CONSTRUCTION KT DECORATION
plusieurs siècles. Nos constructeurs ont conservé à cet égard les traditions romaines. Dans les trop rares débris de monuments mérovingiens ou carolingiens qui nous sont parvenus, on trouve toutes les variétés de petit appareil employé par les Romains, petit appareil cubique, appareil réticulé, appareil en arête de poisson. 11 est toujours employé à gros joints, et on y trouve fréquemment des assises de briques insérées de distance en distance par files d'un, deux ou trois rangs.
Dans certaines provinces, dans l'Ouest notamment, l'usage des murs de petit appareil a subsisté jusque vers le milieu du xi'= siècle '. Cependant le grand appareil n'a jamais été complètement abandonné, et nous avons vu qu'on s'en servait encore au vii^ siècle -, mais c'était exceptionnel, et il est certain qu'en général les édifices étaient médiocrement bâtis.
Les imperfections de la construction étaient rachetées par le luxe de la décoration. Des enduits de divers genres, des peintures, des placages de marbres multicolores, de riches mosaïques couvraient les murs, et l'on comprend le peu de soin qu'on donnait à l'appareil puisqu'il n'était presque jamais visible, du moins à l'intérieur des édifices.
Ces divers genres de décoration variaient suivant la richesse des monuments. Les églises construites avec peu de recherche étaient simplement enduites au plâtre, gypsalio. En mêlant au plâtre de la poussière de marbre blanc, on obtenait du stuc, enduit dont la consistance était assez grande pour qu'on pût lui donner un beau poli, ou v mouler des ornements en creux et en relief.
On laissait souvent en blanc ces enduits et ces stucs '. Mais quand on le pouvait, on préférait peindre les églises, et de grandes compositions mêlées d'inscriptions couvraient tous les murs du monument +.
Les placages de marbre constituaient un genre de décoration encore plus apprécié. On les plaçait de préférence dans les parties basses du monument. Certaines églises cependant, comme Sainte-Sophie de Constantinople, en étaient ornées dans toute leur hauteur. Malgré la fragilité de ces revêtements qui, ne faisant pas corps avec la structure de l'édifice, étaient fort exposés aux chances de destruction, certaines églises d'Italie et d'Orient en ont conservé des spécimens assez importants. Moins heureux en France, nous en sommes réduits au secours des textes pour pouvoir prouver que nos belles églises du v^ et du vi= siècle étaient ornées de la même façon. Pour ces placages de marbres multicolores, on recherchait surtout certains marbres veinés que l'on débitait en lames minces ^, et l'on juxtaposait les
1. Ainsi la cathédrale du Mans reconstruite 4. Grégoire de Tours raconte que la femme par l'évéque Vulgrin (f 1064) était encore en de Namatius, évéque de Clermont, lisait aux petit appareil. peintres chargés de décorer une église qu'elle
2. Voir ci-dessus, p. 38 et n. i. avait fondée, la description des scènes qu'elle 5. Comme dans cette église de Verdun qui voulait y faire représenter (Historia Francorum,
était toute blanche, au dire de Fortunat (1. III, 1. II, c. 17).
c. 29) : 5. Sur la façon dont on débitait ces lames ou
« Candida sincero radiât haec aula sereno crustae, voir Isidore de Séville, Etymolog.,
Et, si sol fugiat, et sine sole micat. » 1. XIX, c. 15.
I08 ÉTUDE DÉTAILLÉE DES BASILiaUES
hinies deux à deux, de fliçon L]ue les veines de la pierre formassent des dessins symétriques. L'église Saint-Vital, à Ravenne, nous montre des exemples de cette décoration qui remontent au vi'-' siècle (fig. 123). On en voit de non moins anciens à Saint-Démétrius de Salonique (fig. 19 et 65). Souvent ces placages formaient des compartiments encadrés dans des bandes de couleurs variées. On les découpait aussi suivant des figures parfois assez compliquées, que l'on incrustait dans un champ d'une autre nuance. L'église Sainte-Sabine, à Rome, en a conservé des exemples variés entre les retombées de ses arcades '. Il y en a un grand nombre, de dates diverses, dans les églises de Constantinople -, mais le plus complet et le plus élégant qu'on puisse citer se voit à l'abside de la cathédrale de Parenzo, en Istrie (fig. 90).
Les basiliques devaient surtout leur splendeur aux mosaïques dont les murs étaient couverts. Pour qui n'a point vu les églises de Ravenne, il est difficile d'imaginer l'effet que devaient produire ces petits cubes de verre miroitant par milliers aux parois des nefs ou à la voûte des absides. Ces splendides fonds d'or, sur lesquels se détachent les figures du Christ, des apôtres et des saints, ces admirables fonds bleus recouverts de rinceaux dans le goût antique, constituent la décoration la plus riche qu'on puisse concevoir. La Gaule, quoique un peu éloignée du pays où cet art mer\-eilleux a produit ses principaux chefs-d'œuvre, n'a eu garde de négliger ce précieux moyen d'embellir ses églises. Nos poètes du V^ et du vi*" siècle recourent à mille hyperboles pour exprimer dans leurs vers l'efl^et magique produit par les mosaïques. Mais il nous fiut les croire sur parole, car aucune des oeuvres qui excitaient leur enthousiasme n'a échappé aux ravages du temps.
Les mosaïques dont les évêques francs avaient orné les basiliques de Paris, Tours, Autun, Auxerre, Chalon-sur-Saône, etc., ont depuis longtemps disparu. L'église de la Daurade, à Toulouse, en possédait de remarquables remontant à la fin du v^ siècle. Elles ont été détruites sous Louis XV, et il n'en reste plus qu'une description sommaire ', à peine suffisante pour nous faire mesurer la gravité d'une pareille perte.
Plus heureuses, l'Italie et la Grèce conservent encore un assez grand nombre de mosaïques anciennes. Rome surtout, où cet art n'a jamais cessé d'être pratiqué depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, en possède une suite ininterrompue qui commence au iV^ siècle. Les plus anciennes sont : celles d'apparence encore toute païenne qui ornent les voûtes de Sainte-Constance +, la seule des fondations pieuses dues à Constantin que Rome ait conservée à peu près intacte ; la mosaïque absidale de Sainte-Pudencienne '^, qui daterait, d'après M. de Rossi, du pontificat de Siricius (384-399), mais que les restaurations ont tellement maltraitée qu'il
1 . Rossi, MiiSiiici, pL 12. de la Soc. archéol. du Midi de la Fr., 1905, p. 197).
2. Voir dans Salzenberg, Altchrist. Deiikin. 4. Rossi, Af;(M/a, pi. 2, 3 et 4 ; Garrucci, 5/ovoii Constant inopel, pi. 4, 16, 21, 22. ria delV arte, pi. 205, 206 et 207.
3. Elle a été publiée par Fabbé Degert (Bull. 5. Rossi, Musaici, pi. 10; Garrucci, pi. 208.