PEINTURE MURALE. — PEINTURE SUR VERRE. — MOSAÏQUE
Deux éléments sont à considérer dans toute œuvre d'architecture : la construction et rornementation. Nous n'avons guère jusqu'ici étudié les églises romanes qu'au point de vue de la construction ; c'est, en effet, l'élément primordial d'où découlent à la fois l'harmonie des proportions qui fait la beauté d'un monument, et la solidité qui en assure la durée. Il nous reste à étudier l'ornementation. Son rôle, pour être trop souvent éphémère, n'en est pas moins considérable, car elle donne aux édifices le charme, l'élégance, que les mérites de la construction ne suffisent pas toujours à leur assurer; elle masque bien souvent les défectuosités de l'œuvre; enfin, par sa diversité et ses transformations successives, elle fournit d'utiles points de repère pour la classification des monuments.
Cette dernière observation s'applique particulièrement à l'époque romane, car si on a pu faire en d'autres temps des édifices plus richement ornés, on n'en a jamais fait qui dénotent plus d'esprit d'invention et présentent une plus grande variété de motifs.
Nous n'en pouvons pleinement juger aujourd'hui que par la décoration sculptée, car la peinture est chose fragile, et les spécimens de cet art antérieurs à l'époque gothique sont rares et incomplets. Il n'est pas douteux cependant qu'il ne cessa jamais depuis l'antiquité d'être cultivé en Gaule, et qu'il le fut même aux époques de décadence pendant lesquelles l'art du sculpteur était le plus négligé'. La preuve en a été faite par Emeric David, dans un excellent livre où il a réuni les principaux textes du moyen âge mentionnant des œuvres peintes \ Il est donc Certain qu'on a fait, au xi^ et au xii' siècle, un grand usage de la peinture murale, soit pour orner
I. Il ne reste probiiblement aucun spécimen logique de 1873 ; Rushforth, Santa Maria Anti-
de la peinture murale de l'époque mérovingienne, qua, dans les Papers ofthe British School at Rome,
mais on possède à Rome, dans l'église Santa 1902 ; André Pératé dans l'Histoire de l'Art
Maria Antica, découverte il y a quelques années d'André Michel, t. I, p. 78 à 88, fig. 47, 51, 52,
au pied du Palatin, et dans l'église souterraine de 53, 54, 55).
Saint-Clément, une série de peintures qui s'éche- 2. Hist. de la peinture au moyen dge, ifi éd.,
lonnent du viii= au xi= siècle et peuvent donner 1865, in-12. — Cf. pour l'époque carolingienne
une idée de ce que l'on faisait en Gaule à la le recueil de te.'ites de Schlosser, Schriftquellen
même époque. (Voir Roller dans la Revue archèo- fur Geschichle der Karolingischev Kunst.
PEINTURE MURALE 547
le plein des murs et dissimuler la pauvreté des maçonneries, soit pour imiter à peu de frais les applications de marbre et de mosaïques dont l'usage, si répandu dans les anciennes églises, s'était conservé dans l'architecture byzantine; soit enfin pour représenter des scènes empruntées aux Livres saints et contribuer ainsi à l'instruction des fidèles en même temps qu'à l'embellissement du temple. Le goût de la couleur fut même tellement répandu qu'il persista après la renaissance de la sculpture, au XH"-' siècle, et qu'il se maria fréquemment aux représentations en relief. Nous en avons un remarquable exemple dans la riche décoration du cloître Saint- Aubin à Angers (fig. 375).
La peinture murale est peu durable ; les nianuscrits le sont heureusement davantage. Or il s'est formé, à l'époque carolingienne, à Reims, Tours, Corbie, Saint- Gall, Reichenau, et dans d'autres lieux encore, des ateliers de miniatures dont la fécondité a dû être grande si on en juge par le nombre de leurs œuvres existant encore dans nos bibliothèques. L'art de peindre les manuscrits n'était pas moins florissant au x\° et au xn'= siècle. Il était en grand honneur dans les monastères et on le cultivait même dans plus d'une abbaye de femmes. On apportait un grand soin au choix du parchemin et à la préparation des couleurs ; aussi un grand nombre de miniatures nous sont-elles parvenues en bon état. Grâce à elles, on peut se faire une idée assez juste de ce que fut la peinture monumentale, car tout concorde à prouver que, comme style, comme dessin, aussi bien que comme inspiration iconographique, elle ressemblait fort à la peinture des manuscrits. Il est certain que les artistes chargés de peindre les murs des églises s'inspiraient des travaux des enlumineurs, et ils reproduisaient assez fidèlement leurs modèles pour qu'il semble, en bien des cas, que leurs tableaux ne soient autre chose que des miniatures à plus grande échelle.
Quant à la technique même de la peinture murale, nous la connaissons assez bien grâce à un curieux Traité des divers arts, écrit au xW siècle par un moine allemand nommé Théophile '. Les procédés en sont pour la plus grande partie empruntés aux Byzantins. Théophile en prévient honnêtement le lecteur : « Tu trouveras ici, lui dit-il, toute la science qu'a la Grèce des couleurs et de leurs mélanges-. » Les murs que l'on voulait peindre étaient recouverts d'un enduit à la chaux sur lequel on appliquait la couleur pendant qu'il était encore humide. L'artiste, semble-i-il, n'avait aucun carton à sa disposition, mais il avait dans la mémoire, dans l'œil, dans la main, certains types traditionnels, certaines attitudes consacrées par l'usage, qu'il adaptait de son mieux aux scènes qu'il avait à représenter. De là cette similitude dans le port, le geste, le costume, de ce qu'on pourrait appeler les
I. Theophili Diversaruni artiuin scliedula. orfèvre célèbre de la fin du XF siècle nommé
L'édition la plus répandue en France est celle de Rogkerus (Berger, Beilràge ^ur Entivicliehings-
Lescalopier (Paris, 1843, in-4). L'origine aile- gescijichte der MahrtecJmik, t. III, p. 41); mais
mande de Théophile ne paraît guère douteuse. ce n'est qu'une ingénieuse hypothèse. Un manuscrit l'appelant « Theophilus qui et 2. Diversaruni artium scliedula, prœf., édit
Rugerus », on a prétendu l'identifier avec un Lescalopier, p. S.
548 LA DÉCORATION DES ÉGLISES ROMANES
figures usuelles, c'est-à-dire celles du Christ, de Dieu le Père, de la Vierge, des apôtres, des anges, et en même temps cette liberté de facture que l'on ne saurait rencontrer chez des artistes habitués à reproduire les mêmes cartons ou à se servir des mêmes poncifs.
En comparant les peintures qui nous restent de l'époque romane avec celles de l'époque carolingienne qu'on a retrouvées à Rome, à Santa Maria Antica ou à Saint- Clément, on voit que les procédés ont peu changé du ix'= au xii'^ siècle. La gamme des couleurs est toujours restreinte. Les ocres rouge et jaune dominent avec le vert, le blanc, le rose. Le bleu est employé avec plus de parcimonie, sans doute parce que c'était une couleur assez chère ; aussi la réserve-t-on surtout pour les vêtements du Christ et de la Vierge. L'art du modelé, l'emploi des demi-teintes sont choses à peu près inconnues. Une même couleur de chair sert pour toutes les parties nues; de légères touches de vermillon donnent aux lèvres et aux joues le relief indispensable. Quant aux principales oppositions d'ombres et de lumières, on les obtient en mêlant un peu de blanc à la couleur des parties saillantes et en appliquant aux parties dans l'ombre une couche uniforme de ce que Théophile appelle la couleur posch ' et qui est un vert sombre mélangé d'un peu de rouge.
Dans les peintures byzantines, les figures se détachent sur des fonds sombre^ sur lesquels on applique souvent une couche de bleu intense. Mais en France on préfère généralement les fonds clairs; et l'on peut considérer comme une exception les fonds sombres, voire même les bleus, comme celui sur lequel sont peints les deux groupes de l'Annonciation et de la Visitation, à la chapelle Saint-Michel de Rocamadour -.
On a souvent reproché aux peintres de l'école romane d'avoir un dessin conventionnel. M. Mâle, qui connaît bien leurs œuvres et a su les apprécier comme il convenait, a fait remarquer que dans leurs figures les draperies collent au corps, adhèrent aux cuisses et s'épanouissent par le bas en plis bouillonnants. Il voit là une tradition byzantine et une façon maladroite d'imiter la draperie antique '. Je doute qu'il ait raison, car ce même caractère se l'etrouve dans quelques-unes des plus belles œuvres de la sculpture du xii'= siècle, et je dirai plus loin quelle explication me paraît devoir en être donnée.
Dans les scènes qui comportent plusieurs personnages, on ne remarque aucun sentiment de la perspective, aucun effort pour figurer le paysage dans lequel ils se meuvent ou les constructions dont ils peuvent être entourés. La représentation de la nature se réduit à quelque maigre silhouette d'arbre, d'un dessin rudimentaire, ou à quelque tracé enfantin d'église ou de maison, généralement logé à l'étroit audessus de la tête des personnages. Même quand l'artiste n'est point gêné par le manque de place, il sacrifie complètement tous les accessoires qui pourraient introduire une note pittoresque dans sa composition.
I. Diversanun aiiiiim schethila, \. I, c. 3, 2. E. Rupin, Rocaniaâonr, pL, p. 289.
cdit. Lescalopier, p. 13. 5. ffij/o/rc i/f /'(n7 d'André Michel, 1. 1, p. 764.
l'EINTUHli MURALK
Cela est frappant dans les belles peintm'es découvertes en 1880, à Oberzell sur le lac de Constance, dans une église dépendant de la célèbre abbaye de Reichenau '. Elles n'en ont pas moins un réel mérite artistique. On n'est pas parfaitement fixé sur leur âge ; on a voulu les faire remonter au temps de l'abbé Witigowo (985- 997), qui se signala par son goût pour les arts et par le soin qu'il mit à embellir son monastère, mais cette attribution paraît bien hardie, et l'opinion la plus répandue tendrait plutôt à les rajeunir de quelques dizaines d'années. L'édifice entier
Fig. 554. — Oberzell. Peinture murale. La Résurrection de Lazare, d'après F.-X. Kraus.
devait être peint ; il ne s'est conservé que huit tableaux représentant la Résurrection de Lazare (fig. 554), la Guérison du lépreux, la Guérison de l'aveugle-né et d'autres miracles du Christ. Chose intéressante, l'extérieur de l'édifice a dû être peint comme l'intérieur ^, et l'on pouvait reconnaître au pourtour de l'abside les restes d'un Jugement dernier.
D'une valeur artistique au moins égale, mais sans doute d'un âge moins reculé, sont les belles fresques de Saint-Savin en Poitou '. Elles forment l'ensemble de peintures romanes le plus complet et le mieux consen'é qui nous soit parvenu, car, de l'abside au porche qui commande la façade et de la crypte au sommet des voûtes de la nef, tout est couvert soit de peintures purement décoratives, soit de
1. Les peintures d'Oberzell ont été reproduites en couleurs par F.-X. Kraus, Die Wandgemàlde der S. Georgshirche :^u Ober'^ell aiif der Reichenau (Fnhourg, Herder, 1884, in-fol.).
2. Les peintures exécutées à l'extérieur des édifices étaient exposées à tant de chances de destruction qu'elles sont devenues d'une grande
rareté. Néanmoins la peinture de Rocamadour que j'ai citée plus haut, et qui appartient à cette catégorie, est bien conservée. Il est vrai qu'elle est protégée par une saillie de rocher très prononcée. 3. Ces peintures ont été reproduites en couleurs dans l'ouvrage de iVIérimée, Les peintures de Siiint-Saviii, 1845, gr. in-fol.
LA DECORATION DES EGLISES ROMANES
tableaux juxtaposés représentant les principales scènes de la Genèse, le Passage de la Mer Rouge, le Jugement dernier, la Passion, enfin divers épisodes de l'Apocalypse et de la Légende de Saint-Savin. Ajoutez à cela, dans les chapelles et dans les écoinçons qui séparent les arcades de la nef, de nobles figures d'apôtres, de saints et de prophètes. La tonalité de toutes ces peintures est très douce, les personnages se détachent sur des fonds clairs, parfois presque blancs. L'ensemble est d'une harmonie exquise.
J'ai dit plus haut que l'église de Saint-Savin remontait en grande partie au w" siècle, mais ses peintures peuvent être sensiblement postérieures à sa construc-
Fig. 555. — Saint-Savin. Peinture murale. Combiit de saint Michel et du Dragon, d'après Laffillée
tion. Mérimée les datait de la fin du xi" siècle, et M. Mâle paraît partager cette opinion. Pour moi, j'ai peine à les croire aussi anciennes. J'ajouterai qu'elles n'ont sûrement pas été exécutées d'un seul jet et que certains tableaux, comme le Combat de saint Michel et du dragon que je donne ici (fig. 555), dénotent, par l'élégance de la composition et la correction du dessin, une époque avancée du xii° siècle.
Mais seraient-elles même du commencement du xiii^ siècle qu'il n'en faudrait pas moins les revendiquer comme œuvres romanes, car, si depuis l'avènement de Philippe-Auguste les transformations de l'architecture furent profondes et rapides, et si un nouveau style se fit bientôt sentir dans toutes les branches de l'art, le style roman ne disparut pas tout d'un coup, comme par enchantement, et bon nombre de peintures qu'il est difficile de croire antérieures au début du xiii= siècle présentent encore, au point de vue de la technique, du dessin et de l'inspiration iconographique, la plupart des traits propres aux peintures romanes.
PEINTURE MURALE
Cette observation est à retenir quand on étudie la suite assez nombreuse de peintures murales qui se rencontrent en Touraine et dans les pays qui bordent les rives du Loir, de la Sarthe, de la Mayenne et de l'Indre. Parmi les mieux conservées de cette région, il faut citer celles qui ornent les églises de Montoire, de Lavardin, de Poncé, de Saint-Jacques-des-Guérets, du Liget, de Vie.
Celles de Montoire décorent l'abside et les absidioles d'une petite chapelle dédiée
F'g- 55^- — Montoire. Chapelle S:iint-Gillcs. Dieu de Majesté, d'après
Laffilléc.
à saint Gilles. Le morceau le plus remarquable est un grand Christ assis, les bras ouverts, dans l'attitude à laquelle le moyen âge donnait le nom de Dieu de Majesté (fig. 55e). Les doubleaux qui portent la voûte précédant l'abside sont couverts de longues figures de femmes en costume de guerre. Ce sont les Vertus terrassant les Vices.
Les peintures de Poncé ont une parenté assez marquée avec celles de Montoire. Elles nous montrent à l'abside un Dieu de Majesté d'un beau caractère. Dans la nef, une suite de panneaux, divisés en quatre groupes, sont consacrés à l'Enfance
LA DECORATION DES EGLISES ROMANES
du Christ, la Passion, le Jugement dernier, la Mort de Lazare et du mauvais riche. Au-dessus de cette dernière scène est représenté un combat qui donne la date approximative de ces peintures, car on y voit des chevaliers armés du casque à nasal et du long bliaud à la mode sous le règne de Louis VII (fig. 557).
Fig. 55.7. — Poncé (Sarthe).
Laffillée del.
Peinture murale. Mort du Mauvais riche et de Lazare.
Les peintures de Saint-Jacques-des-Guérets ont pour thème l'Enfance du Christ, la Passion, le Jugement dernier. J'ai bien de la peine à les considérer autrement que comme un reflet tardif de l'art roman, car on y voit des personnages portant le costume militaire du temps de saint Louis '. Il est vrai qu'elles peuvent n'être pas toutes de la même date, et que certains morceaux comme le
Hisl. Je l'arl d'André Michel, t. I, p. 759.
PEINTURE MUKALE
Dieu Je Majesté entouré des quatre symboles évangéliques et la Sainte Cène qu'on voit au-dessous sont encore dans la pure tradition romane (fig. 558)'.
C'est également à une époque avancée du xii"' siècle qu'il faut attribuer les peintures de la chapelle du Liget en Touraine, qui nous montrent des scènes de la vie de la Vierge et de grandes iigures isolées d'une tournure pleine de noblesse '.
Laffillée del.
Fig. )58. — Siiiiit-Jaciiues-des-Guérets (Loir-ct-Chei). Peinture murale
Les fresques de l'église de Vie (Indre) sont probablement plus anciennes. La partie la mieux conservée est disposée en trois registres superposés comprenant en haut un Dieu de Majesté entouré des douze apôtres, au-dessous l'Annonciation et l'Adoration des Mages, en bas la Descente de croix et les Saintes femmes au tombeau. La composition est purement romane; mais ce qui distingue ces peintures.
1. Néanmoins je crois ce tableau du xm= siècle 2. Elles sont reproduites dans le beau choix
comme les autres, car les noms des évangélistes de peintures murales du moyen âge réuni par
qu'on lit à côté du symbole propre à chacun MM. Gélis-Didot et Laffillée dans leur luxueux
d'eux sont écrits en majuscules gothiques et non ouvrage sur La peinture décorative en France
en lettres romanes. (Paris, 1800,2 vol. pet. in-fol.).
LA DECORATION DES EGLISES ROMANES
c'est le mouvement qui anime la plupart des personnages et le souci de l'expression qui se manifeste dans maint détail (fig. 559). Ainsi l'homme qui détache le Christ de la croix fait un violent effort des bras, des épaules, du torse, pour arracher le clou qui retient encore un des bras du Christ ; les apôtres qui entourent le Dieu de Majesté ne sont pas, comme il arrive souvent, tous assis dans la même attitude hiératique. Ils ont chacun une pose différente, ils se regardent deux à deux, comme s'ils conversaient ensemble. Bref un véritable souffle de vie se tait sentir dans toute la composition.
Eglise de Vie (Indre). Peintures mur.ile
Un grand nombre d'églises poitevines ont dû être peintes comme Saint-Savin ; malheureusement il nous reste peu de chose des fresques qui les ornaient. Ainsi l'on entrevoit à peine aujourd'hui la Vierge assise, qui trônait entourée de saintes à l'abbaye de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, et le Christ accompagné des apôtres, qui était peint à la voûte du chœur.
Les peintures qui ont orné l'église Saint-Hilaire, dans la même ville, sont encore plus mal conservées, sauf une figure en pied de Fulbert, le célèbre évêque de Chartres qui fut trésorier de Saint-Hilaire.
Le Temple Saint-Jean avait aussi reçu une fort belle décoration picturale. Elle s'efface malheureusement peu à peu. La partie la mieux conservée paraît représenter l'Ascension (fig. 560) : le Christ est debout dans une auréole; deux anges volent
PEINTURE MURALE
à Sfs côtés ; à droite et à gauche sont rangés les apôtres, debout, dans des attitudes diverses. Des bandeaux aussi riches de coloris qu'élégants de dessin encadraient la composition. L'un d'eux représente une grecque d'un tracé compliqué et d'une grande harmonie de couleurs ; elle est entremêlée de petits compartiments carrés ornés d'oiseaux, réminiscence évidente de quelque peinture antique. On a d'autres exemples au xii" siècle de réminiscences de ce genre, notamment dans les sculptures du joli tympan de Carennac.
Signalons enfin, comme également dignes d'attention, les peintures de Notre- Dame de Montmorillon. Bien que de date probablement tardive, elles sont encore
hig, )6o — Poitiers 1 (.nipk Siint Jun Peinture
romanes de style. Le morceau le plus important représente le Mariage mystique de sainte Catherine ; c'est une œuvre naïve, mais où perce un sentiment délicat dans le joli geste de la Vierge portant à ses lèvres une des mains de son divin Fils pendant que l'autre se pose sur la tête de la jeune sainte. Ce détail gracieux est bien une invention de l'artiste occidental, ce n'est pas un emprunt aux traditions byzantines.
L'Ouest de la France n'est pas, du reste, la région où l'influence byzantine est le plus sensible ; elle l'est davantage dans les peintures de la Bourgogne, de l'Auvergne, du Velay. On en peut juger par quelques beaux restes du xii^ siècle conservés à la cathédrale du Puy ' et au réfectoire de Charlieu % et plus encore par les curieuses fresques découvertes dans l'abside de l'église de Berzé-la-Ville (Saôneet-Loire)'. Suivant l'usage, le cul-de-four de ce petit édifice est orné d'une grande
1 . L. Giron, Les peintures murales du départe- 3 . Ces peintures ont été décrites en détail par ment de la Haute-Loire, pi. i et 4. MM. Lex et Martin {Bull, archcol. du Comitc
2. Déchelette et Brassart, Les peintures des travaux historiques, 1893,. p. 416 et pi. 29 murales... du Fore^, pi. 2. à 33).
LA DECORATION DES EGLISES ROMANES
figure du Christ (hg. 561) entouré dapôtres et de saints malheureusement assez
effacés. Trois fenêtres éclairent l'abside ; elles sont encadrées par une arcature
formée de cinq arceaux, ce qui laisse libres, aux deux bouts de l'arcature, deux arceaux sous lesquels on a figuré la mort de saint Biaise et le martyre de saint Laurent. Des figures de saintes occupent les écoinçons de l'arcature.
Enfin le bas du mur est orné de draperies au milieu desquelles se détachent des figures de saints en buste. Or ces saints, avec leurs cheveux noirs et frisés, rappellent d'une façon étonnante les portraits de la fin de l'époque romaine ou du début de l'époque byzantine que l'on a retrouvés dans les nécropoles de l'Egypte. Quant aux saintes des écoinçons, elles sont coiffées de couronnes aux riches pendeloques et vêtues de robes couvertes de perles (fig. 5 62) qui font songer au costume de Théodora dans les mosaïques de R.a vanne.
M. Mâle, qui a résumé dans quelques pages excellentes à peu près tout ce que l'on sait sur la peinture rojmane ', a relevé dans les peintures de l'Auvergne et du Velay une particularité qui accentue cette ressemblance avec les œuvres byzantines : c'est l'emploi, pour les fonds, de couleurs foncées à la place des couleurs claires souvent coupées de bandes grises, blanches ou jaunes, qui sont de mode dans les ouvrages moins imprégnés d'influence orientale.
Les exemples qui précèdent suffisent pour faire bien comprendre. les principes
généraux qui guidaient les artistes appelés à peindre les églises.
Les parties inférieures ou peu apparentes des murs étaient décorées de teintes
plates ou de draperies, comme à Poncé ou à Berzé-la-Ville. Souvent on cherchait à
S6i. — Berzé-la-Ville (Saône-et-Loire).
Peinture murale. C^deM. Lex.