‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 66 sur 377 · DÉCORATION · texte numérisé non relu

DÉCORATION

raient, les ambons servant à la prédication, et les chapiteaux. Or, j'ai déjà dit combien les autels étaient peu ornés; les ambons l'étaient sans doute un peu plus richement, bien que ceux du vi'= siècle qui se sont conservés à Ravenne soient assez pauvrement décorés ', tout comme ceux du vu" ou du début du viii'= siècle que l'on a découverts en Suisse, à Baulmes ou à Saint-Maurice d'Agaune '. Les chancels ne comportaient guère que des moulures, des dessins géométriques, des feuillages ou des

lij;. 92. — Saiiu-Bt.rioil.siu-l.oirc. F.ivcmellt en marbres multicolores.

motifs allégoriques de peu de relief, comme ces pampres sortant d'un calice que l'on a encastrés dans le mur de façade de Saint-Quinin de Vaison '. Quant aux chapiteaux, la mise au pillage des ruines antiques en fournissait un nombre assez grand pour qu'on pût se dispenser d'en fabriquer de nouveaux. Il y en a néanmoins dans les églises d'Italie un aissez grand nombre de fort beaux, qui ont été exécutés au v= ou au vi= siècle par des Byzantins ou par des artistes élevés à leur école. Nous en possédons également quelques-uns en Gaule, par exemple à Arles (fig. 93), ou à Jouarre (fig. 36), qui peuvent remonter au iv^ ou au v^ siècle et qui ne manquent pas d'élégance. Mais peut-on les attribuer à des artistes indigènes? Cela est dou-

I . Leur décoration ordinaire consiste en compartiments carrés, contenant chacun une figure de quadrupède ou d'oiseau. Dielil, Ravenne, p. 90. Cf. Rivoira, t. I, fig. 65, 66, 67, 68.

2. Besson, Laii barbare dans Vancien (Hoc. de Lausanne, fig. 2 et 3.

3 . Revoil, Archit. romane du Midi de la France, t. I, p. 24, fig.

Lasteyrie. — Architecture

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ETUDE DETAILLEE DES BASILIQUES

teux, et ils pourraient bien provenir de quelque atelier italien, comme ces beaux sarcophages du Midi, dont Edmond Le Blant a si bien montré la proche parenté avec ceux que l'on fabriquait dans la péninsule. En tout cas, l'influence byzantine est manifeste dans les chapiteaux de Jouarre ; elle l'est plus encore dans les très curieux chapiteaux de la crypte de Saint-Laurent de Grenoble (fig. 84 et 85), qui semblent bien avoir été faits pour la place qu'ils occupent en même temps que les épais coussinets de pierre qui les surmontent. Mais ici les progrès de la décadence sont grands ; non seulement les figures d'agneaux et de colombes qui décorent les coussinets sont difformes (fig. 85), mais les feuillages eux-mêmes ont perdu toute élégance et toute finesse. Ils font déjà prévoir les types abâtardis de l'époque carolingienne. Autant l'intérieur des églises chrétiennes était somptueux, autant l'extérieur était simple. On ne peut s'en étonner si l'on songe qu'elles étaient presque toujours entourées d'un grand nombre de constructions accessoires qui les masquaient et qui souvent même venaient s'adosser à leurs murailles. Aussi les parties extérieures du monument restaient-elles habituellement comme elles sortaient des mains du maçon.

On ne prenait même pas la peine de dissimuler sous des enduits la grossièreté de l'appareil. La façade seule pouvait faire exception à cette règle, mais elle était bien loin de fournir aux artistes un champ aussi vaste que nos églises romanes et gothiques, car un portique, ou narthex, en couvrait presque toujours la moitié inférieure.

Nous n'avons guère de données sur le genre de décoration que l'on pouvait appliquer à la façade de nos églises des Gaules. Il est vraisemblable que la peinture et la mosaïque y jouaient, comme en Italie, le principal rôle, et que les ornements sculptés y étaient rares.

Les temples chrétiens semblent s'être distingués à cet égard des temples païens, aux frontons desquels on plaçait si volontiers de grandes compositions en relief. La bonne exécution d'un grand nombre de sarcophages du iv^ et du v= siècle prouve cependant que le talent ne manquait pas absolument aux sculpteurs chrétiens, et qu'ils auraient pu orner de bas-reliefs les frontons de leurs églises. Mais ils ne semblent pas y avoir songé, même à l'époque de Constantin. Nous sommes d'ailleurs mal renseignés sur la décoration des façades dans les premières églises, et il est difficile de dire dans quelle mesure les plus anciennes, comme celles de Saint-Pierre du Vatican et de Saint-Paul-hors-les-murs (fig. 55), avaient conservé leur aspect primitif; elles ont disparu, et celle de Saint-Laurent-hors-les-

F'g- 9î- — Musée d'Arles. Chapiteau du iv° siècle.

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