PISCINES
lit mieux encore. Il installa dans le chœur de la nouvelle église deux autels : l'un, l'autel matutinal, où se disait l'office ordinaire et qui était placé à l'entrée du sanctuaire ; l'autre, au fond du sanctuaire, et qui était l'autel des reliques. C'est derrière celui-ci qu'étaient posés les cercueils de pierre de saint Denys et de ses deux compagnons. Ils étaient rangés de front et engagés d'un bout sous l'autel. Au-dessus, et dominant l'autel, Suger fit placer une grande et magnifique châsse ayant la forme d'une église flanquée de bas-côtés ; sa face antérieure, était ouverte de façon à laisser voir trois châsses plus petites qu'elle
Fîg. 702. — Piscine de Gémenos (Bouches-du-Rhôiic) d'après Revoil.
abritait sous sa partie centrale et ses deux collatéraux. Ce riche ouvrage fut la proie des Huguenots à la fin du xvi'= siècle, et nous ne le connaissons que par la minutieuse description qu'en a donnée Dom Doublet ' et qui est assez précise pour que Viollet-le-Duc ait pu en tenter une restitution très vraisemblable ^
Pour en finir avec les accessoires des autels, il ne me reste qu'à mentionner les piscines qui servaient à jeter l'eau des ablutions. Elles n'ont point, à l'époque romane, l'importance qu'elles eurent plus tard, et la grande majorité des églises en était dépourvue. Parfois elles étaient faites, comme celle de Druyes (Yonne), d'une simple pierre formant saillie sur le mur du sanctuaire et taillée en entonnoir (fig. 701). D'autres fois c'était une pierre évidée montée sur une courte colonnette,
I. Antiquités de l'abbaye de Saint-Denys (162s), 2. Viollet-le-Duc, Diction, d'architecture, l. II,
p. 289 et s. p. 25, fig. 6.
ACCESSOIRES DES EGLISES
comme à Saint-Gabriel (Calvados) '. Le plus ordinairement c'était une petite niche en plein cintre pratiquée dans le mur, à proximité de l'autel. La pierre qui en formait l'appui était creusée d'une cuvette, souvent de deux, avec un petit conduit pour rejeter l'eau au dehors; une tablette en pierre, juste assez large pour pouvoir porter les burettes, était ordinairement réservée dans le fond de la niche. L'église Saint-Pons à Gémenos possède une piscine de ce genre (fig. 702), accostée d'une autre niche à peu près de la même taille et qui pouvait servir d'armoire pour serrer quelques objets de minime valeur. Ces piscines sont presque toujours
peu ornées, cependant l'église de Putot (Calvados) en a conseiA'é une dont le cintre est encadré d'une archivolte décorée de feuillages assez élégants, et qui peut remonter au milieu du xii'= siècle (%• 703)-
Dans les anciennes basiliques, les membres du clergé qui assistaient aux offices s'asseyaient sur un banc de pierre adossé au mur de l'abside, et au milieu duquel était la chaire, cathedra, réservée à l'évêque ou au chef de la communauté.
A l'époque romane le clergé ne s'assoit plus au pourtour de l'abside, il occupe des stalles en bois placées le long des deux parois du chœur. Parfois néanmoins on fait encore des chaires épiscopales en pierre ou en marbre. Il y en a une, élevée de deux marches, au fond de l'abside de la cathédrale de Vaison ; c'est un siège tout simple dont les côtés sont flanqués de deux dalles posées de champ et ornées chacune d'une colonnette à sa partie antérieure. Ces colonnettes s'arrêtent à l'astragale, elles n'ont pas de chapiteaux, ce qui prouve que les deux parois avaient un couronnement qui a disparu et dont la hauteur devait correspondre à celle des chapiteaux manquants^. Ce siège ainsi mutilé est difficile à dater. Est-il aussi ancien que l'abside où il se trouve ? Y a-t-il été placé ultérieurement ? Je ne sais trop qu'en dire. L'église Saint- Vigor à Baveux possédait jadis une chaire en marbre rouge dans laquelle les évêques de la ville venaient s'asseoir le jour de leur prise de possession. Caumont qui en a donné un dessin l'attribuait au xi'= siècle '. Plus jeune d'au moins cent ans est la cathedra consen'ée à Notre-Dame-des-Doms d'Avignon (fig. 704). Celle-ci
Ruprich-Robcri deL
Fig. 705. — Piscine dans l'église de Putol (Calvados j.
1. Ruprich-Robert,^n;/;/7.;;c);w.,pl. lyOjlîg. I. France, t. II, pi. 23.
2. Revoil, Arctntecture romane dn Midi de ta 3. Ahéçédaire, p. 355.
CHAIRES Kl'ISCOPAI.KS
est en marbre bkinc, elle a un dossier assez élevé dessinant un arc brisé ; ses deux accoudoirs sont terminés par deux fleurons dont les feuilles d'acanthe sont finement travaillées ; sur les deux parois extérieures se voient le lion de saint Marc et le bœuf de saint Luc, sculptés en assez fort relief. Le bœuf est médiocre, mais le lion, malgré l'inexpérience de l'artiste qui n'en avait sûrement jamais vu, est d'un dessin nerveux qui fait songera la sculpture toulousaine de la seconde moitié du xii^ siècle.
)ion. Natrc-Dame-dcs-Don
Libande ph.
Chaire épiscopale.
Si les cathedrac épiscopales sont fort rares, les stalles de bois destinées au clergé le sont bien plus encore. Il n'en existe plus en France ni en Angleterre d'antérieures au xiii" siècle, et nous serions fort en peine pour savoir comment elles étaient faites si l'église de Ratzburg, en Allemagne, n'en avait conservé un spécimen, qui relève, quelle qu'en soit la date véritable, du pur style roman '. Ces stalles sont séparées les unes des autres par des accoudoirs assez élevés, le siège est fait d'une planchette pivotant sur charnière comme dans nos stalles modernes ; mais il est dépourvu de cette saillie en forme de cul-de-lampe qu'on nomme miséricorde,
I. Elles ont été maintes fois reproduites, p. 135, fig. 380 ; et par Gailhabaud, L'fln7«7. i/» notamment par Alb. Lcnoir, Archil. mon., t. II, V" au XVIh s. et les arts qui en âi-penâcut, t. IV.
696 ACCESSOIRES DES ÉGLISES
et sur laquelle les clercs pouvaient s'appuyer quand ils étaient fatigués de se tenir debout. Ces stalles n'ont pas de prie-Dieu, mais elles peuvent en avoir eu, car elles étaient depuis longtemps hors de service et reléguées dans un coin, lorsqu'elles frappèrent pour la première fois l'attention d'un archéologue.
Il fut d'usage à l'époque gothique d'élever derrière les stalles de hauts dossiers couronnés de dais en bois sculptés. Rien n'autorise à croire qu'on fit de même à l'époque romane. Il est probable que, pour protéger le clergé contre les courants d'air qui devaient sévir cruellement dans ces grandes églises dont aucune n'était chauffée, on se contentait de suspendre aux arcades du chœur des tentures ou des tapisseries. Les églises riches en étaient d'habitude abondamment pourvues. On s'en servait pour décorer aux jours de fêtes les parties nues des murs '. Ces tentures étaient en soie ou en laine. C'étaient quelquefois de grosses toiles brodées. A cette dernière catégorie appartient la célèbre tenture qu'on appelle improprement la Tapisserie de Bayeux, et sur laquelle est brodée, en laines de diverses couleurs, une longue suite de scènes racontant la rivalité de Harold et de Guillaume le Conquérant, et la Conquête de l'Angleterre par les Normands.
Nous avons vu que dans les églises carolingiennes comme dans les basiliques des premiers siècles, il y avait auprès de la clôture du chœur une chaire ou ambon servant à la lecture des livres saints et à la prédication. Il devait en être de même à l'époque romane. On peut voir à Besançon quatre panneaux de marbre ornés chacun d'un des symboles des éyangélistes et qui ont dû appartenir à l'ambon de la cathédrale au xi'= siècle ^. C'est en France, je crois, le seul objet de ce genre dont on ait retrouvé des restes remontant à pareille date. L'Italie mieux partagée a conservé à Saint-Ambroise de Milan ' et dans d'autres églises de fort belles chaires à prêcher antérieures au xiii'^ siècle '.
La cathédrale d'Aix-la-Chapelle possède une chaire fort riche qui passe pour être un don de l'empereur Henri II, mort en 1024. Elle est couverte d'applications d'orfèvrerie dessinant des compartiments carrés dont chacun contient, en son milieu, une plaque d'émail ou un ivoire sculpté >. C'est une œuvre très disparate où les morceaux du xii'' siècle en coudoient d'autres de date beaucoup plus reculée '. Enfin au xiii" siècle elle a été restaurée, peut-être même refaite, en utilisant les morceaux anciens.
1. Ainsi Guibert de Nogent raconte que l'in- 4. Les plus connues figurent dans les planches cendie de la cathédrale de Laon ayant eu lieu un du tome III de La Messe, de Rohault de Fleury. jour de fête, les murs étaient garnis de tentures 5. Voir Fr. Bock, Karls des Grossen Pfa\kaet de tapisseries (palliis atque tapetibus) dont une pelle, I, p. 72 et s. — Rohault de Fleury, La grande partie fut brûlée (Mortet, Rec. de textes, Messe, t. III, pi. 188.
p. 319). 6. Strzygowski a fort bien établi la haute anti-
2. J. Gauthier, L'ambon de la cath. de Besançon quité de ces ivoires. Il avoue qu'il est devenu très (dans le Bull, archéol. du Comité des Travaux his- difficile de dire ce qui dans cette chaire remonte toriques, 1898, p. 291). au temps de Henri II (Der Dom ^u Aachen, p. 5