‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 329 sur 377 · DANS LE CENTRE · texte numérisé non relu

DANS LE CENTRE

lourdeur et qu'on rencontre alors des morceaux de proportions beaucoup plus élégantes, tels que l'Adoration des Mages ou les grandes figures de la porte latérale de Notre-Dame-du-Port, à Clermont (fig. 674), et le joli tympan de Mauriac (fig. 660), etc....

On classe habituellement parmi les œuvres de style auvergnat le célèbre tympan de Conques, dont j'ai parlé plus haut; il relève, en réalité, de la même famille que les tympans de Moissac et de Beaulieu; toutefois l'influence auvergnate s'y fait sentir dans les proportions ramassées données aux figures et dans la forme pentagonale des linteaux. Ce dernier détail est très typique et la plupart des

Bourges. Tympan de la porto de Saint-Ur

Wiirdcin ph.

églises relevant de l'école de Clermont nous montrent des linteaux de cette forme. C'est là le plus souvent que se concentre toute la décoration. Le tympan et l'arc de décharge qui les surmontent en restent complètement dépourvus.

Je viens de signaler les proportions allongées des figures qui ornent le linteau de Notre-Dame-du-Port. Je serais assez porté à croire qu'elles sont dues à l'influence de l'école bourguignonne, car l'allongement des figures est un des caractères les plus habituels de la sculpture romane dans cette province. Cette hypothèse, il est vrai, se concilierait mal avec l'opinion courante qui veut que l'Auvergne ait devancé les autres provinces dans l'art de la sculpture, comme dans la formation de son école d'architecture. Mais ces deux propositions sont loin d'être démontrées. Il est, au contraire, bien certain qu'on a trop vieilli les beaux chapiteaux à personnages de Notre-Dame-du-Port, de Saint-Saturnin, de Saint-Nectaire, et qu'aucun des tym-

LA SCULPTURE ROiMANt

pans ou des linteaux sculptés qui se sont conservés dans quelques églises auvergnates n'est antérieur au xii' siècle ' .

Fig. 674. — Clermont. Église Notre-Dame-du-Port. Porte latérale.

L'Ouest de la France a vu se développer, à l'époque romane, une école de sculp-

I. On peut, il est vrai, rattacher à l'école c'est une œuvre d'une grossièreté extraordinaire ■ auvergnate le tympan de Rosiérs-Côte-d'Aurec (voir î^. ThiolWer, Jrchit. romane dans le dtoc. du (Hte-Loire) qui paraît être du xi^ siècle. Mais Puy, pi. 109).

DANS I. OUEST ^cc)

turc qui "n'a peut-être point produit de ligures aussi élégantes que l'école de Toulouse ou celle de Bourgogne, mais qui rivalise avec elles pour l'abondance de la décoration et la façon remarquable dont celle-ci s'associe aux formes de l'architecture. C'est en Poitou, en Angoumois, en Saintonge, que cette écolea jeté son plus vif éclat, mais son action s'est étendue des bords de la Loire jusqu'au voisinage des Pyrénées.

On peut la reconnaître dans les vieilles sculptures qui ornent la façade de l'église d'Azaj'-le-Rideau, les bas-reliefs de l'abside de Selles-sur-Cher, le portail de Saint- Ours de Lo-

i-ig. 075. — bjuitus. hf,'hsc Notre-IJ.uDc. Archivnltc de la porte principale.

encore couvertes de leurs couleurs primitives qui donnent aux arcades du cloître de Saint- Aubin d'Angers (fig. 375) un caractère si particulier, et en même temps dans le portail de Sainte-Croix à Bordeaux, et peut-être encore, plus au sud, dans

660 LA SCULPTURE ROMANE

les portes de Mimizan et deMorlaas, où cette influence rencontre celle de l'école toulousaine. Les portes très richement ornées sont très nombreuses dans la région poitevine et saintongeaise, mais comme leurs baies sont généralement amorties par un arc au lieu d'un linteau, elles n'ont presque jamais de ces tympans sculptés si répandus en Bourgogne, dans le Centre et dans le Midi. Les sculpteurs se sont dédommagés en logeant des figures le long des voussures d'archivolte, idée ingénieuse que les artistes de l'époque gothique n'ont pas manqué d'accueillir et à laquelle ils ont donné un grand développement. Ces figures peuvent être posées côte à côte, normalement à la voussure; en ce cas, le sculpteur s'arrange pour en mettre une par claveau, ce qui a eu parfois des conséquences assez bizarres. Ainsi à la grande porte de Notre-Dame de Saintes (fig. 675), une des voussures est ornée des vieillards de l'Apocalypse, mais comme elle compte cinquante-trois claveaux, l'artiste a dû ajouter vingt-neuf vieillards aux vingt-quatre que mentionne le texte sacré. Une autre voussure de la même porte représente le Massacre des Innocents ; pour que chaque claveau fût rempli par une figure de même taille, il a fallu faire les enfants massacrés aussi grands qu8 leurs mères ou leurs bourreaux.

Les personnages peuvent aussi être placés à la file, comme sur la voussure intérieure de cette même porte de Saintes où on voit six anges en adoration devant Dieu représenté par une main bénissante. Cette dernière disposition est surtout fréquente depuis le second quart du xii'' siècle. Elle a eu pour conséquence d'imposer aux figures des formes allongées à l'excès ; néanmoins les habiles artistes qui sculptèrent, vers 11 50 sans doute, les belles portes de Notre-Dame de Parthenay (fig. 676) ou d'Aulnay en Saintonge, en ont tiré un heureux parti. Le sculpteur d'Aulnay a même combiné avec adresse les deux systèmes, car le long des trois voussures intérieures de la maîtresse porte, il a représenté des anges en adoration, les Vertus et les Vices, les Vierges sages et les Vierges folles, tandis que normalement à la voussure extérieure, il a sculpté de petits personnages qui ne sont plus des magots difformes juxtaposés dans la même attitude, mais qui, tous variés, représentent de petites scènes, comme les Travaux des mois correspondant aux signes du Zodiaque.

Dans l'école poitevine, le type de façade le plus habituel comporte, au rez-dechaussée, une porte sans tympan, flanquée dans l'axe des bas-côtés de deux arcades aveugles. Celles-ci offrent au sculpteur le champ qui manque dans les portes dénuées de tympan, aussi est-ce là qu'il faut ordinairement aller chercher les personnages et les scènes qui ne pouvaient trouver place dans l'étroit espace fourni par les voussures des portes. Ainsi, à Aulnay, on a décoré les tympans de ces fausses arcades du martyre de Saint-Pierre (fig. 677) et du Christ assis entre la Vierge et saint Jean '. L'étage qui surmonte le portail reproduit le plus souvent la division

I. Voir mon Etude sur Saiut-Pierre d'Auluav (Ga~etle archéoL, 1886), pi. 56.

Page 1