I. A. Michel, Hist. de l'art, t. I, p. 652 et
LA SCULPTURE ROMANE
à Civray, à Ruffec, à Châteauneuf, etc.. et jusqu'à Bordeaux, où nous aurions, dans la façade de l'église Sainte-Croix, un des produits les plus accomplis de cette brillante école, s'il nous était parvenu complet. Les sculpteurs poitevins ont même
E. Lefèvre-Pontalis ph.
Fig. 68i. — Saint-Junien (Haute-Vienne). Détail du tombeau de saint Junien.
exercé leur talent dans la partie du Limousin attenante au Poitou, et on doit leur faire honneur du beau tombeau élevé à saint Junien (fig. 68 1), dans la petite ville qui porte son nom. Quoique les figures qui le décorent soient pour la plupart
KN BOURGOGNE
raidcs et monotones, c'est une œuvre d'un style reniarquiible s'il est vrai qu'elle a été exécutée par ordre du prévôt Raninulfe au commencement du xii" siècle '.
Malgré l'étendue du territoire sur lequel elle a exercé son action, malgré l'activité dont elle a fait preuve, le rôle qu'a joué l'école poitevine dans l'histoire de la sculpture romane en France est loin d'égaler celui qu'il convient d'attribuer à l'école de Bourgogne. Nulle part l'impulsion donnée aux arts par l'ordre de Cluny et les riches abbayes qui en relevaient n'a été plus; puissante, et l'école de sculpture qui florissait en Bourgogne au cours du xii'^ siècle a pris un tel développement que son influence a singulièrement dépassé les limites de cette province.
Fig. 682. — Anzy-le-Diic (Saône-et-Loire).
A quelle époque s'est-elle formée ? Est-elle ou non antérieure aux autres écoles dont j'ai parlé? l'absence de dates certaines le rend difficile à dire. Peut-être pourrat-on prouver quelque jour que les tympans à l'aspect si archaïque d'Anzy-Ie-Duc (fig. 682), ou de Neuilly-en -Donjon (fig. 683) sont moins anciens qu'ils ne paraissent. Je doute néanmoins qu'aucune autre province française ait possédé au début du xii'= siècle des maîtres comparables à ce Gilabertus qui surmontait la porte principale de Saint-Lazare d'Autun d'un Jugement dernier supérieur pour l'ampleur et la valeur de la composition à tout ce qui nous reste de cette époque (fig. 684). Les nombreux épisodes représentés sur ce tympan sont rendus avec une naïveté extrême, la plupart des figures sont d'une disproportion choquante. Certaines même paraissent ridicules et barbares avec leurs longs corps et leurs gestes sans grâce.
I. Le chroniqueur Maleu de qui nous tenons tenait au monastère de Saint-Junieu et était bien ce renseignement mourut en 1 322. Mais il appar- informé.
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Mais à côté de cela quel sentiment dramatique, quel effort pour taire exprimer à la pierre tout ce que l'imagination du sculpteur a conçu, que de promesses dans cet art encore au berceau. L'homme qui a su agencer un si vaste tableau et donner aux personnages qui s'y meuvent une expression si intense et si vraie était déjà, malgré son inexpérience, un véritable artiste.
On est frappé en regardant le tympan d'Autun de l'extrême allongement des figures. C'est un des traits les plus ordinaires de la sculpture bourguignonne. Il est surtout marqué dans les œuvres très archaïques, comme le tympan de Neuilly-
. — Neuilly-en-Donjon. Porte principale.
en-Donjon (fig. 683) où trois rois mages d'une longueur démesurée viennent adorer un divin Enfant assis sur les genoux d'une Vierge d'une longueur plus exagérée encore, et derrière laquelle se tient un ange difforme tant il est disproportionné. La même particularité se rencontre dans nombre d'œuvres moins anciennes et pendant tout le xii'^ siècle, les sculpteurs bourguignons conservent ce goût pour les proportions très allongées qui, lorsqu'il n'est pas trop accentué, donne beaucoup d'élégance aux figures .
Ce caractère est très marqué dans le plus célèbre peut-être des morceaux de sculpture romane qui se soit conservé en Bourgogne. Je veux parler du fameux portail de l'église de Vézelay (fig. 685). La nef de cet admirable édifice était précédée, on le sait, d'une avant-nef dont la façade comprenait une grande porte flanquée de deux autres plus petites. Des sculptures qui en couvraient les tympans, les