I. Rossi, Musaici, pi
I lO ETUDE DETAILLEE DES BASILIQUES
XII' siècle dans la mosaïque absidale de Saint-Clément ', et au xiii", dans celle de Sainte-Marie-Majeure -.
Au v= siècle appartiennent les mosaïques de Sainte-Sabine ', la mosaïque de l'arc triomphal de Saint-Paul-hors-les-murs + qu'on attribue à Léon le Grand (440-461), mais qui a été tant de fois restaurée et peut-être remaniée qu'elle n'a plus grande valeur archéologique ; enfin l'importante suite de Sainte-Marie- Majeure >, qui remonte au temps du pape Sixte III (432-440) et coinprend, outre la décoration de l'arc triomphal, vingt-sept tableaux répartis le long des murs de la nef et représentant des scènes de la Genèse et de l'histoire de Josué ; l'exécution de ces tableaux est assez grossière, mais ils offrent pour nous cet intérêt spécial qu'ils sont inspirés de l'art romain plus que des modèles byzantins dont l'influence était si puissante à cette époque en Italie.
Au vi" siècle remontent la belle mosaïque absidale de Saint-Côme-et-Saint- Damien, où le pape Félix IV (526-530) s'est tait représenter aux pieds d'un Christ de grande taille debout sur les nuages '', et celle de l'arc triomphal de Saint-Laurent-hors-les-murs - .
L'abside de Sainte-Agnès est ornée d'une assez belle mosaïque du vu' siècle *, où l'on voit la patronne de l'église vêtue en princesse byzantine et ayant à ses côtés les papes Symmaque et Honorius I" (625-638). Mais les signes de décadence y sont déjà très sensibles, et, après un moment de renaissance au ix'= siècle, l'art du mosaïste s'endormira à Rome pour ne se réveiller qu'au bout de deux cents ans.
Ravenne le dispute à Rome pour le nombre, l'ancienneté et surtout la beauté des mosaïques. Certaines de ses églises, comme Saint-Vital (fig. 123), Sant' Apollinare in Classe (fig. 15), Sant' Apollinare Nuovo (fig. 13), San Giovanni in Fonte, Saint-Nazaire-et-Saint-Celse , en possèdent d'incomparables suites, presque toutes du V^ ou du vi' siècle 'K
Quelques villes byzantines en ont conservé de plus belles encore. Les plus fines et probablement les plus anciennes viennent d'être retrouvées à Saint-Démétrius de Salonique, où notre compatriote, M. Le Tourneau, a pris immédiatement soin de les relever '°. Une suite non moins complète se voit à Saint-Georges de Salonique ". L'église Sainte-Sophie, à Constantinople, en était jadis entièrement couverte : on en retrouvera sans doute une grande partie le jour où on pourra faire disparaître raff"reux badigeon dont les Turcs ont enduit les murs.
Les exemples que je viens de citer suffisent à nous montrer la façon dont les
1. Rossi, Miisaici, pL 29. 7. Rossi, Musaici, pi. 16; Garrucci, pL 253.
2. Ihi(i.,p\. 39. 8. Rossi, Musaici, pL 18; Garrucci, pi. 274.
3. Ibid., pi. 12; Garrucci, pi. 210. 9. De bonnes reproductions en ont été don-
4. Rossi, M»M/n', pi. 13: Garrucci, pi. 237. nées par Diehl, Ravenne (Paris, 1907, in-4) et
5. 'Rosû, Musaici, pi. 6 à 8 et 25 ; Garrucci, Manuel de Tart hy:^antin, fig. 196a 204.
pi. 215 à 222. 10. Une partie de ses clichés ont été reproduits
6. Rossi, Musaici, pi. 15 ; Garrucci, pi. 253. par Diehl, Manuel, fig. 91 et s. Malheureusement elle a été fortement restaurée 11. Elles ont été reproduites en couleur par au xviie siècle. Texier, Archit. hv^ant., pi. 30 à 34.
architectes chrétiens employaient les mosaïques. C'était, avant tout, à la voûte de l'abside qu'on en mettait. C'est là qu'on voit encore la plupart de celles que les églises de Rome ont conservées. L'arc triom'phal, c'est-à-dire le grand arc jeté en travers de l'église au-dessus de l'autel, en était 'également recouvert. Les églises construites avec luxe en avaient tout le long de la nef, dans l'espace qui sépare les grandes arcades des fenêtres. C'est là qu'à Sant' Apollinare Nuovo on voit cette fomeuse procession de saints et de saintes (fig. 13) dont un de nos plus grands artistes modernes, Flandrin, s'est si heureusement inspiré pour la décoration de l'église Saint-Vincent-de-Paul.
On plaçait parfois de ces grandes figures d'anges, de martyrs, de bienheureux jusque dans les interv-alles des fenêtres de la nef. D'autres fois, la décoration consistait en tableaux représentant des scènes de l'Ancien ou du Nouveau Testament, comme à Sainte-Marie-Majeure ; souvent, au-dessus des grandes arcades ou dans les écoinçons qui en séparent les retombées, on plaçait des figures en buste enfermées dans des médaillons de forme ronde, comme à Sant'Apollinare in Classe (fig. 15) ou à Saint-Paul-hors-les-murs '.
Les mosaïques couvraient jusqu'au sol même de l'église. En cela les chrétiens continuaient encore les pratiques romaines, car on sait à quel point était répandu dans toute l'étendue du monde antique l'usage des pavés de mosaïque.
On en a retrouvé dans les ruines d'une foule de villas romaines, et maintes découvertes faites en Algérie, en Tunisie et en Orient prouvent que l'usage en était aussi répandu dans les églises que dans les villas. Les basiliques d'Orléansville, de Djemilah -, de Sbeitla, de Sidi-Abich (fig. 91), de Tyr ' en ont fourni des exemples remarquables. L'Italie se flatte d'en posséder également de fort anciens spécimens, mais il serait utile d'examiner de près les dates que l'on attribue à certains d'entre eux, car on continua jusqu'au xii'= siècle, au moins, à en fabriquer, en Italie comme en France, sur des patrons qui ressemblent assez à ceux des premiers siècles pour qu'on s'y soit maintes fois trompé. En signalant donc les pavés de mosaïque conservés à Ancône ♦, à Crémone >, à Grado '', à Pesaro ", je ne saurais garantir qu'ils aient tous l'antiquité qu'on leur prête au delà des monts. En France, nous ne possédons que des fragments insignifiants de ces pavés de mosaïque antérieurs à l'époque romane *.
1. Les médaillons que l'on voyait au-dessusdes iiioiia (Crémone, 1857, in-foL), pi. 11. arcades de la nef de Saint-Paul contenaient une 6. Bartoli, Antichita d'Aquileja, p. 343-350; précieuse suite de portraits des papes. L'incen- Mùntz, Etudes iconcg. sur le moyen âge (Paris, die de 1823 n'en a respecté qu'une petite partie. 1887), p. 60.
2. Ravoisié, E.v^/or. scient, de TAlg., Beaux- 7. Carducci, Sul grau mosaico recentemente sco- Arts, I, pi. 52 et s. perto in Pesaro (Pesaro, 1866, in-fol.). Cf. Engel-
3. Reproduite dans les Ann.archéol.,t. XXIII, mann, Ini neiien Reicb (1872), p. 407-417.
p. 278; t. XXIV, p. 5, 205, 209, 286, 288 ; et 8. Fragment provenant de Saint-Hilaire de
E. Renan, Miss, de Phénicie, pi. 49. — Cette Poitiers (Caumont, Abéccd., p. 40); fragments
mosaïque est actuellement au Louvre. découverts à Thiers (Desdevises du Dézert et
4. Kraus, Gi'ic/). aVr c/i/tj//. iÏHnî/, 1. 1, fig. 298. Bréhier, Cleniwnt-Fcrraiid, p. 16; dans la
5. Roho\on\, Dociiiiienti slorici e litter. di Cre- Coll. des Filles d\irt).
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On rencontrait encore une autre variété de pavements fort usitée en Italie et en Orient et qui devait l'être aussi dans notre pays, car les auteurs du V^ et du
w" siècle semblent y faire allusion. C'étaient des dallages de marbres de couleur, découpés de façon à former des cercles et des enroulements entremêlés d'incrustations multicolores '.
L'église Saint-Jean-Baptiste ^ et celle de Sainte-Sophie ">, à Constantinople, en possèdent de fort beaux que l'on croit contemporains de la fondation de ces édifices, ce qui les reporterait au v"= et au vi^ siècle. Les Italiens et les Byzantins en conservèrent le goût pendant longtemps. On en \(iit à Constantinople, dans des églises relativement modernes, comme celle de Hagios-Pantocrator +, et beaucoup d'églises d'Italie en possèdent qui ne sont pas antérieures au xiii" siècle.
L'église de Saint-Benoîtsur-Loire est la seule en Lrance qui puisse montrer actuellement un spécimen de ce genre de travail (fig.
92). Encore est-ce une importation étrangère due à
de Sidi-Abich (lunisiL-J.
Pavement de mosaïque, d'après le P. Delattre.
la munificence du cardinal Duprat, qui fit venir ce pavé d'Italie au xvi*^ siècle.
La sculpture ne tenait pas grande place dans la décoration des basiliques. On n'en trouvait guère de spécimens que sur les autels et les chancels qui les entou-
1. Sidon. Apoll., £/'., II, 10. 3. Salzenberg, Allchr. BauJeiikni. voit Com-
2. Voir la belle reproduction en couleur qu'en tantinopel, pi. 21 et 22.
a donné Salzenberg, AJtchr. Baudenhmle von 4. Ihid., pi. 36. Cette dernière église n'est pas
Constanlinopel, pi. 4. antérieure au xii<: siècle.