‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 108 sur 120 · Champly, Histoire de l'abbaye de Cluny , 2« éd., p · texte numérisé non relu

Champly, Histoire de l'abbaye de Cluny , 2« éd., p

2. Bibliotheca Cluniacensia, col. 1671 : «... Anoo Domini 1346, incoepit maxima mortaiitas apud Cluniacum, quœ par très annos duravit. Antea crant ibi communiter 260 religiosi.

entre les mains du pape pour entrer à la chartreuse du Val- Sainte-Marie : c'est à Hugues Fabry qu'est due la construction de la tour ronde qui porte son nom, et qu'on remarque encore à l'angle Nord-Est du jardin du couvent. *

Androin de la Roche qui occupa le siège abbatial pendant neuf années (1351-1360) joua un rôle important et fut le bienfaiteur du monastère. Il fonda les deux collèges de Saint-Martial d'Avignon et de Saint-Jérôme de Dole, mais nommé cardinal en 1360, il quitta Cluny. Choisi comme légat par Innocent VI, il fut député avec Simon de Langres, général des Dominicains, pour traiter de la rançon du roi Jean, détenu à Londres, après la bataille de Poitiers : précédemment, il avait été chargé de la mission difficile de rétablir la paix entre Jean le Bon et Edouard III. La faveur du duc Philippe de Bourgogne ne cessa de l'accompagner, et cette faveur se traduisit par des dons et des bienfaits, à l'église de l'abbaye. Même après avoir quitté Cluny, l'affection du cardinal Androin de la Roche pour son abbaye ne se démentit jamais, et sa fortune passa presque tout entière dans le trésor de Cluny. Atteint de la peste à Viterbe, il mourut dans cette ville après avoir exprimé le désir que son corps fût inhumé dans la grande église de saint Hugues, et en effet son tombeau fut placé dans l'endroit le plus fréquenté du sanctuaire, sur le chemin suivi par les moines lorsqu'ils se rendaient au chœur, ^

Simon I de la Brosse, élu en 1361, fut proposé par Charles V et accepté par le saint-siège; il mourut la même année qu'Androin, le l**" juillet 1369. Les religieux furent alors tentés de reprendre leur indépendance pour l'élection de l'abbé : ils nommèrent Guillaume V de

t. Champly, Ilist. de Vabbaye de Cluny y 2» éd., p. 101.

'2. Dibliothcca Cluniacensis, col. 1672 : < Obiît in civitate Witerbiensi, et

Indo apud Clunlacum apportatus est, et Ibi jacet in directo capelUs S. Dyonisii itinerc, quo convcntus vadit ad chorum »

Pommiers qui, craignant de ne pas être reconnu par Urbain V, se désista. Le pape s*empressa do nommer à sa place Jean I du Pin, prieur de Saint-Martin-des-Champs : comme Simon de la Brosse, Jean ne quitta guère le collège de Cluny; il mourut en 1374. Grégoire XI imposa aux religieux son petit-neveu Jacques I de Damas -Cosan qui préféra le séjour d'Avignon à celui de Cluny, et mourut le 13 juillet 1383. L'antipape Clément VII, dont Jacques I de Cosan avait embrassé la cause, appela au siège abbatial Jean II de Damas-Cosan, neveu du précédent, et les religieux acceptèrent servilement ce choix. Sous Jean II, qui régna de 1383-1400, le roi Charles VI vint à Cluny, accompagné des ducs d'Orléans, de Berry et de Bourgogne, de cardinaux et de prélats français.

Lorsque Jean II mourut en 1400, la discorde était dans l'Eglise, et tandis que Boniface IX siégeait à Rome, Pierre de Lune avait pris à Avignon le nom de Benoît XIII : les moines crurent le moment opportun pour reprendre leur indépendance, et d'une voix unanime élurent Raymond II de Cadoène, grand-prieur de Cluny. Celui-ci resta pendant seize ans à la tête de l'abbaye et se distingua par une très bonne administration. Il embellit l'église de ' livres et d'ornements précieux*, acquit la plupart des objets sacrés qui avaient appartenu au pape clunisien Urbain V, fut

1. Biblioth. CluniàC.y col. 1674 : < Jacet apad Cluniacuni jaxta capellam

s. Dyoaisii, a parte maioris altaris, qui valde bene administravit suo tempore

In reparationibus per Ipsum factis decem miUia francorum libero ezposuit,

trecentasque quinquaginta marchas argenti ia vassclla tam alba quam deaurata

monasterio reliquit Item unam crossam argenteam deauratam, quam omit

pretio ducentorum et quinquagenta sicutorum ponderautem xxv marchas argenti, et fait domni papœ Urbani quinti.

» Item plurima et varia pretiosa ornamenta fleri fecit. Plurimos quoque libres

ecclesiœ conscribi fecit, utpote psalteria qu8B in monasterio sunt xii Insuper

iste domnus Raymondus fecit ûeri a fundamentis pontem magni stagni. »

C'est vers 1400 que naquit à Cluny Jean Germain qui fut évéque do Nevers (1430), chancelier de l'ordre de la Toison d'Or et évéque do Chalon-sur-Saône (1436) : il fut député du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, à Rome et au concile de BÀle, où il se distingua comme orateur. Jean Germain mourut le 2 février 1460.

autorisé en 1411 par le roi de France à fortifier le château de Mazille près Cluny, établit à Cluny même un immense étang, et jeta sur la Grosne un pont qui porte encore aujourd'hui le nom de Pont de TEtang.

Robert II de Chaudessolles s'assit sur le siège abbatial en 1416 : nommé cardinal, il prit part en 1417 à Télection de Martin V. Elu en 1424 Odon II ou Eudes de la Perrière fut le dernier abbé régulier, et fit preuve d'intelligence, de fermeté et de prévoyance ; . il régna pendant trente-trois ans, et fut pour ses frères un modèle d'édification : plein d'austérité, il veillait à ce que toutes les prescriptions de la règle fussent accomplies. Il se signala également par les constructions qu'il entreprit, celle d'un clocher, doté des fameuses cloches dites les Bisans^ l'un des souvenirs les plus populaires du vieux monastère ; reconstruisit la seconde tour des Barabans, refit l'entrée du vestibule de l'église et cette autre tour dite des Fèves, qui se dresse encore intacte sur le bord de la principale rue de la ville. * Eudes de la Perrière mourut le 2 novembre 1457.

Il eut pour successeur Jean III de Bourbon, évêque du

1. Dibliotheca Clunisicensis, col. 1676 : c Odo secundus de Perreria abbas noster Cluniacensis xli incœpit rogere anno 1424. Rexit annls xxziii decem mon&ibos. Jacct apad Cluniacum anto altaro S. Benedicti. Obiit autem anno 1457, die secunda mensis novembris.

Hic pater Odo primum fuit in juventute sua socius in ordine in monasterio Cluniacensi, deinde archidiacoous, deinde eleemosynarius, inde sacrista, postea prlor claustralis : deinde prior major, deinceps prior Silviniaci, demum per conventum in abbatem eligitur.

Iste tempore su» adminislrationis multas persecutiones pro ecclesia sustinuit, proptcr guerraram multiplicea voragines. Ipse enim émit blada in principio sosb administrationiSf ad sex mille florcnos aari.

Item fecit pinnaculumicum magnis campants beatos Mariœ Magdalenae. Item flori fecit turrim Fabarum. Item fecit reûci unum Barrabam.

Item fieri fecit unam pulcherrimam crucem elevatam cum pavimento seu ambulatorio hinc inde, et cum portali pulchcrrimo in introitu ecclesi». Item in répara-

tionibus celcbris habetur [quas omnia difTusius in libro capituli continentur]

Multas reparationes in Cluniaco et membris Ûeri fecit, nec non varia et pretlosa ornamenta super omnes prœdecessorcs suos huic ecclcsiae Cluniacensi contalit. » — Champly, Hitt de l'abbbaye de Cluny, 2* éd., p. 213.

Puy, qui n'appartenait même pas à Tordre de Cluny, mais que le roi Charles VII indiqua au choix des religieux. Jean de Bourbon, fils naturel de Jean I, duc de Bourbon, obtint une dispense d'âge pour prendre possession de l'éveché du Puy-en-Velay ; Calixte III lui permit encore de cumuler les titres d'évêque et d*abbé. Jean de Bourbon fut bien, à la lettre, un abbé régulier puisqu'il avait obtenu le vote des religieux, mais la liberté du vote avait reçu, dans cette occasion, une singulière atteinte. Digne d'ailleurs, et à tous égards, de la faveur qui lui était faite, il fut un des plus brillants et des meilleurs abbés qu'ait eus Cluny dans la seconde période de son histoire. La lutte de Louis XI et de Charles le Téméraire donna à l'abbé de Cluny l'occasion de montrer ses sentiments : il prit parti pour le roi, espérant trouver en lui un défenseur des privilèges et des libertés de son ordre. Aussi Claude du Bled, seigneur de Cormatin, vint, au nom de Charles le Téméraire, ravager les possessions abbatiales : les châteaux de Lourdon et de Boutavant furent pris et pillés (1471).

Esprit cultivé e% protecteur des arts, Jean de Bourbon fit construire dans l'église du monastère cette chapelle* qui porte son nom, et qui, bien que mutilée, existe encore

1. Chronique de Cluny ^ impriméo dans la Bibliotheca. Cluniacensis, col. 1678 et

suiv. : « Jacet vero apud Cluniacum in capellaquam a ftindamentisûeri fecit.

Cujus structura mirœ excellcntia) fuit, et cum sumptu maximo coostrucla est, ut

infra videbitur amplius Studuit enim in primis non tam prœesse quam prodesse,

eidem prœcipue abbatias nostrœ CluniacensI, in quatuor prœsertim : primo in œdificiis et structuris; secundo, in regularibus statutis; tertio, in ornamentis et jocalibus preciosis; quarto, in voluminibus et libris copiosis.

Primo quidem ib asdiûciis. Nam considerata situatione antiquœ domus abbatialis Cluniac. ad quam principes nobiles, ceterique extranei commode accedere non poterant absque magno tumultu circa claustrum, et turbationé reiigiosorum menasterii, compensavit Decanum ejusdem monasterii de quadam platea vacante, prope introltum abbatiœ seu monasterii ejusdem, ante oonspectum majoris Cruels ipsius ccsnobii : in qua a fundamentis œdiOcari fecit novam abbatialem domum cum decenti et sumptuoso apparatu : appropriando eidem domui viridarium a parte orientali, consitum stirpibus vitium, et diversis generibus arborum fructiferarum.

Item reparari fecit, et de novo cooperiri, tam in lignis, quam in tegulis ardesiœ ex Britannia per flumen Ligeris, usque ad portum de Dlgoyn traductis : quatuor

aujourd'hui : placée sous Tinvocation de la Vierge, un oratoire dédié à saint Eutrope et particulier à l'abbé y fut annexé. Dans cet oratoire était un autel sur lequel il fit

majora pinnacula sacri monasterli Cluniacensis, sive campanalia, affatim Eccle^ siam ad extra decorantia.

Item reparari fecit bassas vol tas ejusdem ecdesiad Cluniacensis, in qua speciosam capellam intégral! ter a fundamentis construxit in ea parte ecclesi» ubi prius erat parva capella in honorem S. Eutropii constnicta. Quam capellam ex quadratis lapidibus voluit esse construclam. et dosuper tegulis ardesiœ decenter coopertam. Kt in eadem ordinavit (ieri duo altaria, majus scilicet in honorem Christiferas Yirginis, bcati Joannjs Baptistae, et tredecim Apostolorum commemorato beato Paulo, post ascensionem Christi in cœlum in apostolatu aissumpto : quorum imagines insculpi fecit in lapidibus congruentibus, quibus supponuntur imagines justi Simeonis, patriarchœ Jacob, et prophctarum, conformiter ad dicta conscripta in rotulis earumdem imaginum. Secundo vero altare in honorem S. Eutropii, in cujus rotulo hic Yirgilianus inscribitur versus : Semper honos, nomenqtie tuum, latuiesque manebunt.

Item in decanatu Paredi œdiûcavit domum novam a fundamentis duarum turrium fortium et amplarum.

Item œdiûcari fecit domum quadratam in Decanatu Langiaci.

Item in decanatu Scureliarum magnum et ingens œdiûcium construi fecit. Item in Castro Lurduni pulcherrimas et memoria dignas reparationes fieri fecit in circuitu dunjunni ejusdem Lurdunf, erigendo turrim a parte meridionali cum annexis œdiûciis

Tertio, in localibus et preciosis ornamentis domnus Joannes deBourbonio

suam decoravit ccclesiam Cluniacensem. Et primo, maius altare sacri cœnobii Clun. ornavit imaginibus Apostolorum Pétri et Pauli argenteis. in quibus ccxx marchas argenti fini et puri exposuit.

Item duas pelves amplas et latas, bene et decenter deauratas donavit, qu» pondérant XII marchas argenti fini et puri.

Item, unum reliquiare argenti deauratum, cujus in circumferentia lapides pretiosi. Hoc ad portandum corpus Christi.

Item octo candclabra argenti fini in longitudine duorum pedum cum dimidio elevata.

Item quatuor incensa argent!, cum quatuor naviculis argenti. Item duo calices bene et decenter deauratos cum patenis in pondère octo marcharum argenti

........ Item ad decorem chori sacri monasterii Cluniac. donavit vi petias valde

preciosas tapisser!», in quibus passio Domini nostri Jesu Christi pulchorrime est impressa intermixtis filis sericeis cum filis lanœ bon» et fin» in vultibus et manibus imaginum in eisdem pannis impressarum.

Insuper procuravit fieri xii magnas petias tapisserie in pannis coloratis oolorc *alburgo, sivo perseo, cum muititudine liliorum geluorum desuper sparsorum, cum barra rubei coloris desuper ex transverso pertranseunte dicta iiiia, qu» sufOciebant ad decorem chori a dextris, et a sinistris, pariter que dors! ad altare sanct» cruels. Quarum petiarum una lantummodo remansit, cœteris deperditis in ultimis guerris, qu» in comitatu Matisconensi, et adjacentibus terris, Deo permittento vlguerunt, et qu» de domo abbatial! per nonnullos principum fiscos ad humanas usus translatœ.

graver l'inscription suivante dont, signe des temps, Virgile faisait les frais :

Semper honos, nomenque tuum, laudesque manebunt.

Pour écarter du cloître le bruit dos réceptions des hôtes, Jean de Bourbon fit construire le palais abbatial, à l'ornementation duquel son successeur Jacques d'Amboise mit la dernière main. Le palais abbatial de Paray-le-Monial fut aussi son œuvre ; il répara encore le château de Lourdon, refit la couverture des clochers de la basilique en ardoises amenées de Bretagne par des bateaux qui remontaient la Loire jusqu'à Digoin, et construisit à Paris l'hôtel de Cluny.

Mais il ne s'occupa pas seulement des intérêts matériels de son ordre : il rédigea des statuts pour la réforme des monastères clunisiens et les fit approuver par le chapitre général de 1458 : très sévère pour lui-même et fidèle observateur de la règle, il envoya des religieux porter la réforme jusqu'en Allemagne, en Angleterre et en Espagne.

Le 8 décembre 1481, sur l'invitation de Louis XII et du pape Sixte IV, Jean de Bourbon prit pour coadjutcur Jacques d'Amboise, frère du cardinal Georges d'Amboise, ministre favori du roi : dès lors il ne s'occupa plus guère du gouvernement de l'abbaye et mourut en 1485. Il fut inhumé dans la chapelle qu'il avait fait construire, devant le maitre autel.

Sous Jacques II d'Amboise, la . prospérité régna dans le monastère et les statuts de réforme promulgués par Jean de Bourbon furent observés. Après un règne de vingt-cinq ans, Jacques, nommé évêque de Poitiers, remit ses fonctions à son neveu Geoffroy d'Amboise (27 décembre 1510), qui mourut en 1518.

Le décès de Geoffroy d'Amboise étant survenu lorsque François P*", sans attendre la mort de Maximilien, se préoccupait déjà d'acquérir la couronne impériale, et que le

pape Léon X, menacé comme souverain de Rome et comme chef spirituel de la chrétienté, méditait une croisade contre Constantinople, les religieux s'empressèrent d'élire pour abbé Jean IV de la Magdeleine, grand prieur de Cluny. Mais la volonté du roi ne tarda pas à se faire connaître, et Jean de la Magdeleine s'effaça devant Aimard II de Boissy, abbé de Saint-Denis, qui parut à peine dans son abbaye et mourut en 1528.

Élu par les moines, Jacques III Le Roy dut, lui aussi, céder la place à un protégé de François V^ et reçut en échange l'archevêché de Besançon.

Jean IV de Lorraine, cardinal, archevêque et duc de Reims, de Narbonne et de Lyon, évêque de Metz, Luçon et Verdun, premier pair de France, fut le premier abbé commendataire de Cluny (1528). Il ne vint même pas prendre possession de son abbaye, qui fut administrée par l'abbé dépossédé en 1518, Jean de la Magdeleine*. Lorsque Jean IV,^ mourut vers 1550, Charles de Lorraine, cardinal de Guise, neveu du précédent, obtint l'abbaye.

Les doctrines de Luther et de Calvin avaient apporté en France un trouble profond : le concile de Trente ouvert depuis le 13 décembre 1545 avait dû suspendre ses séances. En 1561, au colloque de Poissy, Théodore de Bèze prit la parole pour exposer la doctrine réformée et rencontra pour adversaire l'abbé de Cluny. Mais le massacre de Vassy (1562) avait allumé la guerre, et l'armée du prince de Condé ravageait la Bourgogne; de Mâcon, pris d'assaut par son lieutenant, le vicomte de Polignac, se détacha une bande de huguenots qui vint mettre au pillage l'abbaye de

1. Bibliotheca Cluni&censis, col. 168G : «... Prœdictorum rcvereadorum Patrum tdmporibus, scilicet Jacobi II, Gofredi I, Aymardi II et Joanais IV, supra nomi-

Datus Joanncs de Magdalcaa, vir scientia et cloqucntia clarus, babait ofUcium

prioris majoris. Dormitorium reparavit, et collas ornavit, cum dormitorio sex puerorum •

Cluny. Les moines s'étaient enfuis, les uns à Perrecy-en- CharoUais, les autres ça et là; Téglise fut ravagée, les tombeaux violés, le trésor pillé et les plus précieux manuscrits de la bibliothèque des moines furent, selon Texpression de Théodore de Bèze, « perdus par Tinsolence et rignorance des gens de gruerre, disant que c'étaient tous livres de messe. » Heureusement qu'une partie des richesses et des objets précieux avaient pu être enfermés au château de Lourdon que les huguenots ne purent point prendre.

 la reprise des hostilités, interrompues par la paix d*Amboise, Poncenac, lieutenant de Condé, vint mettre le siège devant Cluny : pour éviter un nouveau pillage, les habitants payèrent une grosse contribution (l^'^ novembre 1567) et Poncenac s'en alla saccager Saint-Gengoux-le- Royal.

Le 18 juin 1570, le prince de Condé et l'amiral de Coligny, venant de la Clayette, arrivèrent aux portes de Cluny et logèrent à Mazille : ayant tenté un coup de force surlaville des moines, ils furent reçus assez rudement, et sans, insister davantage filèrent sur Salornay-sur-Guye et mirent à feu et à sang Jalogny, Mazille, Vitry, Besornay, Massy et les environs.

Cependant l'abbé Charles de Lorraine était mort le 26 décembre 1574, et dès le début du règne de son successeur, Claude de Guise, les religieux de Cluny passaient par de nouvelles épreuves et n'échappèrent pas à un désastre irréparable. Le duc d'Alençon et le prince de Condé occupaient la Champagne et la Bourgogne, et les richesses de Cluny attiraient encore la cupidité des réformés : les moines transportèrent au château de Lourdon leurs archives et leurs richesses, mais cette fois la trahison s'en mêla, et le château fut emporté. Rien ne fut épargné (1575).

Pendant longtemps Lourdon resta au pouvoir des réformés : en mars 1576, Cluny fut de nouveau envahi :

mais les habitants protégèrent Téglise de Tabbaye et chassèrent les envahisseurs.

Dès qu'il eut recouvré le château de Lourdon, Claude de Guise le fit réparer et fortifier; bientôt, entraîné par son abbé, le monastère prit parti pour la Ligue : le 24 juin 1593, un mois avant l'abjuration de Henri IV, les soldats du roi tentèrent d'enlever le château de Lourdon, mais Claude de Guise leur opposa une défense vigoureuse et les repoussa. Le 22 mai 1594, l'abbaye et la ville se soumirent à l'autorité du nouveau souverain.

Mais la Ligue tenait encore : Mayenne et Tavannes tirèrent de Cluny une contribution considérable (2 juillet 1594), et Henri IV ayant conservé rancune à l'abbaye, le maréchal de Biron vint à son tour camper aux portes do la ville. Il fallut encore lui payer 2,500 écus pour empêcher ses troupes de loger à Cluny, mais le pays fut encore mis au pillage (avril 1595).

Claude de Guise chercha à ramener la prospérité dans le monastère : il réunit, en 1600, un chapitre général pour rédiger de nouveaux statuts; il mourut enfin à Cluny le 23 mars 1612.

Marie de Médicis fit élire Louis de Lorraine, fils de Henri I de Guise, qui confia la réforme de Cluny à Jacques de Vény d'Arbouze. Nommé cardinal en 1621, Louis de Lorraine dut renoncer à] son abbaye, et Jacques de Vény fut consacré abbé par l'archevêque de Lyon le 3 avril 1622.

Du jour où le chapitre général (16 février 1623) approuva les statuts du nouvel abbé, l'ordre de Clunv fut divisé entre ceux de Vancienne et ceux de V étroite observance. Peu après, Richelieu ayant prié Jacques de Vény de le prendre pour coadjuteur, ce dernier fut forcé de lui céder la place. Richelieu devint donc abbé commendataire de Cluny le 12 juillet 1629, et la démolition du château de Lourdon fut bientôt consommée.

A la mort de Richelieu (5 septembre 16'* 2), les moines

de Tétroite observance élurent régulièrement comme abbé dom Oermain Espiard, et ceux de Tancienne observance élurent Armand de Bourbon, prince de Conti, à qui dom Germain Espiard dut bientôt laisser la place. Armand de Bourbon, arrêté pendant la Fronde avec le grand Condé son frère, abandonna son titre d'abbé de Gluny qui passa à Mazarin (1654).

Mazarin, qui se montra d'abord peu traitable dans son gouvernement, devint ensuite plus accommodant : il adoucit quelque peu la règle de Tétroite observance.

 la mort de Mazarin, survenue le 8 mars 1661, Renaud, cardinal d'Esté, fut nommé abbé de Cluny* : l'étroite observance reprit le dessus. Son successeur, Henri II Bertrand de Beuvron fut régulièrement élu par le chapitre, mais sur l'ordre du roi, un arrêt du conseil d'État cassa l'élection. Henri de Beuvron céda enfin après onze années de résistance : pendant ce temps, un commissaire royal, Paul Pellisson, administra l'abbaye.

En 1683, Emmanuel-Théodore de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, devint abbé de Cluny, mais ne put prendre possession de l'abbaye qu'après avoir obtenu les bulles du pape, en 1691. Il mourut à Rome à l'âge de soixante-douze ans, le 2 mars 1715.

« L'Hôtel-Dieu de Cluny conserve dans sa chapelle les deux statues en marbre blanc du duc de Bouillon et d'Éléonore de Bergh, père et mère du cardinal, admirables débris du monument funèbre que l'abbé avait formé le projet d'élever à sa famille au sein même de la grande basilique du monastère, w^

Henri-Oswald de la Tour d'Auvergne, archevêque de

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