‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 100 sur 377 · Voir Dehio et Bezold, t. I, p · texte numérisé non relu

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i66 l'architecture religieuse a l'époque carolingienne

malgré l'aspect archaïque de quatre chapiteaux que l'on y remarque '. Mais en revanche je crois qu'il a raison de voir un reste du ix'^ siècle dans la crypte. Celle-ci en eftet comprend deux parties : l'une qui s'étend sous le chœur de l'église, l'autre évidemment ajoutée à la première et offrant des ressemblances très marquées avec la crypte de Saint-Emmeran de Ratisbonne -. Or cette dernière est de 1052. Il paraît donc certain que la partie annexe de la crypte de Werden est bien celle à laquelle on travaillait en 1059. Dès lors l'autre partie, qui est sûrement antérieure, a pu appartenir à l'édifice consacré en 875.

Les cryptes d'ailleurs, par leur mode de construction et leur enfoncement dans le sol, ont souvent échappé aux causes de destruction qui ont feit disparaître tant d'églises. La petite ville de Quedlimbourg en Saxe en fournit la preuve, car elle a conservé deux cryptes carolingiennes, celle de Saint- Vipert et -celle de Saint-Servais. Cette dernière est d'autant plus intéressante qu'elle, a gardé sa décoration primitive en stuc ', mais elle ne date que de l'an 936.

Plus ancienne d'un siècle est probablement l'église de Steinbach dans l'Odenwald, car la plupart des savants allemands s'accordent à la considérer comme une fondation d'Eginhard, le fameux historien de Charlemagne, qui fut en même temps le contrôleur des bâtiments du grand empereur d'Occident. Les témoignages historiques sur lesquels on s'appuie pour justifier une si noble origine ne sont pas très explicites. Aucun texte ne parle d'une basilique élevée par Eginhard à Steinbach, mais on sait qu'il en construisit une, vers 830, à Michelstadt. Or Steinbach étant à la porte de cette ville, on en a conclu que l'église qui s'y voit était celle-là même qu'Eginhard avait fait bâtir. On peut encore objecter que l'église de Steinbach, abandonnée du ix'= au xr siècle, fut complètement restaurée en 1073, lorsque l'abbé de Lorsch Udalric y installa des moines. Aussi je ne doute pas que, si ce monument était en France, les habitudes de critique qui dominent depuis quarante ans chez nous ne l'eussent fait classer à la seconde moitié du xr siècle. Mais c'est ici l'occasion de rappeler la remarque que je faisais en commençant : les. Allemands attachent une moindre importance que nous aux textes mentionnant des restaurations et, sans s'arrêter aux objections que je viens de signaler, ils sont d'accord pour faire de ce monument une œuvre authentique d'Eginhard.

Je dois ajouter d'ailleurs que des fouilles habilement conduites ont permis de reconstituer la physionomie du monument ■*, et que si elles n'ont fourni aucun argument topique, comme une inscription ou un fragment de sculpture caractéristique, on peut toutefois trouver dans le plan (fig. 150), la disposition de la

I . La restitution que Dehio a donnée (pi. 42, dit qu'après l'incendie de 1119 l'église fut " con-

fig. 4)du plan qu'aurait eu l'édifice au ixe siècle est sumpta seu potius deformata ».

ingénieuse, mais elle suppose des bas-côtés cou- 2. Voir le plan de celle-ci dans Dehio, pi. 42,

verts de voûtes en berceau normales à l'axe de fig. 12. Cf. ibid., t. I, p. 193.

l'église et surmontées de tribunes. Or on n'a 5. Rivoira, t. II, p. 516, fig. 506 et 507.

aucune raison de croire que pareille disposition 4. Elles ont fait l'objet d'une étude approfon-

fût en usage au ix^ siècle ; de plus comment die de la part d'Adamy : Die EinhardbasiWm :{u

concilier cette li\pothése avec le texte qui nous Sicinbach iiii Odemmld, Hanovre, 1885, in-fol.

DANS LE BASSIN DU RHIN

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crypte, le genre de construction, l'emploi de la brique dans les maçonneries (fig. 151), de sérieux arguments à l'appui de son antiquité.

Il existe sur les bords du Mein une seconde église qui semble contemporaine, on peut même dire sœur de la précédente. On sait en effet qu'Eginhard avait à peine achevé l'église de Michelstadt qu'il entreprit de bâtir à Seligenstadt une autre basilique plus grande, où il transporta les reliques de saint Pierre et de saint Marcellin, primitivement destinées à l'église de Michelstadt.

Or les travaux de restauration entrepris, en 1868, à l'église paroissiale de Seligenstadt ont permis de constater qu'au milieu de constructions bien moins anciennes cette église avait conservé des traces d'un édifice que l'on s'est empressé d'identifier avec la basilique d'Eginhard '. Elle présente en effet une analogie frappante avec l'église de Steinbach et a comme elle des piliers et des arcades en briques (fig. 152); aussi son antiquité n'est-elle mise en doute par personne, bien qu'on n'ait rien découvert dans les fouilles qui confirmât cette opinion d'une façon certaine et qu'il ne soit pas prouvé que l'usage de la brique ait disparu dans le pays après l'époque carolingienne.

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