‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 282 sur 377 · I. Dans VHisl. de Taii d'André Michel, t · texte numérisé non relu

I. Dans VHisl. de Taii d'André Michel, t

PEINTURE MURALE

imiter les placages de marbres diversement veinés qtii Icirniaient une si riche décoration dans les églises byzantines. C'était, dans les églises du Poitou, la façon ordinaire de peindre les colonnes. Celles de Saint-Savin et de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers ' le sont de la sorte : des bandeaux ou de larges frises couvertes d'ornements variés, médaillons, rinceaux de feuillages, grecques, séparaient, comme au Temple Saint-Jean de Poitiers, les diftérents étages de l'édilice ou couronnaient les murs. Les espaces souvent assez vastes qui s'étendent entre les arcades de la nef et la naissance des fenêtres, les larges pans de uiurs qui forment les parois du chœur, les parties pleines qui séparent les fenêtres de la nef, du chœur ou de l'abside, fournissaient aux artistes un vaste champ où ils pouvaient introduire des figures de grande taille et des scènes variées. Mais ce n'était pas tout encore : le cul-de-four de l'absidej voire même les voûtes en berceau de la nef recevaient leur part de peintures.

L'importance de la décoration dépendait naturellement de la richesse de ceux qui en faisaient les frais. Dans les édifices où les ressources étaient nnodestes, on se contentait souvent d'orner les murs de la nef d'un simple dessin d'appareil relevé d'un petit motif d'ornement, comme une étoile ou une fleur, et l'on réservait les figures pour

le chœur et l'abside. Dans les églises mieux dotées, les scènes empruntées à l'Ancien ou au Nouveau Testament, les naïves histoires tirées des légendes des saints, les figures en pied, couvraient les murs de la nef comme ceux du sanctuaire et même les parties inférieures des clochers.

Les Byzantins et les mosaïstes, leurs élèves, avaient coutume d'orner la voûte de l'abside d'un Dieu de Majesté de très grande taille. Nos peintres du xi'= et du xii= siècle sont restés fidèles à cette tradition. Il nous reste de ces nobles figures à l'abside romane de la cathédrale de Nevers, à celles de Saint-Loup-de-Naud, de Saint-Savin, de Berzé-la- Ville , de Montoire, de Poncé. Exceptionnellement la figure du Christ pouvait être remplacée par celle de la Vierge à l'Enfant, dans les églises spécialement consacrées à la Mère de Dieu, comme Notre-Dame-la-Grande

— Berzc-la- Ville (Saône-et-Loire). Peinture murale. Communication de M. Lex.

I. Ces dernières, malheureusement, ont été rent des tonalités si douces des peintures de restaurées dans un affreux ton criard bien diffé- Saint-Savin.

5 58 LA DÉCORATION DES ÉGLISES ROMANES

à Poitiers '. Les scènes représentées sur les murs du chœur et de la nef étaient empruntées aux cycles du Jugement dernier, de la Passion, de la Nativité, de la Genèse, de l'Apocalypse. Les figures isolées étaient surtout employées à la décoration des pilastres ou des écoinçons qui séparent les arcades. On en trouve aussi à la douelle des arcs doubleaux, témoin les longues figures de Vertus terrassant les Vices qu'on voit à Montoire, à Saint-Martin de Laval ^, et dans d'autres églises de l'Ouest. Dans ces peintures la variété est grande ; toutes, néanmoins, présentent ce caractère commun de se marier admirablement avec les grandes lignes du monument. La couleur, loin de nuire à l'architecture, en accuse les traits essentiels. On peut donc s'associer au jugement de VioUet-le-Duc, si judicieusement confirmé par M. M.île, et soutenir qu'à aucune époque on n'entendit mieux la décoration monumentale.

La peinture contribuait encore sous une autre forme à la décoration des églises romanes. Nous avons vu que, dès les temps carolingiens au moins, les fenêtres des églises de la Gaule étaient ornées de vitraux, et que ces vitraux ne comportaient pas seulement des ornements quelconques, mais aussi des personnages '. L'art de la peinture sur verre atteignit à l'époque romane un grand développement, en même temps qu'un degré de perfection technique qui n'a jamais été dépassé. Il nous reste très peu de vitraux qu'on puisse faire remonter avec certitude au xii'' siècle, et je n'en saurais citer qu'on puisse dater sûrement du xi". Mais nous connaissons bien les procédés en usage à cette époque, grâce au moine Théophile qui les a longuement décrits •* ; c'étaient déjà les procédés auxquels les vitraux du temps de Philippe-Auguste et de saint Louis doivent leur merveilleuse beauté.

Les vitraux de l'époque romane étaient divisés en une série de panneaux carrés, rectangulaires ou ronds, qu'on fixait à l'aide de menus liens de plomb à une armature en fer scellée dans les montants de la fenêtre. Chaque panneau était formé par la réunion d'un nombre indéterminé de morceaux de verre ayant chacun sa couleur propre, et qui étaient juxtaposés comme les cubes d'une mosaïque. Pour les maintenir, on les enchâssait, comme on le fait encore, dans de minces tiges de plomb à double rainure, qui en suivent tous les contours. C'est du jour où l'on inventa ces tiges de plomb et ces armatures métalliques que l'art de la peinture sur verre a pu prendre son essor. Auparavant les vitraux étaient montés dans des châssis de bois. J'ai publié jadis un châssis de ce genre, que M. Sauvageot avait découvert à Notre- Dame de Château-Landon en ouvrant une vieille fenêtre murée de temps immémorial >. J'ai cru pouvoir l'attribuer au x' siècle, époque où nous savons par les textes que l'usage des montures métalliques commença à se généraliser. Mais on a pu

1. Cette figure recouvre un Dieu de Majesté Une restauration lamentable les a défigurées, plus ancien. C'est une preuve des progrès que 5. Voir ci-dessus, p. 194.

fit le culte de la Vierge au xii^ siècle. 4. Tout le second livre de son Diveisaruni

2. Bull, as la Comni. hist. et archéol. de la artiuni schedula est consacré à la technique de la Mayenne, 2es.,t. XXVI, fig. 5, 6et 7. Cette église peinture sur verre.

possédait de beaux restes de peintures du xif s. 5. Revue de l'art chrét., 1893, p. 443.

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