‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 231 sur 377 · ESSAIS DE CLASSIFICATION 4O · texte numérisé non relu

ESSAIS DE CLASSIFICATION 4O

ont subi, un peu ;iu hasard, l'influence des régions voisines. D'autres, comme la Picardie et l'Artois, par suite des guerres ou de l'emploi de pierres de qualité inférieure, ont vu disparaître presque toutes leurs églises romanes, et les échantillons qu'elles en ont conservés sont trop rares ou trop défigurés pour qu'on puisse dire si elles ont possédé jadis une école d'architecture et quels en ont été les caractères.

Il est donc impossible, en dressant le tableau des formes que l'architecture romane a affectées en France, de taire à chaque province une part proportionnée à son étendue. Mais on peut distinguer un petit nombre de grandes régions dont les églises offrent des caractères assez concordants pour constituer une véritable école.

Et tout d'abord, si on s'attache au plus important de ces caractères, la façon dont les églises sont couvertes, on remarque que les églises voûtées sont beaucoup plus nombreuses et plus anciennes au sud de la Loire qu'au nord. Dans les pays du Centre, dans la vallée de la Garonne, dans presque tout le bassin du Rhône, on construisait depuis longtemps des églises entièrement voûtées, alors que, dans la partie septentrionale de la France, on se risquait à peine à faire des essais de voûtes sur le chœur ou les bas-côtés.

Le genre de voûte le plus usité est la voûte en berceau, mais on ne l'emploie pas partout de la même' façon ; à l'Ouest, de l'embouchure de la Loire à celle de la Gironde, c'est-à-dire dans l'ancienne province ecclésiastique de Bordeaux, on juge indispensable d'épauler la voûte de la nef à l'aide de celles des collatéraux; même chose, mais avec des procédés un peu différents, dans l'ancienne province de Bourges et dans la région soumise à l'influence politique et religieuse de Toulouse.

Au contraire, dans la partie du bassin du Rhône qui avoisine la Méditerranée, principalement dans les provinces d'Aix et d'Arles, on donne une hauteur médiocre au berceau de la nef, ce qui dispense de le contrebuter par les voûtes des collatéraux. Enfin, dans la moitié septentrionale du bassin du Rhône et dans toute la Bourgogne, on se montre plus hardi et l'on fait des églises dont la voûte n'est pas contrebutée par celle des bas-côtés quoiqu'elle soit souvent portée à une grande hauteur.

Au nord de la Loire, l'usage des voûtes est plus tardif, même dans les provinces les plus riches et où le mouvement architectural est le plus intense. Ainsi la Normandie possède, dès le xi= siècle, une brillante école qui sait élever de grands édifices d'un type très spécial et construits avec un art remarquable ; mais ces édifices sont couverts de charpentes apparentes, les voûtes n'y sont employées qu'avec une réserve et une timidité extrêmes. Mpme particularité dans l'Est où la plupart des constructeurs s'inspirent des modèles élevés dans les grandes villes des bords du Rhin. Même chose enfin dans l'Ile-de-France, la Picardie, la Champagne, c'est-à-dire dans la plus grande partie des anciennes provinces ecclésiastiques de Sens et de Reims. Ces provinces, malgré la puissance des seigneurs ecclésiastiques ou laïques qui les gouvernent, malgré la richesse des grandes abbayes qui y foisonnent, ne jouent d'abord qu'un rôle secondaire dans l'évolution de l'architecture

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religieuse à l'époque romane. Mais au début du xii'^ siècle apparaît la croisée d'ogives; c'est au cœur de cette région, au centre du domaine royal qu'elle prend son essor. Que les architectes de l'Ile-de-France en soient ou non les seuls inventeurs, ils sont les premiers à comprendre toutes les applications auxquelles elle peut se prêter, et l'emploi systématique qu'ils en font donne naissance à la plus vivante et à la plus féconde école d'architecture qui fut jamais. Celle-ci étend rapidement son influence sur toutes les provinces voisines, sur la Bourgogne et les bords de la Loire, sur l'Anjou, le Maine, la Normandie, d'où elle gagne l'Angleterre, et finalement la voûte sur croisée d'ogives s'implante dans les trois quarts de l'Europe. Il lui faut moins d'un siècle pour transformer toutes les écoles romanes et renouveler l'architecture religieuse en Occident.

Il résulte de ce rapide exposé que la façon dont les églises sont couvertes est un des éléments qui caractérisent le mieux les écoles d'architecture à l'époque romane. Mais c'est loin d'être le seul trait qui permette de les distinguer; on peut donc en faire le point de départ d'une classification, on ne peut s'y tenir exclusivement. C'est en m'inspirant de ces idées que je distinguerai huit écoles principales. Me conformant à un usage commode, car il permet d'éviter de longues périphrases, je les désignerai habituellement par le nom de la province où paraît s'être' formé leur principal centre d'action, mais je rappellerai une fois pour toutes qu'elles ont souvent étendu leur influence bien au delà des limites de cette province.

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