RETABLES
Le trésor de Saint-Den}'s a rcLiicilli un rét;iblc d'orfèvrerie qui passe pour provenir d'une église de Cohlentz, et qui a effectivement le style des œuvres d'orfèvrerie qu'on fabriquait sur les bords du Rhin dans la seconde moitié du xir' siècle.
Les rétables en cuivre émaillé ont dû être assez nombreux. Ils sortaient, pour la plupart, des ateliers limousins, qui jouissaient dès le \if siècle d'une réputation méritée et expédiaient des autels et des rétables jusque dans les pays étrangers. Le Musée de Burgos a recueilli les restes d'une œuvre de ce genre qui provient de l'abbaye de Silos en Espagne '. C'est un grand panneau mesurant deux mètres de longueur et décoré d'une suite d'arceaux sous lesquels se voient les figures
Blloil pli.
Fig. 700. — Retable de Carricies-Saint-Denys (Seine-et-Oise).
des douze apôtres entourant le Christ. Une arcature semblable devait occuper la partie Inférieure du panneau. Il n'en reste que des indications vagues. Cette magnifique pièce d'émail devait faire grand honneur aux ateliers limousins, mais, malgré son apparence purement romane, elle ne date probablement que du xiii'' siècle. On sait, en effet, que les émaux limousins de cette date ont presque toujours une apparence archaïque.
L'église de Grandmont, au diocèse de Limoges, a possédé jusqu'à la fin du xviii'' siècle un autel plus ancien que celui de Silos et qui devait être une œuvre plus importante encore, car il comprenait un devant d'autel et un rétable émaillés -,
I. E. Rupin, L'Œuvre de Limoges, p. 197 et pi. 22 ; Dom Roulin, L'ancien trésor de Vahhaye de Silos. — La petite église de San Miguel in Excelsis (Navarre) possède un rétable, ou devant d'autel, d'émail limousin, mieux conservé que celui de Silos. Il a été publié par Dom Roulin, Revue de l'arl chré/ieii, t. LI, 1903, pi. 8 à 10.
2. Un religieux qui mourut en 1591, le P. Pardoux de la Garde, a décrit en ces termes cette belle oeuvre d'art : « Entre ces quatre excellentz pilliers est le dict grand-autel, et tant le contretable que le davant d'icelluv est de cuyvre doré esmailhé ; et y sont les hystoires du Vieux et Nouveau Testament, les treze
ACCESSOIRES DES EGLISES
et sur le retable était posée une grande châsse contenant les reliques de saint Etienne de Muret. Tout cela fut vendu comme vieux cuivre en 1789, après que Mgr d'Argentré, évêque de Limoges, eut obtenu la suppression de l'ordre de Grandmont. Il n'en reste que deux plaques provenant de la châsse et qui sont aujourd'hui déposées au Musée de Cluny.
Dans les églises qui abritaient les restes de quelque saint fameux, comme celles de Saint-Denys ou de Saint-Remi de Reims, on enfermait ordinairement ces précieuses reliques dans un sarcophage qui pouvait être placé sous l'autel, comme le tombeau de saint Andéol, à Bourg-Saint-Andéol ; ou derrière l'autel, assez haut pour être bien en vue, comme le tombeau de saint Savin dans l'église de ce nom ; ou encastré en partie sous l'autel, comme le sarcophage de saint Junien, à Saint-Junien (Haute-Vienne), ou ceux des saints Denys, Rustique et Éleuthère, à Saint- Den3's en France. Cet arrangement pouvait être fort simple ; ainsi le tombeau de saint Savin, qui date de la reconstruction de l'abbaye, vers le milieu du xi'= siècle, n'a d'autre décoration que les colonnettes qui le portent ' ; mais au xii" siècle les abbayes assez riches faisaient les choses avec plus de recherche. A Saint-Junien, toute la partie du tombeau qui émerge de, l'autel est couverte de sculptures : les deux grandes faces représentent d'un côté la Vierge à l'Enfant, assise dans une auréole portée par quatre anges ; de l'autre l'Agneau divin, dans un médaillon flanqué de deux anges. Tout autour sont assis les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse tenant à la main un vase de parfums et un instrument de musique (fig. 681). Il y en a douze sur chaque fitce, rangés symétriquement sous deux étages d'arcades. La petite face opposée à l'autel est ornée- d'un Dieu de Majesté dans une gloire entourée des quatre symboles évangéliques, et accompagnée de deux larges bandeaux verticaux.
Ces tombeaux de saints adossés aux autels étaient parfois bien plus qu'un simple sarcophage ; j'ai parlé au chapitre précédent de l'admirable monument élevé à Saint-Lazare d'Autun, dans la seconde moitié du xii" siècle, pour abriter les reliques de saint Lazare : c'était une composition que l'on peut sans exagération qualifier de grandiose, si l'on songe au nombre de personnages qu'elle comportait, à la dimension des figures et à leur remarquable exécution.
Suger, pour recevoir les reliques des trois saints patrons de son abbaye.