BAPTISTÈRES. — CHAPELLES FUNÉRAIRES. — ÉGLISES A COUPOLE CENTRALE
ÉGLISES BYZANTINES
Nous n'avons étudié jusqu'à présent que les églises du type basilical. De ce type, en effet, dérivent la plupart des édifices chrétiens construits dans la suite sur le territoire de la Gaule. Mais on a fait aussi des églises rondes, polygonales, cruciformes, et nous ne pouvons les passer sous silence, car elles ont donné naissance à certaines variétés de- monuments quj, pour avoir exercé sur le développement de l'architecture en Occident une influence infiniment moindre que les basiliques, en ont eu cependant une appréciable et très digne d'attention '.
Les Romains ont toujours eu du goût pour les constructions en forme de rotonde. Ils savaient, dès le i'-' siècle de notre ère, en élever de fort vastes, comme le Panthéon d'Agrippa à Rome, et innombrables sont dans les thermes ou les palais de l'époque impériale, les salles auxquelles on a donné la forme ronde ou polygonale.
Ce genre de plan se prêtait moins bien que celui des basiliques aux besoins ordinaires du culte chrétien ; en revanche, il convenait mieux que tout autre aux édifices spéciaux que les chrétiens avaient l'habitude de construire pour l'administration du baptême. Les baptistères, en effet, n'étaient pas appelés à contenir des foules aussi considérables que les basiliques ; par contre, il fallait y loger une piscine baptismale d'as.sez grande dimension, autour de laquelle on pût circuler commodément. La forme ronde ou polygonale fournissait, au centre même du monument, une place tout indiquée pour la piscine que les fidèles pouvaient voir et entourer de toutes parts. Cette forme répondait donc à leurs besoins, et elle a été plus employée qu'aucune autre pour la construction des baptistères.
Les rites observés pour l'administration du baptême ^ furent pendant plusieurs
I. Sur les édifices de forme ronde, voir Isa- (Leipzig, 1886, in-8); Dehioet Bezold.t. I, p. 18.
hsWt, Les édifices circulaires et les dômes, classés par 2. Sur l'histoire du baptême, voir Corblet,
ordre chronologique (Paris, 1855, in-fol.) ; Hist. dogmat., liturg. et archéol. dn sacrement du
Rahn (R.), Ueber deii Ursprung iind die Entwic- hapténie(Pans, 1S81, in-S) ; elKraus,Real-E iicycl.,
kehing des chrisllicheu Central uiid Kuppelbaiics t. II, p. 823 et s.
BAPTISTERES
siècles très différents de ce qu'ils sont de nos jours. Ainsi, en dehors des cas urgents où tout fidèle pouvait conférer ce sacrement en quelque temps et en quelque lieu que ce fût, l'usage était de réunir les catéchumènes à certains jours donnés, comme Pâques, le Samedi-Saint, la Pentecôte, Noël, la Nativité de saint Jean-Baptiste, et de les faire baptiser solennellement par l'évêque ou par un diacre délégué par lui. Pendant longtemps, et malgré l'avis des Pères et les prescriptions des conciles, il fut d'usage d'attendre l'âge adulte pour recevoir ce sacrement. Enfin, au lieu de baptiser par aspersion, comme l'ont fait parfois les apôtres et le font encore quelques sectes protestantes, ou par infusion, c'est-à-dire en versant quelques gouttes d'eau sur le front du néophyte, comme le fait l'Eglise catholique depuis plusieurs siècles, on administrait le baptême solennel par immersion, c'est-à-dire en plongeant plus ou moins complètement le néophyte dans une piscine pleine d'eau. Ce mode resta d'un emploi général bien après le triomphe de l'Église et ne fut complètement abandonné qu'à l'époque romane. Or il était bien difficile de trouver à l'intérieur des basiliques la place d'une piscine assez grande pour contenir des adultes. De plus, l'usage de ne conférer le baptême qu'à certains jours de l'année devait rendre assez grand le nombre des fidèles qui se présentaient simultanément pour recevoir l'eau sainte, et leur présence dans la basilique même ne pouvait se concilier avec les prescriptions liturgiques qui interdisaient aux catéchumènes d'occuper dans les églises les places auxquelles seuls avaient droit les fidèles baptisés. Cette dernière considération, plus que toute autre, conduisit les chrétiens à consacrer des salles distinctes ou des édifices spéciaux à l'administration du baptême. Ils avaient déjà cette préoccupation à l'époque où le culte se célébrait dans les Catacombes, et l'on a retrouvé dans plusieurs des cimetières souterrains des environs de Rome des salles, ou cubkula, spécialement aménagées à cet effet. La mieux conservée dépend du cimetière de Saint-Pontien '. Elle contient une piscine de deux mètres environ sur un mètre de profondeur, et ses parois sont couvertes de peintures, ajoutées au vi= siècle, qui ne laissent aucun doute sur sa destination -.
Après le triomphe de l'Église, il fut de règle d'annexer à chaque église épiscopale un baptistère distinct. Les autres églises n'en avaient pas, quelle que fût leur importance. Ainsi Saint-Jean de Latran en eut un dès le temps de Constantin, parce que c'était la cathédrale de Rome, tandis que Saint-Pierre en était dépourvu. Mais l'accroissement rapide du nombre des fidèles fit bientôt tomber cette règle en désuétude et on construisit des baptistères à côté de beaucoup d'églises, même dans des localités qui ne furent jamais le siège d'aucun évêché. Nous en avons en France un exemple de basse époque à Mêlas (Ardèche)'.
Les baptistères étaient parfois de simples salles accolées à l'un des murs de la
1. Y o\r Msirùâ, Monumenti, pi. 42. 5. M. de Saint-Andéol qui l'a fait connaître
2. Elles représentent: le baptême du Christ, {Rev. de l'art chrétien, t. VI, p. 169; t. XI, le cerf venant se désaltérer dans l'eau du Jour- p. 604) l'attribue au ye siècle, ce qui semble dain, une grande croix richement ornée. fort exagéré.
EDIFICES RONDS OU POLYGONAUX
basilique et n'ayant ni place, ni forme déterminée. Ainsi quand le pape Damase
dota Saint-Pierre du Vatican de fonts baptismaux, il les plaça dans une salle rectangulaire qu'il fit bâtir en prolongement du bras droit du transept (fig. 5). La grande basilique de Morsott en Algérie a son baptistère dans une salle oblongue appliquée derrière l'abside (fig. 59). Celui de Gouéa ' est à droite du sanctuaire, dans une salle semblable à la sacristie qui lui fait pendant du côté gauche. A Castiglione, la piscine baptismale était placée en sous-sol dans une crypte ménagée sous l'abside -. Enfin, à Tébessa, elle était logée au bout d'une salle
irrégulière ajoutée après coup sur le flanc sud de l'atrium.
Mais c'étaient là des dispositions exceptionnelles auxquelles on se résignait faute
de place ou par raison d'économie. Toutes les fois qu'on le pouvait, on préférait
Baptistère de Lntnin.