I. Fita S. Odilonis, dans Mortet, Rec. de textes, p
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un autel surmonté d'une espèce de baldaquin qui n'est autre chose qu'un ciborium accommodé au style gothique ' .
La partie de l'église réservée au sauctuaire devait être entourée de clôtures, comme nous en avons vu dans les basiliques des premiers siècles, mais il ne nous en est rien parvenu. Il est probable que c'étaient le plus souvent des balustrades basses, à claire-voie. C'est du moins ce que l'on peut inférer du mot cancellus, qui servait à désigner ces clôtures, et dont l'usage était si répandu que le sens du mot a fini par se généraliser et par s'appliquer à tout l'espace entouré par ce chancel, c'est-à-dire au sanctuaire lui-même -.
Pour marquer bien ostensiblement l'endroit où commençait le sanctuaire, on avait l'habitude de jeter en travers de l'église une grande poutre que l'on appelait la poutre de gloire, trabs doxalis. Le sanctuaire s'arrêtant ordinairement au carré du transept, la place normale de la poutre de gloire était au grand arc qui marque l'entrée du chœur. Mais dans les églises desservies par un nombreux clergé l'espace occupé par lui empiétait non seulement sur le carré du transept, mais même parfois sur la nef. En ce cas, on avançait la poutre en conséquence et on la logeait au-dessus du premier ou du second pilier de la nef en partant du transept. La poutre de gloire, dans les églises ordinaires, était simplement peinte; dans les églises riches, elle était souvent ornée d'applications de métal et même d'orfèvrerie. Elle était parfois portée sur des colonnes qui formaient une sorte de portique en avant du chœur. Telle était celle de la grande église de Saint-Riquier, elle faisait même retour en travers du transept. On y mettait aux jours de fête quelques-unes des plus belles châsses de l'abbaye '. On voit encore à Torcello, en Italie, une colonnade de ce genre +. Cette poutre pouvait être garnie de cierges, mais elle servait surtout à supporter un crucifix de grande taille, habituellement flanqué de deux statues de la Vierge et de saint Jean >. Il ne nous reste aucune poutre de ce genre remontant à l'époque romane, mais on peut encore voir dans la charmante église de Saint-Jean-aux-Bois, dans la forêt de Compiègne, les restes d'une poutre de gloire peinte qui remonte à la première moitié du xiii" siècle ''.
Comme dans les siècles antérieurs, les autels de l'époque romane pouvaient affecter deux formes principales, celle de table et celle de tombeau. Les autels en forme de table pouvaient être portés sur un pied unique ou sur plusieurs. Leurs supports étaient ordinairement des colonnettes ou de petits pilastres. Revoil a dessiné à Notre-Dame-des-Doms, à Avignon, un autel de ce genre porté sur
1. A. Lenoir, Archit. monasL, t. II, p. 256, 5. Lanfranc, quand il reconstruisit la cathéfig- 443. drale de Cantorbéry, plaça, en travers du grand
2. « Novum cancellum, qui et sanctuarium arc qui séparait la nef du transept, une poutre dicitur. » (Gesta abh. Trudon., dans Mortel, Rec. sur laquelle était un crucifix entre deux chérude textes, p. 158). bins et les figures de la Vierge et de saint Jean
3. Angilbert, De ecclesia Ceiititlensi libellus, {Chron. Gervasii , dans Mortet, Rec. de textes, c. 2 et 3. p. 213).
4. Lenoir, Aichil. inoiuist., 1. 1, p. 1S6, fig. 27. 6. Viollet-le-Duc, D/i/., t, IX, p. ig6, fig. i.
cinq colonnettcs '. Il s'en est conservé un à Vénasque, qui repose sur une seule -. Quand la table d'autel portait sur un support unique, on donnait souvent à ce support la forme d'un cippe assez massif, comme celui qu'on voit à la cathédrale d'Apt et qui porte une inscription du xi'' siècle en l'honneur de saint Saturnin '.
La table de l'autel était généralement de forme carrée. Les formes rondes, comme on en voit un exemple à la cathédrale de Besançon +, ou en demi-cercle, comme le musée de Vienne (Isère) en offre un >, sont de très rares exceptions. J'ajouterai que je les crois antérieures à l'époque romane. Les très anciens autels ont généralement leur surface supérieure creusée comme un évier. C'était sans doute pour éviter que le vin de la messe pût se répandre par terre si le calice venait à se renverser. Un cadre de moulures borde la partie creuse. Ce cadre est assez souvent
Fig. 692. — Table d'autel de Saiiit-Sernin de Toulouse.
festonné. Une table d'autel ainsi décorée se voit dans une chapelle de la cathédrale de Rodez ''. On 3' lit une inscription qui nous apprend qu'il fut donné par un évêque nommé Deusdedit; or deux évêques de ce nom ont occupé le siège de Rodez dans la première moitié du x"" siècle, et un troisième l'occupa de 961 à 1004 '. Duquel des trois s'agit-il, il est assez difficile de le dire, mais c'est probablement d'un des deux premiers, car on conserve à Capestang (Hérault) une table d'autel également ornée d'un encadrement festonné et qui est datée par une inscription « du règne du roi Charles après la mort du roi Eudes ^ ». Toutefois les tables d'autels décorées de là sorte sont restées fort longtemps à la mode ; il s'en est conservé une à Sauvian (Hérault) ' qui ne paraît pas antérieure au xii'' siècle, et l'on en peut voir une autre, peut-être plus jeune encore, accrochée au mur d'un des bas-côtés de Saint-Sernin de Toulouse : c'est la table de l'ancien maître-autel de cette belle église (fig. 692). La bordure festonnée qui en décore le plat est particulièrement riche, et la tranche est couverte de sculptures d'un excellent travail, qui rappellent d'une façon frappante les ornements qui couvrent les tailloirs des chapiteaux de Saint-Sernin et du cloître de Moissac.