‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 99 sur 377 · DANS I.F. NORD DH I.A I-RANCE · texte numérisé non relu

DANS I.F. NORD DH I.A I-RANCE

magne s'est étendu jusqu'en Allemagne et en Italie, et les traces laissées dans ces pays par l'art carolingien méritent toute notre attention.

Les savants Allemands ont fait de louables efforts pour retrouver ces traces

et leur critique pénétrante a certainement contribué dans une proportion notable à percer de quelque lumière les ténèbres de cette époque. Mais tandis que les archéologues français ont une tendance à croire que les incendies et les reconstructions mentionnées par les textes ont tait disparaître tout reste des édifices détruits, les Allemands admettent volontiers que des églises recon-

L ARCHITECTURE RELIGIEUSE A L EPOaUE CAROLINGIENNE

struites au xi" ou au xii"' siècle ont conservé quelques-uns des traits essentiels de celles qu'elles remplaçaient. C'est une idée juste, mais qui peut facilement entraîner à des hypothèses hasardeuses. Aussi ne les suivrai-je qu'avec prudence dans cette voie dangereuse et ne parlerai-je que des monuments les plus importants ou de ceux dont l'âge paraît soulever le moins d'incertitudes.

C'est dans le bassin du Rhin que se i^encontrent la plupart des églises dans lesquelles on a cru reconnaître des restes ou des imitations de constructions carolingiennes. Je dis des imitations, car les traditions carolingiennes se sont conservées dans cette région plus longtemps que partout ailleurs, et l'on y trouve au xii'= siècle encore des édifices dont les dispositions essentielles semblent inspirées des principes auxquels obéissait, trois siècles plus tôt, l'auteur du plan de Saint-Gall. C'est là un fait important qu'on ne doit pas perdre de vue quand on cherche à fixer l'âge des monuments rhénans.

Les plus anciens édifices allemands construits sur le modèle adopté dans le plan de Saint-Gall seraient, d'après l'opinion commune, l'église abbatiale de Fulda, et celles d'Hersfeld et de Werden sur la Rhur. Mais on ne saurait accepter sans réserves tout ce qui a été dit de ces édifices.

L'église du Sauveur à Fulda ' a sans doute été une des premières églises de Germanie construites sur le type dont s'est inspiré l'auteur du plan de Saint-Gall.

Fondée par saint Boniface vers 744, elle fut rebâtie sur un plan plus vaste par l'abbé Baugulfus entre 779 et 802. Peu après, l'abbé Eigil y ajouta des cryptes, ce qui suppose une reconstruction au moins partielle de l'édifice ; elle fut consacrée en 819, puis détruite par le feu en 937. Les textes nous apprennent que c'était une grande basilique cruciforme, munie à chaque extrémité d'une abside surmontant une crj'pte -. Les restaurations qui ont suivi l'incendie de 937 ont-elles laissé sub-

1. Sur l'histoire de l'église de Fulda, voir quellen ^ur Geschichte der Karolingischen Kunst, Gegenbauer dans le Fuldaer Gytmmsialprogramm p. ici et s. — Il ne faut pas confondre l'église pour 1881. du Sauveur avec celle de Saint-Michel, qui était

2. Voir les textes réunis par Schlosser, Schrift- une église ronde.

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Fig. 147. — Hersfeld sur l.i Ruhr, d'après Deliio,

DANS LE BASSIN DU RHIN

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sister quelque chose de l'édifice du ix" siècle, c'est bien douteux ; on croit néanmoins en posséder un reste dans la crypte et dans l'abside occidentales.

L'église d'Hersfeld sur la Ruhr offre également des analogies assez marquées avec le plan de Saint-Gall (fig. 147), mais ce n'est point une raison suffisante pour lui attribuer une antiquité difficile à concilier avec les données historiques '. Fondée en 768, cette église fut reconstruite entre 831 et 850 et détruite par un incendie en 1038. On prétend, il est vrai, que ce désastre ne fut que partiel, car il suffit de deux ans pour restaurer la crypte (fig. 148). Mais celle-ci fut l'objet d'une nouvelle consécration en 1040, ce qui me semble une preuve de la gravité de la catastrophe, car il n'eût pas été nécessaire de consacrer à nouveau la crypte si elle n'avait pas été rebâtie entiè-

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Fig. 148. — Hersfeld.

Plan de la crypte.

Fig. 149. — Werden sur la Ruhr, d'après X)ehio.

rement '. Une autre preuve que les ravages causés par le feu avaient dû être graves, c'est qu'il fallut près d'un siècle pour en faire disparaître les traces et que la partie occidentale du monument ne fut pas achevée avant 1144. L'église d'Hersfeld n'est plus- aujourd'hui qu'une ruine ; elle est très intéressante en ce qu'elle montre la longue persistance des traditions carolingiennes dans la région rhénane, mais c'est un monument du xi' siècle et non pas du ix', et si l'on y veut chercher des éléments pour étudier l'art carolingien, on ne doit pas oublier qu'ils constituent tout au plus ce qu'on peut appeler des renseignements de seconde main.

Mêmes réserves à faire en ce qui concerne l'église de Werden sur la Ruhr. L'histoire nous apprend qu'elle fut consacrée en l'an 875, que des travaux importants furent faits à la crypte en 1059 et que le monument fut victime d'un grand incendie en 11195. Il n'a reçu sa forme actuelle qu'au xiii' siècle, mais deux parties du monument sont manifestement plus vieilles que le reste, c'est la crypte (fig. 149) et les deux premières travées de la nef à l'occident. M. Dehio s'est attaché à prouver que ces travées remontaient à l'époque carolingienne; j'ai peine à l'admettre

1. Dehio et Bezold, Die hichl. Baukunst,x. I, p. 162, et pi. 42, fig. 3.

2. Il n'y avait lieu à consécration nouvelle d'un édifice religieux que lorsque les murs

avaient été reconstruits. « Nota, quandiu parietes ecclesie sunt intègre, non débet ecclesia reconsecrari. »

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