LES FUTS 13E COLONNES ET LES BASES
Les tailloirs peuvent même être ornés d'animaux, et de ligures d'hommes ou d'anges. Ce sont naturellement les provinces que j'ai déjcà citées comme ayant possédé une brillante école de sculpture, qui nous fournissent les plus nombreux et les plus beaux spécimens de ces tailloirs ornés. Les églises de l'Angoumois, de la Bourgogne, du Midi en offrent des exemples d'une extrême variété. Ainsi à Vézela)' (fig. 643, 646), à Saint-Sernin de Toulouse, les motifs changent pour ainsi dire à chaque pilier.
Ce sont particulièrement les colonnettes des portails et des cloîtres qui ont reçu ce complément de décoration. Ce sont elles également dont les fûts sont souvent enrichis d'ornements qui en garnissent toute la surface. L'idée n'était pas nouvelle, car dès le début de l'architecture chrétienne, à côté des colonnes couvertes de cannelures verticales ou en spirale, si communes à la fin de l'Empire romain, on en trouve qui sont chargées de pampres ou de rinceaux de feuillage. Les Carolingiens également ont connu ce genre de décoration, mais jamais il ne fut poussé plus loin qu'au xii'= siècle, et jamais il ne donna naissance à des motifs plus variés. Ce sont des entrelacs, des chevrons, des écailles, des frettes, de petites fleurs à quatre pétales, des alvéoles, enfin des rinceaux de feuillages mélangés souvent à de gracieuses figurines. Les fûts ainsi ornés sont presque toujours de médiocre dimension ; aussi en dehors des portails et des cloîtres, n'en rencontre-t-on guère que le long des jambages de certaines fenêtres, de préférence celles de l'abside ou de la façade. Il est rare, sauf dans l'école anglonormande, qu'on ait songé à décorer les gros fûts de la nef, et en ce cas l'ornement le plus ordinaire consiste en cannelures dessinant des spirales, des losanges ou des chevrons plus ou moins espacés (fig. 517). L'emploi des cannelures verticales, surtout pour la décoration des pilastres, est un des traits marquants de l'école bourguignonne.
La base des colonnes est presque toujours formée d'un anneau de moulures (fig. 633). Sauf en Normandie où certains profils très rudimentaires prévalurent jusqu'à la fin du xi'= siècle, le modèle dont on s'inspire partout est la base attique dont les éléments essentiels sont deux tores séparés par une doucine bordée de deux petits filets. Le profil des bases, très lourd et camard jusqu'au xii° siècle, s'affine à cette époque et devient d'une grande élégance. Des pattes ou des griffes formées par une feuille, un petit objet, un petit animal au corps allongé garnissent souvent les vides existant entre la base et les quatre angles du socle (fig. é3'3). Certaines de ces griffes sont exécutées avec un soin extrême.
Parfois, comme à Saint-Sever (fig. 600), on a fait des bases en forme de chapiteau renversé, mais cette mode qui existait déjà sous les Carolingiens ne paraît pas avoir jamais pris un grand développement. Souvent au xi^ siècle on a cherché à faire des bases plus ornées en remplaçant la doucine ou la gorge qui sépare les deux tores par un large bandeau orné de dents de scie, de grosses perles, d'entrelacs, de rosaces, de rinceaux, de têtes humaines, etc. C'est particulièrement en
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Auvergne ' et dans les parties du Limousin et du Rouergue qui confinent à cette province, qu'on rencontre ces bases. Il est rare qu'elles soient d'un heureux effet. D'autres modèles plus élégants se rencontrent parfois en Saintonge, en Bourgogne et dans une partie du Sud-Ouest, mais sauf dans quelques portails, il est rare que ces bases très ornées méritent de retenir l'attention.
1. Voir les exemples recueillis par M. de geac, Ydes, etc. (Les églises roivanes de In Haiile- Rochemonteix dans le Cantal, à Saignes, Bra- Auvergne, Jis,, 45^ 46 et 50).