DENTS DE SCIE
S;unte-Hoiiorinc (fig. 314) ou de Sccquevillc-en-Bessin (lig. 513); Ifs bandeaux d'impostes, les tailloirs et même la corbeille des chapiteaux, comme à Oulchy-le-
Château (fig. 605), etc. Parfois les cloisons dessinent des triangles juxtaposés sur deux ou trois rangs, comme sur les tailloirs des colonnettes qui flanquent la magnifique fenêtre absidale d'Aulnay en Saintonge (fig. 590). On trouve encore des alvéoles carrés ou rectangulaires, mais qui, au lieu de rappeler un travail de cloi-
LA DECORATION DES EGLISES ROMANES
sonnage, sembleraient plutôt faits à l'emporte-pièce. Telles sont ceux qui ornent une des voussures de la jolie porte de Donzy-le-Pré (fig. 580) ou les colonnettes des piédroits de la porte latérale de la cathédrale du Puy '.
Les cloisonnages ont un lien de parenté très étroit avec les étoiles à quatre branches que l'on rencontre, au xi'= et au xii'^ siècle, en Normandie et dans l'Ile-de- France. L'usage que l'on en fait est le même, les compartiments qu'elles forment
Melle. E<;lise S.iint-Pierie
l'h. .\L II.
Fenêtre d'une absidiole.
sont agencés de la même façon ; la seule différence consiste en ceci que les étoiles ne sont pas nécessairement enfermées dans des compartiments carrés et que leurs alvéoles sont séparés non par des cloisons de quelque épaisseur, mais par une simple arête. On a aussi fait des étoiles à six rais ou branches et encore plus souvent à huit. Ces dernières sont particulièrement fréquentes au xii'= siècle.
Citons encore un motif d'ornementation très répandu dans les régions où les cordons de dents de scie et les étoiles à quatre rais eurent le plus de vogue, je veux parler des têtes de clous ^. Ce sont de petites pyramides à quatre faces, que l'on emploie tout spécialement pour décorer la moulure saillante qui encadre ordi-
1. Viollet-le-Duc, 0/c/it)«., t. III, p. 499,fig. 5. l'époque romane on ne savait pas tailler le dia-
2. On les appelle aussi pointes de diamant, mant à facettes, et que depuis qu'on a appris à le expression assez impropre si l'on songe qu'à tailler on ne lui a jamais donné cette forme.
RUBANS, MEANDKKS
nairement le dernier rang de voussures dans une archivolte '. Généralement les têtes de clous sont posées côte à côte en une seule ligne. Quelquefois on laisse entre elles un certain intervalle.
On se servait assez souvent au moyen âge de clous à tête bombée et côtelée, semblables à de gros boutons ; ils ont parfois été pris comme motif d'ornement. On en voit un exemple, à la cathédrale de Bayeux, au pourtour des panneaux qui décorent les écoinçons des arcades de la nef -. .
Les galons ont joué de tout temps un grand rôle dans la décoration des étoffes dont les hommes se servent pour se vêtir ou pour parer leurs demeures, ils se
Fig. 5S0. — Donzy (Nièvre). Porte principale.
prêtent par leur souplesse à des combinaisons infiniment variées ; on ne peut donc s'étonner des nombreuses imitations qui en ont été faites dans les œuvres d'architecture. Certaines de ces imitations étaient déjà fort répandues chez les anciens, comme l'indique le nom de grecque que l'on donne à l'une d'elles.
Le moyen âge a eu un goût assez prononcé pour ce genre de combinaison, et on en rencontre de fort beaux spécimens même dans les régions où l'influence des monuments romains est peu sensible.
La grecque, que l'on nomme aussi méandre, est formée par un ruban à plat qui se replie à angle droit de façon à former une suite de potences.
Tel est le type le plus simple et probablement le plus ancien ; nous en avons des exemples dans les monuments du Midi, notamment à Avignon (tig. 440) et à Saint-Trophime d'Arles (fig. 668). On peut le compliquer de différentes façons, par exemple en multipliant les retours d'angles du galon, ou bien en alternant le sens dans
I. Comme à la porte de Tilly-sur-Seule (Riiprich-Rohert, Archit. normande, pi. 114).
2. Panneaux représentant nn monstre et un évêque (Ruprich-Robert, pi. 161 et 163).
582 LA DÉCORATION DES ÉGLISES ROMANES
lequel sont posées les potences, comme au portail de Saint-Gilles. On peut encore, au lieu de poser le galon à plat, le montrer en perspective, comme au montant de gauche de la grande porte de Charlieu (fig. 688). Il y en a des exemples dès le .Kl'-" siècle, encore plus au xii*-'. Ils sont souvent d'une grande élégance. Quelquefois on a associé aux méandres des figures d'animaux; le charmant portail de Carennac (fig. 662) a son linteau décoré de la sorte.
Enfin quelques artistes, au lieu de donner aux méandres des formes strictement rectangulaires, se sont amusés à leur donner des formes tourmentées et comme chiffonnées. Le célèbre portail de Moissac (fig. 658) nous en montre un très curieux exemple qui a été imité dans celui de Beaulieu en Limousin (fig. 659).
Les galons forment encore des lignes ondulées, comme à Charlieu (fig. 688), ou des enroulements que l'on peut agrémenter de perles isolées ou de filets perlés. Ces galons ondulés peuvent être figurés à plat ou en perspective. On en voit de cette dernière espèce formant archivolte autour des arcades de la nef de Yézelzj. Souvent on entrelace deux galons soit en les repliant l'un sur l'autre, soit en les recourbant en torsades.
On peut même en combiner un plus grand nombre pour dessiner des tresses ou des entrelacs. On sait combien ce genre de décoration fut en vogue à l'époque carolingienne. La mode n'en disparut que lentement, et on trouve souvent, au xi° siècle, des motifs d'entrelacs qui se distinguent difiîcilement de ceux des deux siècles précédents '. Toutefois les grands panneaux d'entrelacs ne sont. plus guère employés, et l'on réserve plutôt ce genre de décoration à de moindres surfaces, comme la corbeille des chapiteaux, les bandeaux d'imposte, les tablettes des corniches, etc. Aux formes compliquées des entrelacs carolingiens on préfère d'ailleurs, sauf pour la décoration des chapiteaux, des combinaisons plus simples, comme des cercles qui s'entrecroisent, ou ce réticulé qui couvre plusieurs des colonnes du cloître d'Elne.
Souvent les galons dessinent de simples arceaux, qui s'entrecroisent ou se juxtaposent en formant une suite de festons. Ce genre de décoration était déjà fort goûté au début de l'époque carolingienne, on en a vu plus haut divers exemples (fig. 205, 206). Il l'était encore au xii'= siècle, tout spécialement pour la décoration du sommet des murs sous la corniche, comme à Saint-Germer ou à Mouen, ou encore pour la décoration des crêtes de pierre qui, dans certaines régions, comme la Provence, suivent le sommet des toits '.
Mais le goût pour les festons se manifeste bien plus souvent encore d'une autre façon, principalement en Aquitaine. La Saintonge, le Poitou, le Bordelais, le
1. Ainsi je ne sais trop si les panneau.K d'en- 1906, p. 142, pi.
trelacs qu'on voit encastrés dans l'arcature qui 5. Revoil a trouvé des crêtes de ce genre à
couronne l'abside de Saint-Oustrille de Graçay Sainte-Croix de Montmajour, à Notre-Dame-des-
sont des morceaux carolingiens réeniplQ\'és, ou Doms d'Avignon, à la cathédrale de Cavaillon
des oeuvres de la fin du xie siècle. (Revoil, Archit. romane du Midi de la France,
2. Congrès arclicol. de France, Carcassoiine, t. I, pi. 8, 55 ; t. II, pi. 26),