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ECOLE POITEVIN

Fig. 476.

Nouaillé (Viennt: )

Pilier de la nef.

Les bas-côtés, quand il y en a, sont voûtés soit en berceau, comme à Lestei'ps (tig. 474), soit d'arêtes, comme à Saint-Savin (lîg. 471) ou à . ;

Saint-Pierre de Chauvigny (fig. 472). Dans l'un et l'autre cas, ' "

leurs voûtes sont montées assez haut pour contrebuter la maîtresse voûte. Avec une pareille disposition, il n'y a place dans la net ni pour des tribunes, ni pour des fenêtres; les ; ■

voûtes commencent immédiatement au-dessus des grandes arcades, et l'édifice n'est éclairé que par les ouverts dans les murs extérieurs des collatéraux comme dans la belle église d'Aulnay en Saintonge (fig. 475) et dans les églises de Poitiers.

Au xi" siècle, on bâtissait encore en Poitou des églises qui, malgré leurs voûtes, étaient portées sur de puissantes colonnes. L'église de Saint- Savin en fournit un magnifique exemple (fig. 471). Mais on reconnut promptement les inconvénients de ce genre de supports, et on le remplaça communément par un pilier carré flanqué de demi-colonnes ; celles-ci ont souvent un diamètre égal au côté du carré qu'elles flanquent, de sorte que la section du pilier prend la forme d'un quatrefeuille (fig. 476).

Ce détail est très caractéristique et, comme il se rencontre sur les bords de la Charente aussi bien que sur ceux de la Sèvre, de la Vienne ou de la Gironde, il fournit un bon argument pour comprendre dans une même école les monuments de toute cette région '.

Au XI'-' siècle, les arcades de la nef sont toujours en plein cintre,

,, , . Fi^. 477. — Partheiiay-le- Vieux, d'après Deveriii.

mais au xii'' elles sont souvent brisées ". On leur donne le plus de hauteur possible et l'on réduit au minimum

I. On trouve des piliers de cette ferme dans la Charente, sous le porche de Lesterps ; dans la Charente-Inférieure, à Aulnay (fig. 47^); dans les Deux-Sèvres, à Saint-Maixent , à Airvault ; dans la Vendée, à Nieul-sur-l'Autise ; dans la Vienne, à Nouaillé, à Saint-Pierre de Chauvi-

gny ; dans la Gironde, à Vertheuil, etc. Mais c'est dans le Poitou proprement dit qu'ils sont le plus communs.

2. Ainsi à Lusignan, à Civray et à Saint-Maurice de Gençay (Vienne) ; à Aulnay (Charente- Inférieure), etc.

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l'espace qui les sépare des impostes de la maîtresse voûte, afin que le jour venant

des fenêtres des collatéraux puisse pénétrer abondamment dans la nef".

Le plan le plus répandu consiste en une nef flanquée de bas-côtés, un transept assez accentué, une abside précédée d'un chœur assez profond et deux absidioles s'ouvrant sur le transept et accolées à l'abside principale -, comme à Parthenay-le-Vieux (fig. 477). Les petites églises dénuées de collatéraux n'ont généralement pas de transept. Quand elles en ont un, il a parfois les deux bras terminés en hémicsxle comme celles de Marignac en Saintonge (fig. 288), de Tourtoirac en Périgord, ou de Saint- Macaire dans la Gironde, et il n'y a pas, en ce cas, d'absidiole flanquant l'abside principale '.

En Poitou, comme dans le reste de la France, les grandes abbayes qui suivaient la règle de saint Benoît, ont souvent entouré le chœur de leurs églises d'un collatéral garni de chapelles rayonnantes 1.

On a vu dans un chapitre précédent que, pour donner plus d'ampleur au chœur, on a parfois supprimé ce colla-

diqui; où l'arcade finit et où la voûte commence. Cette particularité se remarque à Saint-Savin

(fig- 471)-

2. Comme exemples de ce plan je citerai Partlienay-le-Vieux (fig. 477) et Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), Vouvant (Vendée), Jazeneuil et Villesalem (Vienne), Cellefrouin (fig. 284) et Aulnay dans les Cliarentes, etc.

3. A Gençay (Vienne), les bouts du transept sont arrondis intérieurement et à quatre pans extérieurement ; cette église ayant des bas-côtés, deux absidioles s'ouvrent sur le transept de part et d'autre de l'abside principale.

4. Ainsi à Montierneuf, à Saint-Hilaire, à Sainte-Radegonde de Poitiers, à Saint-Savin (fig. 309), à Lesterps, à Saint-Eutropc dé Saintes, etc.

Pli. M. H.

B.iss.ic (Cliarente). Clocher.

I. Dans les églises du xi^ siècle ou du début du xil^^, dont les bas-côtés sont voûtés d'arêtes, il arrive assez souvent que les arcades de la nef sont montées assez haut pour être au même nu que le canton attenant de la voûte du bas-côté ; en ce cas, aucune saillie, aucune moulure n'in-

HCOI.E l'OlTKVIKK

Fig. 479, — Poitiers. Façade de Notre-Dame-la-G

460 ÉCOLES d'architecture A l'ÉPOQUE ROMANE

téral en gardant les chapelles rayonnantes. Mais cette particularité est due à l'influence des églises dont la nef est couverte de coupoles, et c'est dans les églises de cette catégorie, comme la cathédrale d'Angoulême (fig. 281), ou qui ont subi cette influence, comme Montbron (fig. 311) ou Puypéroux, qu'on la rencontre.

Sur la croisée du transept se place toujours le clocher, grande tour carrée à un ou deux étages, amortie le plus souvent par une flèche en charpente, en forme de pyramide à quatre pans. Bon nombre de ces clochers sont amortis par des pyramides coniques ou ovoïdes ' dont la surface est couverte d'imbrications d'un type assez original -. Les exemples en sont nombreux en Angoumois (fig. 478) et en Saintonge (fig. 428); on en voit aussi en Poitou (fig. 234), ce qui fournit encore un argument pour réunir dans une école unique les monuments de ces deux régions.

L'extérieur des églises de l'Aquitaine est souvent plus remarquable que l'inté-. rieur. Dans toutes les régions où on a pu se procurer aisément de la pierre propre à la sculpture, les artistes romans ont couvert les façades des églises, les archivoltes des portes, le pourtour des absides, l'encadrement des fenêtres d'ornements aussi variés qu'abondants. Nul édifice ne montre mieux ce goût pour la décoration que l'église Notre-Dame-la-Grande à Poitiers. Sa façade, célèbre à juste titre, est couverte de sculptures (fig. 479), et l'architecte qui en a conçu la décoration a été jusqu'à imaginer des combinaisons d'appareil formant des dessins variés pour dissimuler la nudité des quelques surfaces où il n'avait pu placer ni arcatures ni basreliefs.

Des façades presque aussi riches ont existé dans beaucoup d'autres endroits ; les variations du goût, plus encore que les injures du temps, leur ont trop souvent infligé de cruelles mutilations. Je citerai parmi les plus belles celles de la cathédrale d'Angoulême malheureusement trop restaurée (fig. 497) ', des églises d'Aubeterre, de Ruffec (Charente), d'Ecoyeux, d'Echebrune, d'Echillais (fig. 386), de Pérignac (Charente-Inférieure), de Civraj' (Vienne) (fig. 480), de Petit-Palais (Gironde) (fig. 582), et de Sainte-Croix à Bordeaux qui a été gâtée dès l'époque romane par l'addition d'un lourd clocher resté inachevé, et qui a été complétée assez fâcheusement au xix' siècle.

Notons en passant que dans tout ce pays où le goût de la sculpture a été si répandu, on s'est privé systématiquement des ressources que présentaient à cet effet le tympan des portes principales. Car, au lieu d'amortir les portes d'églises par un linteau surmonté d'un tympan, comme c'est l'usage dans la plus grande partie de la France, on a coutume, dans toute la région soumise à l'influence de

1. Tels sont ceux de Notre-Dame-la-Grande nement {Dicl., t. III, p. 306). Ce sont en effet à Poitiers (fig. 254), de Notre-Dame à Saintes des espèces d'écaillés renversées.

(fig. 428), de Bassac (fig. 478), de Plassac et de 5. Toute la partie haute de cette façade et les

Saint-Estèphe dans les Charentes, etc. — Cf. deux clochetons qui la surmontent sont une res-

ci-dessus, p. 403' à 405. titution moderne dans laquelle l'auteur de la res-

2. Viollet-le-Duc appelle S(//(i7»;il ce genre d'or- tauration a donné très libre cours à sa fantaisie.

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l'écolf pûitex'ine, de supprimer les tympans ' ; les portes sont amorties en arc plein cintre ou brisé, et le vide de la baie se continue jusqu'au sommet de l'arc.

f]g. .(Si. — Voiivant (Vendée). Porlc Intérai

C'est là un détail très frappant que Ton rencontre depuis les bords de la Gironde jusqu'à ceux de la Loire - et que l'on retrouve également dans les parties du

1. Les exceptions à cette règle sont très rares. Il V n un tvmpan à la porte principale de l'église de Civray (fig. 4S0) ; il y en a un à Saint-Michel- Entraigues, mais c'est une sculpture ancienne, qui n'a été logée à cette place qu'au xix« siècle : quant à la porte principale de la cathédrale d'Angoulênie, son tvmpan est d'invention moderne.

2. Les exemples en sont innombrables. Je citerai au hasard les portes de Notre-Dame-la- Grande àPoitiers (fig. 479); de Vouvant(fig. 481) et de l'église paroissiale de Maillezais (Vendée) ;

de Châteauneuf, Saint-Amand-de-Boixe, Gensac, Cognac (fig. 576), Aubeterre (Charente) ; d'Aulnay, Eco\eux, Fenioux, Notre-Dame de Saintes, Échillais (fig. 386), Échebrune (Charente-Inférieure); de Parthenay, Saint-Jouin de Marnes (Deux-Sèvres); de Petit-Palais (fig. 582), Blazimout (Gironde); de Fontgombault (fig. 379), dans l'Indre; de Ferrières- l'Arçon (Indre-et- Loire), etc. Abadie a donc eu tort d'ajouter un tympan à la porte principale de la cathédrale d'Angoulême.

l'COI,!-; l'OITF.X'INl-

Limousin où l'inlliicncc de l'école poitevine s'est tait sentir coninie dans la jolit porte latérale de N'igeois (fig. 378).

Fig. 4S2. — Abside de RL-tnud (Chai-eiite-Iiiférieure)

Notons encore que beaucoup de ces portes ont leur baie encadrée par un arc festonné du plus heureux effet. C'est encore un détail qu'on ne rencontre guère ailleurs et qui est une particularité propre à cette école '.

I. Les exemples en sont surtout nombreux sans tympan du Limousin ont souvent une archidans l'Angoumois, ainsi à Aubeterre, Bassac, . volte à festons, ainsi au Dorât (fig. 405), à Chalais, Montbron, Montmoreau, etc. Les portes Vigeois (fig. 378), à Allassac, à Bénévent, etc.

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Les façades latérales prêtent moins à la décoration ; cependant nous trouvons dans l'Ouest quelques églises dont l'extrémité du transept mérite l'attention, ainsi Aulnay dans la Charente-Inférieure (fig. 372) et Vouvant dans la Vendée (fîg. 481). Mais c'est surtout à l'abside que les artistes poitevins et saintongeois ont déployé leur goût pour la sculpture d'ornement. Rien de plus complet et de plus élégant en ce genre que les absides de Rétaud (fig. 482), de Rioux (fig. 583),

Plu des Forts pli.

Fig. 48;. — Chauvigny. Église S.iint-Pierrc. Vue du chevet.

de Jasseneuil (fig. 366), de Saint-Eutrope de Saintes (fig. 578). C'est là .surtout que l'on rencontre des fenêtres encadrées de riches archivoltes, des faisceaux de colonnes remplaçant les contreforts ', des corniches aux modillons variés -, comme à Saint-Savin ou à Saint-^Pierre de Chauvigny, et parfois une élégante arcature aveugle garnissant la partie inférieure des murs (fig. 483) ou couronnant la partie haute comme à Rétaud (fig. 482) et à Rioux (fig. 583). Tout cela contribue à donner à ces édifices un caractère nettement déterminé, et à faire de l'école poitevine une des mieux définies de l'époque romane.

1. Il y en a quelquefois aussi à la nef, ainsi à Airvault (Deux-Sèvres) et à Aulnay (Charente-Inférieure).

2. Beaucoup de corniches du Poitou sont surmontées comme celle de Saint-Pierre de Chauvi-

gny (fig. 485) d'un chéneau garni d'un haut parapet, qui semblerait convenir aune forteresse mieux qu'à une église. Il est bien probable que cette disposition a été imaginée après coup dans un but défensif.

zlé5

ÉGLISES A COUPOLES DE L'AQUITAINE

J'ai dit plus haut qu'on avait, à l'époque romane, tait grand usage en France de coupoles sur trompes ou sur pendentifs. On en rencontre dans presque toutes nos provinces au-dessus du carré du transept et c'est le genre de voûte qu'on emploie le plus fréquemment au rez-de-chaussée des clochers. Ce sont surtout des coupoles sur trompes dont on se sert en ce dernier cas.

Les coupoles sur pendentifs jouent moins souvent ce rôle spécial, sauf dans une partie de l'Aquitaine, notamment en Périgord, en Angoumois et en Saintonge, où elles ont joui d'une si grande vogue qu'on s'en est servi non seulement pour couvrir des travées isolées, mais même des églises entières.

Les églises à coupoles de l'Aquitaine n'ont pas de bas-côtés, elles sont divisées en un certain nombre de compartiments carrés à chacun desquels correspond une coupole sur pendentifs. Elles sont sévères d'aspect, amples de proportions, d'une construction solide, on peut même dire massive. Elles forment une famille bien caractérisée, mais qui, au lieu de régner en maîtresse exclusive sur une région déterminée, s'est formée au milieu de la grande école poitevine, a mêlé son influence à la sienne et y a pris un assez grand développement pour susciter des imitations et exercer une action très reconnaissable dans un rayon fort étendu.

Si l'on marque sur une carte les églises à séries de coupoles encore subsistantes, ou sur lesquelles nous possédons des données certaines, on constate qu'elles sont en grande majorité groupées le long d'une bande de pays n'ayant guère plus de vingt-cinq lieues de large et qui s'étend de Périgueux à Saintes en passant par Angoulême. Les principales de ces églises sont : en Périgord, celles de Saint-Front et de Saint-Etienne à Périgueux, d'Agonac, Grand-Brassac, Vieux -Mareuil, Paussac, Saint-Astier, Saint-Avit-Sénieur, Saint-Jean-de-Cole, Trémolac, etc. ; dans l'Angoumois et la Saintonge, la cathédrale d'Angoulême et celle de Saintes, les églises de Cognac, Fléac, Gensac, Rouillac, Roulet, Châtres, Bourg-Charente, etc. On trouve encore quelques églises à séries de coupoles en dehors de cette zone. Mais ces dernières sont à peu près isolées dans les cantons où on les rencontre ; de plus elles appartiennent à une époque avancée du xii'' siècle. 11 n'est pas douteux qu'il n'y en ait de beaucoup antérieures dans les anciens diocèses de Périgueux et d'Angoulême et, comme c'est là qu'elles sont également les plus nombreuses, il est logique d'en conclure que c'est dans cette partie de l'Aquitaine qu'est née l'école qui les a produites.

On est généralement d'accord pour placer son berceau à Périgueux même, et l'on admet communément que toutes les églises à coupoles de l'Aquitaine dérivent de Saint-Front, imposant édifice qui pouvait compter parmi les plus curieux de France avant qu'une déplorable restauration lui eût enlevé tout cachet d'antiquité. Le plan de Saint-Front (fig. 484) dessine, sous sa forme actuelle, une croix à

Lasteyrie. — Architetiuve romaiif. îo

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branches égales, couverte par cinq coupoles réparties entre les quatre bras de la croix et le carré formé par leur intersection. Frappé de cette disposition fort rare en France, M. de Verneilh a cru devoir l'attribuer à une influence byzantine ; et comme l'église Saint-Marc de Venise (fig. 485), dont le caractère oriental n'est pas contestable, présente un plan analogue, il a soutenu dans un livre dont le succès a été grand et durable ' que Saint-Front était l'œuvre de quelque artiste grec, ou

^ ta^t a. CoufooKwï

l^cvigueux. Saint- Front. Phn. d'uprès Phené Spiers.

de quelque Vénitien élevé à l'école des Grecs, qui aurait cherché à reproduire les dispositions essentielles de Saint-Marc '. Saint-Front aurait été commencée à la fin du x= siècle parl'évêque Frotaire (976-991), terminée par son successeur Géraud de Gourdon, et consacrée en 1047 par Aymon, archevêque de Bourges '. Saint- Front serait donc la plus ancienne des églises françaises à coupoles. Ce serait « un monument à part, sans racines et sans précédents dans le pays » +, car aucun autre ne s'éloigne d'une façon aussi marquée du plan ordinairement suivi à l'époque

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