Rohault de Fleury, Ibid., t. I, pi
6ô2 ACCESSOIRES DES EGLISES
Les autels en forme de tombeaux devaient être au moins aussi nombreux que ceux en forme de table. Pendant longtemps on les fit avec d'anciens sarcophages recouverts d'une dalle qui servait de couvercle en même temps que de table d'autel. Mais, à l'époque romane, les autels ne sont généralement plus de véritables sarcophages, ce n'en est que le simulacre, fait d'un bloc massif de pierres appareillées, recouvert d'une dalle plus ou moins saillante.
Beaucoup de ces autels ne semblent avoir reçu aucune décoration. On se conten-
Sixint-Gernier (Oise). Autel du xii" siècle.
tait de les recouvrir de parements d'étoffe et de nappes qui en cachaient une grande partie. On en voit assez souvent qui sont drapés de la sorte dans les miniatures, les ivoires ou les sculptures du xi^ et du xii"^ siècle. Nous possédons encore, dans un assez grand nombre de vieilles églises, de ces blocs qu'il est impossible de dater, car à toutes les époques on en a fait de semblables, et j'en connais, dans des chapelles fondées au xvii= siècle, dont l'exécution grossière et les formes frustes conviendraient aussi bien au xf^ siècle. Il est vrai que ces derniers sont presque toujours cachés par des panneaux de menuiserie, et il est bien probable qu'à l'époque romane on usait du même artifice pour dissimuler la pauvreté de ces autels.
Quand l'art de la sculpture et de rornenientation commença à renaître, on ne manqua pas de mettre à profit les surfaces apparentes des autels en forme de bloc, pour les couvrir d'ornements et de figures. Tantôt on se contenta de sculpter une colonnette à chacun des angles du massif, comme dans l'autel de Salins '. D'autres fois on décora d'un pilastre les angles de chaque face et l'on couvrit tout l'intervalle restant d'une espèce de gaufrure, comme dans le charmant autel qu'on peut encore voir dans le transept de Paray-le-Monial -. Mais le plus souvent on orna la grande lace, et parfois aussi les deux faces latérales, d'une arcature portée sur de minces colonnettes. Ainsi fut décoré, au xi'= siècle, un des autels de Saint-Martin-de-Londres (Hérault) ' et, dans la seconde moitié du xii^ le charmant autel de Saint-Germer (fig. 693) et celui de Sainte-Marguerite près de Dieppe, qui lui ressemble beaucoup.
Cette décoration pouvait être prise dans le massif même de l'autel, comme à
Fig. 694. — Avignon. Notre-D.ime-des-Doms. Autel du xii° siècle.
Labande ph.
Saint-Germer, mais en ce cas les colonnettes étaient toujours des morceaux rapportés et d'une seule pièce, comme la table de l'autel, et souvent aussi la base moulurée qui en formait le soubassement. Mais d'autres fois la partie décorative était sculptée dans des dalles dont les dimensions correspondaient à celles des faces auxquelles on devait les appliquer, et ainsi s'explique que nous possédions un certain nombre de panneaux sculptés qui, à en juger par leurs dimensions en longueur et en hauteur, ont certainement servi de devant d'autel dans des églises romanes. L'autel de Saint-Martin-de-Londres, que je citais à l'instant, était ainsi fait de plaques rapportées. C'est ainsi également qu'est construit un autel du xii'^ siècle que l'on voit à Notre-Dame-des-Doms à Avignon (fig. 694). Il est revêtu de panneaux de marbre dont la décoration est très sobre. Elle consiste en quatre pilastres surmontés de chapiteaux du type corinthien et d'une frise de feuillage sur laquelle porte la table d'autel.