‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 260 sur 377 · I. Labbe, Nova Bihl. mss. libr., t. I, p · texte numérisé non relu

I. Labbe, Nova Bihl. mss. libr., t. I, p

EGLISES A COUPOLES DE L AQUITAINE

trois monuments dont les parties les plus anciennes ont été construites pendant le premier quart du xii'' siècle. Elles offrent une telle analogie de structure avec Saint-Front qu'il n'est pas possible d'attribuer à ce dernier édifice une date sensiblement différente. D'ailleurs M. Phené Spiers a très judicieusement relevé la similitude de style que présente l'ornementation de Saint-Front avec celle

Ph. M. H.

Fig. 492. — AngOLilênic. Catlicdralc.

qui était de mode dans la région pendant la première moitié du xii" siècle '. Il a mis notamment en parallèle certains chapiteaux, certaines corniches de Saint-Front et de Saint-Michel-Entraigues ; or on sait la date de ce dernier édifice. Il remonte à 1137 -. Il y a donc abondance de preuves concordantes : l'église Saint-Front a dû être commencée immédiatement après l'incendie de 11 20 qui ruina l'œuvre de l'évêque Frotaire.

M. Brutails admet qu'elle n'a dû être achevée que vers 1173, attendu qu'à cette époque on transféra dans l'édifice les restes des évêques conservés dans la salle capitulaire '. Mais rien n'autorise à établir une relation quelconque entre ce

1. Bull, mon., t. LXII, p. 198 et suiv. 3. Btill. mon., t. LX, p. 101. — Il a emprunté

2. Chron. de Corona {Docum. bist., publiés par cette hypothèse à M. Anthyme Saint-Paul, BitU. la Soc. archéol. de la Char., t. I, p. 14), )iioii., t. LVII, p. 327.

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOQUE ROMANE

transfert et rachèvement des travaux. Par contre, si la construction n'avait pas été menée rapidement, on y relèverait les mêmes disparates qu'à Saint-Étienne et à la cathédrale d'Angoulême. L'église Saint-Front ne remonte donc ni au x% ni même au xi= siècle et ne saurait être considérée comme le prototype de toutes les églises à coupoles de l'Aquitaine.

La vérité est qu'on a fait pendant longtemps des essais isolés de coupoles sur pendentifs avant de songer à en faire un emploi systématique pour voûter les églises. Cette idée a pu surgir dès le xi'= siècle, mais c'est seulement au début du xii^ qu'elle commença à se généraliser en Périgord et en Angoumois. Jusque-là on construisait dans toute cette région des églises N'oûtées en berceau, tout à fait analogues à celles dont le Poitou et le Limousin nous ont conservé tant d'exemples, et l'on peut constater aujourd'hui encore que beaucoup d'églises couvertes en tout ou en partie de coupoles ont été primitivement voûtées en berceau. Les églises de Fenioux (Charente-Inférieure), de Champmillon (Charente), de Brassac et de Nerlande (Dordogne) en fournissent la preuve évidente.

Du Périgord et de l'Angoumois, l'architecture à coupoles a rayonné sur les provinces voisines. On lui doit, en Limousin, la petite église du Vigen et la grande église de Solignac (fig. 2 64) qui, malgré son style sévère et la pauvreté de sa décoration, appartient à une époque avancée du xii' siècle '. Le Quercy possède dans l'église de Souillac (fig. 493) un monument du même t5'pe que Solignac. La cathédrale de Cahors appartient à la même famille, et des restes encore assez apparents permettent d'affirmer que l'église de Moissac, près du confluent du Tarn et de la Garonne, avait des coupoles sur la nef avant qu'on l'eût transformée, au xV^ siècle, en église gothique. Une belle église à coupoles se voit encore à Saint-Emilion (Gironde), et le plan de la nef de la cathédrale de Bordeaux indique chez ceux qui l'ont tracé l'intention d'y appliquer le même système de voûtes.

La mode des coupoles sur pendentifs s'est étendue vers le nord jusqu'aux bords de la Loire. La cathédrale de Nantes en avait reçu au xir' siècle, et l'on voit encore à Fontevrault un des plus beaux spécimens de ce genre d'architecture (fig. 494). Nul doute qu'il n'eût pénétré plus loin encore si, vers le milieu du xii'' siècle, à l'époque

Fig. 493. — Église de Souillac (Lot), d\après F. de Verneilli.

I. Elle fut la proie d'un incendie en 1178. Or j'ai peine à croire, avec mon ami René Page ÇBiill. mon., 1910), qu'elle soit antérieure à cet incen-

die, car si ses coupoles avaient existé en 11 78 les dégâts n'auraient pu être assez graves pour nécessiter une nouvelle consécration en 121 1.

ÉGLISES A C6UI'0I,ES DE I.'aQUI'I'AINE

où l'usage des coupoles commençait à gagner l'Anjou et le Maine, un autre courant artistique n'était venu en arrêter l'essor. Ce courant, c'est celui qui était né dans l'Ile-de-France et qui avait puisé dans l'emploi de la croisée d'ogives une force irrésistible. Les coupoles disparurent devant lui, non toutefois sans laisser des traces manifestes de leur influence dans toute la région qui s'étend depuis Laval et le Mans au nord jusqu'à Poitiers au sud. Cette influence se manifeste soit dans l'emploi de voûtes appareillées à la façon des coupoles mais qui sont soutenues sur des nervures en croix, comme à Saint-Pierre de Saumur'; soit dans l'emploi de voûtes d'ogives bombées comme des coupoles et que Caumont a proposé d'appeler domicaks pour les distinguer des voûtes d'ogives ordinaires. On trouve des voûtes domicales depuis le milieu du xW siècle ; les plus anciennes dont on ait la date sont celles du chœur de la cathédrale d'Angers', qui étaient en construction en 1155; puis viennent celles de la Trinité de Laval, de la Couture au Mans, de la cathédrale et de Sainte-Radegonde à Poitiers. Une partie de ces dernières ne sont que du xiii'' siècle.

On remarquera que les églises à coupoles de l'Aquitaine sont toutes des églises à une nef. Il n'y a qu'une exception à cette règle, c'est Saint-Hilaire de Poitiers, mais c'est un monument à part que l'on ne saurait rattacher à la famille qui nous occupe, car les coupoles qui en couvrent la nef, tout comme celles de la cathédrale du Puy, ne sont pas élevées sur pendentifs mais sur trompes. Ce n'est point d'ailleurs un édifice bâti suivant un plan préconçu ; c'est une église de la première moitié du xi" siècle, qui n'avait pas de voûtes à l'origine et que l'on avait probablement essayé de voûter en berceau à la façon poitevine avant de songer à le transformer en église à coupoles.

Le plus grand nombre des églises à coupoles est dénué de transept, cela tient sans doute à ce que beaucoup de celles qui nous sont parvenues sont de simples églises de campagne de dimensions restreintes >. Les grandes, au contraire +, avaient

Fig- 494-

.lit. Eglise abbatiale.

1. YerneWh, Anhit.hyiautiih', p. iSietpl. 16. Charente, Bovirdeillc, etc.

2. Ibid., p. 285 et pi. 16. 4. Saint-Front, Angoulème, Solignac, Souil-

3. Voir les églises de Rouillac, Châtres, Bourg- lac, Trémolac, etc. - -

ÉCOLES d'aRCHITKCTURE A l'ÉPOQUE ROMANE

un transept très saillant. Chose remarquable, les coupoles ne sont habituellement employées que pour couvrir la nef et le carré du transept, les bras de la croix sont voûtés en berceau '. Dans les quelques monuments où l'on voit aujourd'hui des coupoles sur les bras du transept, il semble bien qu'elles aient été ajoutées après coup. Cela est particulièrement évident à la cathédrale d'Angoulême, où la partie

primitive du transept a conservé ses voîites en berceau ^

Le chœur de la plupart des grandes églises à coupoles présente une disposition qui mérite l'attention, car elle est remarquablement belle.

L'habitude de supprimer les bascôtés dans la nef des églises de cette famille a conduit les architectes à les supprimer également au sanctuaire, même quand ils ont conservé les absidioles rayonnantes. De là ces chœurs aux vastes proportions dans lesquels aucun pilier, aucun support ne vient intercepter le regard, et dont les cathédrales de Cahors et d'Angoulême, les églises de Solignac, de Souillac, de Vigeois, etc., nous offrent de beaux exemples.

L'ordonnance intérieure de la plupart des églises à coupoles est très simple. En Périgord, en Limousin, en Quercy, les voûtes sont portées sur de massifs supports reliés par des arcs très puissants (fig. 495) '. Ces supports et ces arcs sont parfois à double ressaut +. En Angoumois, en Saintonge, à Fontevrault, où on disposait de matériaux faciles à travailler, il y a un peu plus de recherche dans la construction des églises à coupoles >. Leurs supports sont habituellement flanqués de demi-co-

Fig. 495.

Cahors. CiithédrAle. Coupe en long d'une travée, d'après P. de \'erneilh.

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