‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 354 sur 377 · I. Reginii, 1. III, 7, V · texte numérisé non relu

I. Reginii, 1. III, 7, V

l'ONTS BAPTISMAUX

saints debout alternent avec des combinaisons de rinceaux (lig. 718). L'église d'Espeaubourg, au diocèse de Beauvais, possède une cuve à peu près semblable à celle de Berneuil; une partie des panneaux offre même une telle similitude qu'il faut supposer qu'ils sortent d'un même moule. Des ressemblances du même genre se remarquent dans plusieurs cuves de l'époque gothique. On en doit conclure que les moules servant à la fabrication de ces fonts étaient la propriété d'industriels qui les transportaient là où on faisait appel à leurs services, et qui les combinaient

6, — Liège. Fonts de l'église Saint-Barthélémy.

de façons diverses, au gré de leurs clients et suivant les dimensions que devait avoir la cuve à fabriquer. Et cette façon de procéder explique les disparates que l'on remarque dans certaines cuves où l'on a manifestement fait emploi de vieux panneaux que le fondeur avait dû recueillir dans la succession de ses parents, en même temps que de panneaux plus modernes qu'il avait faits ou fait faire lui-même.

Nous avons vu que les tonts baptismaux des premiers siècles étaient souvent abrités par un ciborium. Il en était encore ainsi à l'époque carolingienne, car plusieurs miniatures de cette époque nous montrent des cerfs et des oiseaux venant se désaltérer à une piscine baptismale couverte d'un ciborium. Les miniatures et les ivoires nous prouvent que cette tradition n'avait pas encore disparu au X'-' et au xi^ siècle et il est bien probable qu'elle ne s'est jamais perdue complètement, au moins dans certaines provinces, car au xvir' siècle encore on fabriquait

yoc

ACCESSOIRES DES EGLISES

en Bretagne des fonts surmontés de grands baldaquins sculptés qui semblent bien être une imitation lointaine du ciborium de jadis

Mais dans la plus grande partie de l'ancienne Gaule on avait sans doute renoncé

Fig. 717. — Suiiit-Évi-oult-de-Montfort (Orne). Fonts bapiisni^iux en plomb.

à couvrir les fonts d'un ciborium vers le temps où on y renonçait pour les autels. Il est probable qu'on se contentait de les munir d'un couvercle. Comment ce couvercle était-il fait? était-il plat, bombé ou conique, de petite taille ou de dimensions monumentales, comme ceux qu'on a faits parfois à l'époque gothique.

Fig. 718. — Berneuil (Somme). Fonts baptismaux, d'après C. Enlart.

BENITIERS 709

A cet égard toutes les suppositions sont permises, car il ne nous reste aucun

couvercle de fonts antérieur à l'époque

gothique.

A l'époque romane la plupart des églises

n'avaient plus d'atrium et, au lieu de cantha-

rus, elles offraient à la piété des fidèles des

bénitiers placés à l'intérieur de l'édifice et le

plus près possible des portes. L'usage de l'eau

bénite est fort ancien ', il en est souvent

question depuis le iv'' siècle et, pour nous

en tenir à la Gaule, plusieurs passages de

Grégoire de Tours racontent les guérisons

miraculeuses obtenues par divers saints à l'aide d'eau bénite qu'ils faisaient boire

aux malades - ou dont ils aspergeaient leurs demeures '. La coutume d'asperger les fidèles d'eau bénite le dimanche, au commencement de la messe paroissiale, est mentionnée par les liturgistes du ix'= siècle qui, loin de la considérer comme une nouveauté, lui attribuaient une antiquité probablement exagérée.

On a découvert en Tunisie un bénitier portatif en forme de seau, orné de plaques de métal estampé, qui ne doit pas être postérieur au début du V^ siècle, car les sujets purement païens y côtoient les emblèmes chrétiens +. Mais quand a-t-on commencé à placer des bénitiers à demeure dans les églises? La question est difficile à résoudre, car les monuments de ce genre sont rares en Occident même à l'époque romane, et les quelques exemples bj'zantins que l'on a signalés jusqu'ici sont de date bien incertaine'. Le plus ancien que je connaisse en France appartient à l'église Saint-André de Sorède (Pyrénées-Orientales). C'est un bassin évasé de forme ronde (fig. -719). Il est orné de torsades t9. - Saint-André de Sorède ^^ ^e rinceaux entremêlés de grappes de raisin

î-Orientaies) d'après une photo- [ Q^t tout à fait le Style des sculptures du

graphie de M. Brutails. ~ j c

•^r'^..iftB'W0

(Pyréné

1. Voir Lùtolf dans la Real-EncycJopaedie de Kraus, t. II, p. 976 et s.

Page 1