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CHAPITRE XIX

LA SCULPTURE ROMANK

LA SCULPTURE DANS LE MIDI, UANS LE CENTRE, EN PROVENCE, EN AUVERGNE, EN POITOU ET EN SAINTONGE, EN BOURGOGNE ET DANS l'iLE-DE-FRANCE.

Au moment où commencent à se manifester les premiers symptômes de la renaissance romane, la sculpture proprement dite, c'est-à-dire l'art de représenter les figures animées en ronde bosse ou en bas-relief, était tombé à un degré de décadence et de barbarie à peine irnaginable. Même dans le Midi où avait fleuri, au iv" siècle, une école de sculpteurs habiles à couvrir les parois des sarcophages chrétiens de figures du Christ et des Apôtres, dignes d'être mises en parallèle avec les œuvres similaires des marbriers italiens, l'art de la sculpture avait à peu près disparu, et du vr au xi'' siècle on est en peine pour en découvrir la moindre manifestation. L'impulsion imprimée par Charlemagne à tous les arts a-t-elle produit quelque effet sur la sculpture? il nous est impossible d'en juger aujourd'hui, car les monuments qui ont pu exister ont disparu. Leur disparition a même été si complète que certains auteurs mal informés ont pu contester qu'on ait tenté de faire, avant le xr' siècle, des représentations figurées.

Mais c'est là une assertion empreinte d'une singulière exagération. La vérité est que l'art de la sculpture n'a jamais été complètement abandonné. Il y avait au ix"' et au x*-' siècle des artistes qui s'eflx)rçaient de reproduire la figure humaine et qui s'appliquaient à composer des scènes à plusieurs personnages. C'est surtout dans les chapiteaux que se concentrèrent pendant longtemps les tentatives de ce genre, et nous avons vu qu'à l'époque carolingienne on a su faire des chapiteaux à figures conçues dans les mêmes données que les chapiteaux romans '. Dès la même époque on a certainement commencé à faire des bas-reliefs servant à' la décoration des églises ou à l'édification des fidèles. Ainsi nous savons par des témoignages dignes de foi que l'archevêque Ebbon avait, vers 820, fait sculpter sur la façade de la cathédrale de Reims les images de l'empereur Louis le Pieux et du pape Etienne IV-. Mais que valaient ces sculptures? Nous l'ignorons complètement. J'ai dit plus haut les raisons qui nous obligent à ne parler de la sculpture

I. Voir ci-dessus, p. 196. 2. Flodoard, Hisl. Reiiiensis, 1. II, c. 19.

LA SCULPTURE ROMANE

carolingienne qu'avec une grande réserve, mais je dois reconnaître qu'on est assez fondé à l'apprécier sans indulgence quand on voit l'extrême barbarie de toutes les figures que l'on est autorisé à ftiire remonter à cette époque. L'église Saint-Paul-les- Dax en a conservé de fort curieuses qui forment une sorte de large frise au pourtour

de son abside (fig. 3 6 5 ). Elles remontent probablement au x^ siècle et représentent la Trinité, la Sainte Cène, le Baiser de Judas (fig. 187), la Crucifixion (fig. 188), les Saintes Femmes au tombeau, etc. Ce sont des œuvres grossières et sans relief, d'un dessin malhabile et d'une exécution enfantine. Les sculptures qu'on peut attribuer à la première moitié du xi^ siècle marquent en général peu de progrès sur celles-là. Aussi n'est-il pas étonnant que les siècles postérieurs se soient peu intéressés à la conservation d'œuvres aussi imparfaites, et que les fragments qui nous en restent se présentent presque toujours sous la forme de débris, réemployés plus tard comme matériaux de construction, ou encastrés au hasard dans des maçonneries de date moins ancienne. Tels sont les morceaux qu'on voit au porche de Saint-Benoît-sur-Loire , au transept de Beaulieu-les-Loches, au portail de Marcillac en Quercy, à l'abside et au chœur de Selles-sur-Cher (fig. 648), etc. Les textes, à défaut de ces restes mutilés, prouveraient que, dès le début du XI"" siècle, la sculpture à figures était cultivée sur une assez vaste échelle. Néanmoins il n'est pas douteux que la sculpture monumentale ne soit restée, jusqu'à l'avènement de Philippe l", fort en retard sur les autres arts, et qu'au XII' siècle encore, dans certaines provinces comme la Normandie ', où l'on savait bâtir de grands et remarquables édifices, on ignorait presque complètement l'art de représenter en bas-relief l'homme ou les animaux. Il faut donc se garder de vieillir à l'excès, comme trop d'archéologues sont enclins à le faire, toutes les œuvres d'une exécution grossière.

I. Les recherches de M. Prior (The Architec- éghses anglo-normandes étaient mieux partagées tural Review, 1902) donnent à penser que les à cet égard que celles de la Normandie.

Fil». 648. — Selle " B;is-reliefs rée

-sur-Clicr (Loir-et-Cher), iployés dans les murs.

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