est l'action directe de quelque riche établissement religieux ; tantôt la nature du sol et la qualité des matériaux dont on disposait ; tantôt des circonstances politiques qui multipliaient les relations entre localités relevant de métropoles diff'érentes ou créaient au contraire des rivalités entre populations dépendant d'un même centre religieux.
J'ajouterai que toutes les parties de la France n'ont pas joué un rôle d'égale importance dans le développement de l'architecture romane. Il y en a, comme certaines régions du Languedoc, qui n'ont pas eu d'école bien caractérisée, mais