I. Uupnch-'RobenjArcbit. nom/., t. \, p. 179, lîg
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terre et, à un moindre degré, dans l'Ile-de-France. Les vrais godrons sont contigus dans toute leur longueur comme des côtes de melon, mais on en fait aussi qui s'amincissent en pointe et sont séparés vers le bas comme des cornets. Ces deux variétés sont également communes au xii'= siècle. Les godrons ou les cornets sont souvent agrémentés de diverses façons, par un galon perlé, par l'interposition de cannelures, par un filet de perles ou quelque autre petit motif entourant ou remplissant le lobe qui en forme la partie supérieure (fig. 614). La forme de ce lobe est habituellement un demi-cercle, mais parfois on s'est ingénié à la compliquer, ce qui a produit de nouvelles combinaisons de godrons. Les églises anglo-normandes en offrent des variétés infinies ; nous en possédons moins en France, sans doute à cause de la rapide difl:usion du style gothique qui a arrêté plus tôt qu'outre Manche le plein épanouissement de l'art roman.
Le chapiteau à feuillages est de tous le plus répandu et, dans cette importante famille, la première place revient sans conteste au chapiteau corinthien. Ce n'est pas que les imitations fidèles que les artistes romans en ont pu faire soient extrêmement nombreuses , mais aucun autre modèle n'a exercé une influence comparable, aucun type n'a été l'objet de plus de transformations, n'a servi de thème à des variations plus ingénieuses, et finalement ne s'est épanoui sous le ciseau des grands artistes du xii= siècle de plus merveilleuse façon. J'ai dit plus haut combien le chapiteau corinthien était en vogue au moment du triomphe du christianisme, et comment la tradition s'en était conservée jusqu'à la fin de l'époque carolingienne. On ne peut donc s'étonner si au début du xi'= siècle les chapiteaux de cette famille priment tous les autres. Dès cette époque, les variétés en sont infinies et on s'exposerait à de graves erreurs si, pour les classer chronologiquement, on s'en tenait à leur ressemblance avec le prototype dont elles dérivent, ou à la grossièreté plus ou moins grande de l'exécution. Si donc, pour plus de clarté, je les décris, en commençant par les types les plus grossiers et les plus simples, il n'en faut pas conclure que ce soit toujours les plus anciens.
Je rappellerai d'abord ce que j'ai dit des chapiteaux épanelés, car cela s'applique à la famille qui nous occupe en ce moment plus qu'à aucune autre. Le chapiteau corinthien, avec les deux rangs de feuilles d'acanthe recourbées qui en décorent la corbeille, les volutes qui en garnissent les angles, les volutes plus fines qui, sous le nom de caulicoles, viennent se réunir sous la saillie caractéristique
Fig. 614. — Ryes (Calvados).
CHAPITEAUX INSPlKliS DU TVPl-: CORINTHIEN
que présente l'abaque au milieu de ses quatre taces, le chapiteau corinthien offre un ensemble de reliefs et de creux assez harmonieux pour qu'un simple épanelage, faisant ressortir tous ses reliefs, produise un véritable effet décoratif. On en peut juger par certains monuments, comme la belle crypte de la Trinité de Caen dont tous les chapiteaux (fig. 328), sont des variétés du type corinthien traitées de la sorte, et l'on conçoit qu'on ait jugé superflu de pousser plus loin le travail décoratif en voyant le résultat obtenu parce procédé sommaire.
Malheureusement le travail d'épanelage n'est pas toujours exécuté avec autant de soin et des simplifications malencontreuses ont souvent nui au galbe du chapiteau. Ainsi on a fréquemment figuré la saillie des caulicoles par une sorte de console qui a dû paraître d'un heureux eff"et, car on la retrouve dans une foule de chapiteaux fort éloignés du vrai type corinthien ; d'autres fois on a supprimé un rang de feuilles ; trop souvent on les a supprimés tous les deux. Chose plus fâcheuse encore, on n'a pas toujours su conserver à la corbeille ses proportions normales ; tantôt elle est trop basse, ce qui lui donne l'aspect lourd et trapu, tantôt elle est allongée à l'excès, ce qui a inspiré à quelques artistes plus habiles que les autres l'idée assez heureuse de l'entourer d'un troisième rang de feuilles.
La plupart de ces variantes n'ont pas de valeur artistique, mais elles sont intéressantes à noter à cause des types nouveaux qui devaient en sortir et dont certains ont fourni une longue et brillante carrière. Ainsi c'est de cette grossière simplification qui réduit l'épanelage du chapiteau corinthien aux seules volutes d'angles, qu'est né le chapiteau à crochets, dont le xi^ siècle et le commencement du XII'' nous offrent quelques spécimens rudimentaires et qui devait prendre, avec l'avènement du style gothique, un essor extraordinaire.
Beaucoup de sculpteurs du xi'^ siècle n'ont pas voulu se contenter d'un simple épanelage, mais dans leur impuissance à reproduire la feuille d'acanthe avec' ses fines et multiples découpures, ils se sont inspirés des plus mauvais modèles laissés par leurs devanciers de l'époque carolingienne et sous des volutes abâtardies ils ont gardé un ou plusieurs rangs de feuillages conventionnels traités le plus souvent d'une façon barbare et sommaire. Tantôt, ce sont des feuilles étroites accolées en lignes parallèles comme des cannelures (fig. 615). D'autres fois, ce sont de larges feuilles couvertes de lignes concentriques qui font songer aux dessins rudimentaires dont nos ancêtres préhistoriques décoraient les dolmens de Gavrinnis. L'église de
Fig.
Chivy (Aisne).
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Ph. M. H.
- Soissons (Aisne). Musce.
Chivy (Aisne) possède une série de chapiteaux de cette catégorie qu'on a voulu
faire remonter aux temps mérovingiens ou carolingiens \ mais qui ne doivent pas être antérieurs au xi^ siècle ^. Le musée de Soissons en a recueilli d'aussi informes, de plus informes même, car l'un deux n'a même pas de volutes aux angles, et sa surface est couverte de palmettes en éventail jetées au hasard (tig. 6i6). Ce dernier n'a évidemment plus aucun rapport avec le tj^pe corinthien, néanmoins si on remarque la forme triangulaire qu'ont prise les feuilles d'acanthe sur un chapiteau de la crypte de la cathédrale d'Auxerre, que Viollet-le-Duc a cité comme exemple des déformations subies par les modèles antiques ', on reconnaît que l'auteur des grossières palmettes du chapiteau de Soissons s'est inspiré de quelque échantillon abâtardi du même type.
Il est rare heureusement que la dégénérescence du chapiteau corinthien ait produit des œuvres aussi informes, et si les feuilles d'acanthe qui en garnissent la corbeille ont trop souvent une forme ramassée qui les rend peu élégantes, on en trouve fréquemment, dès le début de l'époque romane, qui sont très allongées.
En ce cas, il n'y en a généralement qu'un rang; il arrive même qu'on se contente d'en loger une seule sous chaque volute d'angle, comme dans un chapiteau de la crypte de Saint- Bénigne de Dijon (tig. 617), qui ne saurait être postérieur aux premières années du xi^ siècle. Cette façon de simplifier le chapiteau corinthien remonte d'ailleurs très haut ; on y avait déjà recours au ix" et au V siècle,
I. Eà.VXtVLxy, Antiquités et nw7ium. du départ. 2. Eug. Lefèvre-Pontalis, dans la Galette
de V Aisne, t. II, p. 300;, cf. Bull, de la Soc. acad. archéoL, 1887, p. 29 et pi. 4. de Laoïi, t. XVIII, p. i et 263 :-t. XX, p. 422. 3. Diction. d\irchit.,l. Il, p. 484, tig. 4 bis.