‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 347 sur 377 · I-ONTS BAPTISMAUX · texte numérisé non relu

I-ONTS BAPTISMAUX

Mais les exemples de ce i^enre devaient être très exceptionnels. La rareté des chaires à prêcher de l'époque romane peut tenir d'ailleurs à ce que dans beaucoup d'églises on devait se contenter d'une chaire portative en bois; il est même probable que l'on se passait totalement de chaire dans les petites églises, et que les prêtres prêchaient debout sur les marches de l'autel.

Dans les grandes abbayes, on plaçait les lectionnaires ou les évangéliaires sur des pupitres dont la forme se rapprochait de celle des lutrins de l'époque gothique. Nous le savons par la description d'un de ces objets qui nous est donnée dans la vie de Gauzlin, un des principaux abbés de Saint-Benoît-sur-Loire au commencement du xi^ siècle. Ce pupitre était en métal, sa base était flanquée de quatre lionceaux; au-dessus s'élevait une colonne haute de trois coudées, en métal fondu et soigneusement poli. Elle supportait un aigle aux ailes éployées '. Style à part, ce sont là les principaux caractères des lutrins en dinanderie, comme tant d'églises en reçurent au xV siècle. Dans les églises jouissant de ressources plus restreintes, on se passait de ces meubles de luxe, et on faisait tenir par un clerc ou un enflint de chœur le livre dans lequel le prêtre lisait l'épître ou l'évangile.

Le Baptême a toujours tenu une grande place dans la religion chrétienne. Toute église devait donc posséder ce qui était indispensable pour administrer ce sacrement, c'est-à-dire des fonts baptismaux.

Nous avons vu qu'à l'époque carolingienne déjà, d'assez grands changements s'étaient introduits dans les dispositions adoptées primitivement pour la célébration du baptême. L'usage de construire des édifices spéciaux pour l'administration de ce sacrement était peu à peu tombé en désuétude, du moins en Gaule, et l'on avait pris l'habitude de donner place aux fonts ou à la piscine baptismale à l'intérieur même des églises. Néanmoins quelques textes du W et du xii'' siècle mentionnent encore des baptistères. Ainsi Adémar de Chabannes, dans le sermon où il raconte la consécration de l'église Saint-Martial de Limoges en 1028, nous raconte que les évêques, après avoir consacré les autels de la nouvelle église, allèrent processionnellement bénir les fonts dans le baptistère ^ L'archevêque de Rouen Jean de Bayeux Qf 1079) fut, d'après Orderic Vidal, enterré dans le baptistère de sa cathédrale'. Mais rien n'indique que ces baptistères fussent autre chose que de simples chapelles faisant corps, avec l'église, et, si c'étaient des constructions distinctes, elles pouvaient être très antérieures à l'époque romane, car on a conservé dans tertaines villes et utilisé pendant tout le moyen -âge des baptistères de date très

I. « Fecit [Gauslinus abbasj analogium, his- Uni abhatis Floriacensis,c. 35.) panico métallo compactum , diebus utendum 2. « Iterura in nova ecclesia, coram altaribus

feriarum, cujus basini , fusoria industria solida- consecrandis data léetania, processerunt ad fontes

tam, quatuor vallaverat leunculorum pulchritu- beuedicendos in baptismi domus. » (Ch. de Las-

dine; desuper columnam, trium cubitorum teync, L'abbaye de Saint-Martial, p. 424.) habentemaltitudinem,fusiliartefabricatara, atque 3. « In baptisterio basilicse ad Aquilonem

undique vario opère politam, in cujus centra tumulatus est. » (Ord. Vital, I. V, c. 4, édit.

volantis aquilïcradiabat similitude. » (F/ta Grt!/j"- Leprévost, t. II, p. 513.)

ACCESSOIRES DES EGLISES

ancienne, comme ceux d'Aix, de Fréjus, de Riez, dont j'ai parlé plus haut. Toutefois il semble certain qu'un baptistère fut encore construit à'Angoulême dans la première moitié du xii" siècle '. Mais c'est un fait exceptionnel.

Du jour où l'on célébra le baptême à l'intérieur des églises, on dut renoncer à l'usage des piscines dans lesquelles on faisait primitivement descendre les néophytes, et qu'il n'eut pas été commode d'installer dans une église ; on se servit de simples cuves posées sur le soi.

Ces cuves étaient de formes très diverses. Quelquefois c'étaient des baignoires

Ph. M. H.

Fig. 705. — Cathédrale d'Angers. B-iignoire antique ayant servi de fonts baptismaux.

antiques. On en conservait jadis à Saint-Den3^s une en porphyre rouge que Dagobert passait pour avoir rapportée de Poitiers. La cathédrale d'Angers en possède une en marbre vert, montée sur deux lions accroupis, et qui sert aujourd'hui de bénitier (fig. 705). D'autres fois c'étaient des auges en pierre dure comme celle que l'on voit dans la cathédrale d'Amiens, et qui peut appartenir à la seconde moitié du xii"" siècle. Elle est portée sur cinq pieds, mais ceux-ci ne datent probablement que du xiii" siècle -.

Le plus souvent ces cuves étaient rondes et figuraient de véritables cuviers. Sur un ivoire du x'= siècle conservé au Musée d'Amiens, on voit saint Rémi baptisant Clovis plongé à mi-corps dans une cuve de cette espèce. La cathédrale de Perpignan possède des fonts de ce genre qui doivent remonter au xii'-' siècle, si on en juge par

I. L'évêque Lambert (1136-1148) '< a;difl- dans Monet, Reciifil ilc textes, p. 315). cavit ecclesiam baptisterii de conventu beiiedic- 2. G. Durand, Monogr. Je la calh. d' Amiens,

tionum » (Hist. poiitif. et comilnni Engolisni., t. II, p. 530 et fig. 240.

FONTS liAPTISMAUX

les caractères paléographiques d'une inscription qui y est gravée. Ils sont en marbre blanc et ornés de cannelures qui figurent approximativement les douves d'un cuvier; au pourtour est sculpté un câble qui semble retenir les douves (fig. 706).

Cette forme a joui d'une grande vogue au xi'^ et au xii'^ siècle, et il nous reste encore un assez grand nombre de cuves rondes, les unes simplement décorées de quelques moulures, comme celle de Lacelle près de Brignoles (Var) ' ; les autres ornées d'une arcature, comme celle de Notre-Dame de Verneuil (fig. 707), ou de cercles dessinant des entrelacs (fig. 708), ou même d'arcades sous lesquelles sont sculptées de petites figures, comme dans la belle et grande cuve du xn'^ siècle conservée à Mauriac (Cantal)'. Ces cuves rondes posées à même le sol ont été parti-

Fig. 706. — Perpignan. Cathédrale. Fonts baptismaux, d'après Revoil.

culièrement de mode en Normandie et en Angleterre. Ruprich-Robert en a dessiné un beau choix dans les églises de Cantorbéry >, d'Alphington, de Silk-WlUoughby, et de Avebury +. M. Bond en a fait connaître un nombre bien plus considérable encore dans le très utile recueil qu'il a récemment publié '\

Quelquefois ces cuves étaient ovales ou octogones, ou bien encore en forme de quatrefeuilles. L'ivoire d'Amiens que j'ai cité plus haut nous en montre une de ce type, dans laquelle Clovis est plongé à mi-corps, pendant que du ciel descend la colombe tenant la Sainte ampoule (fig. 709). Viollet-le-Duc a dessiné, d'après un ivoire du xi*-", une cuve toute semblable, et qui présente cette particularité intéressante qu'elle est couverte d'un ciborium ''.

Très souvent on donnait aux cuves baptismales la forme carrée ou rectangulaire, et on en décorait les quatre côtés de cercles entrelacés, ou d'arcades, sous chacune desquelles était figuré un personnage. II nous en reste un petit nombre de

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