AUTELS; CONCESSIONS ET CRYPTES
iV au vi" siècle, ses colonnes de provenance antique, ses chapiteaux grossièrement exécutés mais visiblement copiés sur les modèles en vogue au iV et au V siècle, les épais coussinets de pierre qui les surmontent (fig. 84 et 85) et dont les analogues sont fréquents à Ravenne et dans les basiliques du vi'^ siècle, enfin son petit appareil entremêlé de lits de briques, tout concourt à lui attribuer comme date le vi'= ou le vii'^ siècle.
On accorde communément un âge aussi reculé à la crypte de Saint-Seurin à Bordeaux. A en juger, en eftet, par les colonnes, les chapiteaux et les fragments de panneaux décoratifs qui s'y voient, elle pourrait appartenir à une époque anté-
Grenoble. Chapiteaux de la crypte de S liiit-Laurent.
rieure, mais non de beaucoup, à l'époque carolingienne. Malheureusement, elle a été tellement remaniée, soit à l'époque romane, soit en des temps voisins de nous, qu'il est aussi difficile de reconnaître son plan primitif que de déterminer la date à laquelle on lui a donné sa forme actuelle '. Il existe à Orléans, à Lyon, à Béziers et ailleurs, d'autres cryptes auxquelles on a prêté une antiquité non moins reculée ; je n'en parlerai point ici, car les unes sont sûrement de date postérieure -, et j'aurai occasion d'y revenir ; les autres sont tellement défigurées qu'il est difficile d'en tirer aucun enseignement sérieux.
Dans beaucoup de basiliques, l'abside n'était pas assez grande pour contenir les clercs de tout ordre qui assistaient aux offices. En ce cas, le sanctuaire débordait sur la nef, et des balustrades séparaient l'espace réservé au clergé de celui qu'occu-
I. Viollet-le-Duc l'Littribuait au xi<= siùcle , t. IV, p. 454) est inexact et incomplet, mais il ne la connaissait que d'une façon bien 2. C'est le cas des cryptes bien connues de
superficielle, car le plan qu'il. en donne (Dict., Saint-Avit et de Saint-Aignan à Orléans.
102 ETUDE DETAILLEE DES BASILIQUES
paient les fidèles. Ces balustrades ont laissé, dans beaui»oup de basiliques africaines, des traces d'où l'on peut induire qu'elles formaient une enceinte analogue à celle qu'on voit à Saint-Clément de Rome (fig. 8i) et dans laquelle on a utilisé des marbres provenant de la basilique remplacée au début du xu" siècle par l'église actuelle.
Contre cette clôture était placée la chaire ou ambon, servant à la prédication et à la lecture des livres saints ou des textes liturgiques. Ces ambons étaient en marbre sculpté. Ravenne en a conservé plusieurs qui remontent au vi^ siècle '. Le Musée de Constantinople en a recueilli un fort beau, mais malheureusement bien mutilé, qui provient de Salonique -. On fltisait également usage d'ambons en Gaule ; on en a trouvé un à Saint-Maurice d'Agaune ' et un autre à Baulmes, au diocèse de Lausanne, que leur décoration de feuilles de lierre ne permet guère de croire postérieurs au vn' siècle +.
Les basiliques chrétiennes de l'Occident sont toujours couvertes de charpentes eh bois. Les constructeurs chrétiens, qui avaient sous les yeux les admirables voûtes dont les Romains du m'' siècle avaient surmonté les grandes salles de leurs thermes, ne se sont pas inspirés de ces constructions grandioses.
Est-ce parce que les ouvriers capables de les imiter devenaient chaque jour plus rares ? Je ne le crois pas. Car la génération qui vit bâtir, au début du iV siècle, les belles voûtes de la basilique de Constantin, ne pouvait manquer de gens capables d'en construire dans les églises.
Ce qui a empêché de le faire, c'est uniquement le genre de supports qu'une mode universellement adoptée a imposé aux architectes. Les voûtes, à cause de leur poids et de la poussée qu'elles exercent sur les murs qui les portent, ne pouvaient s'allier aux colonnes qui, dans les basiliques chrétiennes, supportaient les murs de la nef. Il fallut donc, quand on voulut voûter les églises, substituer aux colonnes des piliers plus ou moins massifs, ou, comme l'ont fait les Byzantins depuis le VI' siècle, modifier complètement l'ordonnance des monuments. Or les Latins sont restés longtemps réfractaires à ces innovations.
Les collatéraux des basiliques étant toujours beaucoup moins larges que la net proprement dite, il était plus facile d'y adapter des voûtes ; aussi est-ce sur eux qu'ont dû porter les premiers essais. On a, en effet, découvert dans l'Afrique du Nord quelques basiliques de l'époque byzantine dont la nef n'est pas voûtée et dont les bas-côtés ont reçu de petites voûtes d'arêtes ; mais dans ces églises les constructeurs ont eu la précaution de doubler la résistance des supports à l'aide de colonnes accouplées, comme on le voit à la basilique du Kef (fig. 86) >, ou en
1. Cattaneo, fig. t et 2: ou Rivoira. t. I, bourg, 1904). — Cf. Besson, L'art baj-bare dans fig. 65 à 68. l'aitc. dioc. de Lausanne, fig. 3.
2. Bayet, Archiv. des Miss., 3e s., t. III, p. 445 4. Bonstetten, dans ÏIndic. d'hist. et d'antiq. et pi. ; et Rivoira, t. I, fig. 69 et 70. suisses, 1862, pi. i. — Cf. Besson, fig. 2.
5. P. Bourban, Etude sur un Bon Pasteur et un 5. Peut-être faut-il ranger dans la même caté-
amhon de Vantique monastère d'Agaune (Fri- gorie la curieuse basilique de Tigzirt (fig. 107),
VOUTES irr chakfhnths
adossant un pilier à chaque colonne. A-t-on lait des essais du même genre en Gaule et en Italie? Rien n'autorise à le croire, car les voûtes qu'on remarque sur les bas-côtés de quelques basiliques de Rome sont dues à des restaurations dont la date n'est pas très ancienne ' .
En revanche, en Orient comme en Occident, l'abside des basiliques était toujours voûtée. On la couvrait d'un cul-de-four, c'est-à-dire d'une calotte en quart de sphère, genre de construction qui se mariait à merveille avec la forme en hémicycle qu'on donnait à cette partie de l'édifice. Ce cul-de-four était rarement en pierres d'appareil, il était le plus souvent bâti, au moins partiellement, en blocage ou à l'aide de tubes de terre cuite emboîtés les uns dans les autres. Les Byzantins l'ont quelquefois agrémenté de côtes concaves, comme pour imiter le dessin de certaines coquilles. La basilique du Kef en fournit un exemple ; j'en ai relevé un autre plus riche, mais moins bien conservé, dans les ruines d'Haïdra, sur la frontière de Tunisie ^. Je ne crois pas que l'influence byzantine ait été assez puissante en Gaule pour qu'on y ait jamais imité cette particularité.
Le bois est une matière trop fragile pour qu'aucune charpente contemporaine de l'époque que nous étudions soit parvenue jusqu'à nous >, mais il est probable qu'une partie des charpentes élevées au-dessus des anciennes basiliques ont conservé leur forme primitive jusqu'à la fin du moyen âge.
La plupart devaient être combinées comme l'était celle de Saint-Pierre du Vatican à la veille de sa démolition (fig. 61). Elle comportait des fermes assez rapprochées, composées de deux arbalétriers dont les pieds venaient s'engager aux deux bouts du tirant ; un poinçon soulageait le milieu du tirant ; un entrait relevé, ou plus rarement des contrefiches, maintenait le milieu des arbalétriers.
Les fermes portaient toujours des pannes assez nombreuses, qui ont parfois laissé leurs traces sur les pignons des édifices en ruines (fig. 87). Les fermes étaient
Fig. 86. — Le Kef.
Basilique de Dar-el-Kous.
car elle est également portée sur des colonnes accouplées, et ses collatéraux étaient surmontés de tribunes. Cependant M. Gavault, qui en a fait une bonne monographie, n'a relevé aucun autre indice de voûtes.
I . Hûbsch (Mon.de l'archil. chrét., p. xxil ets.), et Nesbitt (On the churches of Rome, p. 33) ont admis l'antiquité d'une partie de ces exemples. Ciuicherat (Mélanges, p. 428) n'était pas éloigné de partager cette opinion. Je crois que c'est à tort.
2. duand Mauricius, commandant des troupes byzantines, releva de ses ruines la basilique de Matifou, il en orna l'abside d'une suite de petites niches qui pourraient bien indiquer une voûte du même genre (Gsell, Mon., t. II, p. 24).
3 . Le Liber pontificalis mentionne à plus d'une reprise la restauration des charpentes des basiliques de Rome, notamment celles de Saint- Pierre du Vatican, Saint-Paul-hors-les-raurs, Sainte-Marie-Majeure, etc.
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ETUDE DETAILLEE DES BASILIQUES
reliées à leur sommet par une poutre faîtière, mais il ne semble pas que leur pied portât sur des sablières posées sur le sommet des murs, comme ce fut plus tard l'usage; il était engagé dans les murs. Dans les églises de Syrie, on voit souvent des corbeaux de pierre qui soutiennent l'extrémité des tirants '. Ces corbeaux euxmêmes étaient parfois soulagés par des colonnettes élevées sur des culs-de-lampe -. Des dispositions analogues ont existé dans les belles basiliques d' Afrique, comme celles de Tigzirt ou de Tébessa. Dans les ruines de cette dernière on a recueilli
Fig. 87. — Basilique de Bchioh. Coupe transversale, d'après \'ogiic. ~ -' -'■
une série très variée de corbeaux de ce genre (fig. 88). Il est possible qu'on en ait fiiit de semblables en Gaule, mais je ne saurais en fournir la preuve.
La charpente restait habituellement apparente. Nous le savons non seulement par les exemples qui nous sont parx-enus, et dont l'authenticité peut être sujette à caution, mais aussi par des textes formels. Ainsi Optât de Milève raconte que des Donatistes voulant envahir une église catholique, et trouvant les portes closes, grimpèrent sur le toit, arrachèrent les tuiles et les planches auxquelles elles étaient clouées et se mirent à bombarder les fidèles qui étaient réfugiés à l'intérieur de l'édifice, de telle sorte que plusieurs diacres furent tués '.
C'est probablement parce que les charpentes étaient apparentes qu'on les désignait sous le nom de laquearia, car l'entrecroisement des fermes formait à l'œil une sorte de réseau.
1. Comme à Kalb-Louzeh (Voir la vue resti- rent basilicam clausam praesentes jusserunt tuée donnée par Vogué, 5;yWef(?H/r., pi. 126). comités suos ut ascenderent culmina, nudarent
2. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, t. Il, lecta, jactarent tegulas tegulis plurimi (dia-
p. 295, fig. 137. coni) cruemati sunt » (Optât. Milev., De schism.