‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 109 sur 120 · Renaud d'Esté moarut le 29 septembre · texte numérisé non relu

Renaud d'Esté moarut le 29 septembre

2. H. Champly, Hiat. de l'abbaye de Cluny, 2* éd., p. 332; pour la description de ce maasolée, dont Louis XIV empocha r.érection, cf. p. 332-334. — Cf. aussi : Inventaire général des richesses d'art de la France^ première partie, p. 147-14i), 159, 177-182.

Vienne, succéda à son oncle et jouit des revenus attachés au titre d'abbé de 1715 à 1747 : c'est pendant cette période que l'abbaye de Cluny fut définitivement soumise à la juridiction de l'évoque de Mâcon.

Depuis 1738, Frédéric- Jérôme de la Rochefoucauld était coadjuteur de l'abbé; en 1747, il devint titulaire de ce bénéfice si envié. C'est à cette époque que les bâtiments du monastère furent reconstruits sur un plan entièrement neuf, sous la direction de dom Dathoze, prieur claustral. Frédéric- Jérôme étant décédé en 1757, son neveu, le cardinal Dominique de la Rochefoucauld, recueillit le riche héritage de l'abbaye de Cluny. Il fut le dernier des abbés.

Dans la fameuse nuit du 4 août 1789, le cardinal de la Rochefoucauld s'était montré un des plus désintéressés, mais la générosité et les bonnes dispositions du clergé n'empêchèrent pas l'Assemblée constituante de faire son œuvre, et bientôt, en vertu d'un décret du 2 décembre 1789, l'État mit la main sur les biens du clergé. Un autre décret du 29 décembre de la même année transféra aux municipalités l'administration de ces biens; puis vînt la loi du 13 février 1790 qui abolissait les vœux monastiques.

Les moines ne furent pas chassés * ; ils furent même autorisés, par le décret des 14-20 avril 1790, à continuer pendant la même année la gestion et lexploitation des biens et dîmes non affermés. Ils ont été déclarés déchus de cette administration par décret des 19-23 octobre 1790 à raison des dilapidations et indues aliénations dont ils s'étaient rendus coupables.

A cette époque, le conseil générai de la commune, prévoyant que les religieux, frappés par la dissolution de leur régime et l'interversion de leur manière d'être, ne persisteraient pas à rester dans

1. Th. Chavot, Deatrtiction de l'abbaye de Cluny et ees Causes, M&cod, s. d.. iQ-8* (lu en séance de l'Académie de M&con — février 1868.) Noua reproduisons cet intéressant travail qui fut rédigé pour réfuter les erreurs commises par M. Lorain, dans son Essai historique de l'abbaye de Cluny. M. Chavot établit que la démolition de Téglise abbatiale fut consommée seulement sous le premier Empire, et que la municipalité de Cluny fit tous ses efforts pour Tempécher.

l'abbaye, adressa soit à TAssemblée Nationale, soit aux administrateurs du département de Saône-et-Loire et du district de Mâcpn, un mémoire où il rappelait les bienfaits que la ville de Cluny avait reçus des moines : le défrichement de ses campagnes, sa prospérité agricole et commerciale, l'accroissement de sa population, etc.

Le conseil se plaignait de l'oubli dont Cluny avait été victime lors de la nouvelle organisation administrative et judiciaire, et demandait enfin au gouvernement, à titre de compensation, la création d'un grand établissement, ou tout au moins une garnison de cavalerie, dont un régiment pourrait être logé, lors même que les religierix resteraient.

Le comtfë d'aliénation de l'Assemblée Nationale prit en considération la requête du conseil et demanda un plan de l'abbaye et de ses dépendances. Ce plan lui fut envoyé. Des industriels proposèrent à l'administration l'établissement de manufactures dans les bâtiments. Ces projets furent abandonnés, et aucune suite ne fut donnée à la demande de la ville.

La régie loua le jardin et laissa les bâtiments dans le dépérisse^ ment et Vabandon.

Le 6 janvier et le 23 décembre 1791, l'administration municipale adressa des pétitions au district pour la conservation de l'église abbatiale. Le 6 juillet 1792, elle refusa de livrer les cloches. Le 2 novembre de la même année, sur la sollicitation des habitants, elle décida que le culte divin y serait célébré; alloua, le 13 du même mois, des fonds pour diverses réparations urgentes, et, les trois paroisses allant être réunies en une seule (décret des 7-8 juillet 1793), elle manifesta, par délibération du 17 du même mois, le désir que le palais abbatial fût affecté au logement des trois curés et que le mobilier des églises de Notre-Dame, de Saint-Marcel et de Saint-Mayeul fût transporté dans l'église abbatiale. ^ (Une rue devant aboutir de la

1 . Lettre du comité de Salut public à la Commission des revenus nationaux, au sujet de la couverture de l'église de Cluny. « Informés que la couverture delaci'devant église de Cluny, district de Mâcon, est en cuivre, ils ont pensé qu'il y avait là une précieuse ressource pour Tarmement de la marine dont les besoins urgents sont l'objet de leur sollicitude. — En conséquence, informez-vous sMl existe réellement à Cluny du cuivre que Ton puisse enlever, sans détériorer aucune partie de cette propriété nationale, ou en y substituant une matière moins précieuse. Si vous connaissez quelques autres propriétés desquelles on pourrait en retirer, nous, vous invitons à nous en donner connaissance.

Paris, le 22 frimaire au III de la République (12 décembre 1794). Signé : Boissy d'Anglas, Cambacérès, Fourcroy.

(Extrait de VInventairc général des ricîiesses d'art de la. France, II* partie, 2* fasclc, p. 226.)

place Notre-Dame à la porte de l'église abbatiale fut alors ouverte le long de la façade occidentale de l'écurie des moines. Mais son ouverture sur la grand 'rue se fit attendre.)

En l'an IV (1796) le dépérissement des bâtiments s'aggravait avec rapidité, et, chaque jour, des dilapidations étaient commises au préjudice de la République. L'administration municipale du canton de Cluny s'adressa alors à l'administration centrale de Saône-et-Loire; lui représenta qu'une vente en gros ou en détail, pas plus qu'une location, ne seraient avantageuses à la République, et la pria d'intervenir près du ministre de la guerre pour obtenir l'installation dans les bâtiments d'un corps de vétérans. L'administration de Cluny demandait en même temps à être autorisée à veiller à la sûreté et à la conservation des bâtiments et dépendances.

Cette nouvelle demande ne fut pas plus heureuse que les premières. Le 2 floréal an VI (21 avril 1798) l'ensemble de 1 abbaye (distraction faite toutefois soit des bâtiments situés près de l'entrée, au soir, soit du moulin, de la boulangerie, au sud, et de quelques terrains dans le voisinage, vendus le 11 pluviôse de la même année), renfermée dans une enceinte particulière, et comprenant, outre l'église et les cloîtres, le palais abbatial, la place actuelle du marché, l'emplacement actuel du dépôt d'étalons, les jardins, fut adjugé au citoyen Batonnard, marchand à Mâcon, moyennant le prix de 2,014,000 fr

En l'an VIII (1800), l'adjudicataire et ses associés, Vachier et Genillon S ayant rempli envers l'Etat les conditions qui leur avaient été imposées par le cahier des charges, cherchèrent naturellement à tirer parti de leur acquisition. L'amour des arts n'avait pas retenu le gouvernement. Pouvait-on espérer qu'il serait plus puissant sur l'esprit de spéculateurs qui avaient à faire face à une dette considé* rable ? Ils commencèrent par enlever les décorations et ornements intérieurs de l'église, les grilles, les boiseries, les magnifiques stalles, dont une partie ornait, il y a quelques années, l'église Saint-Jean de Lyon* /

Les adjudicataires avaient conservé cependant^ suivant l'expression d'un document contemporain, un beau matériel dont ils pouvaient faire argent, (Le gouvernement envoya à cette époque les citoyens Lenoir et Sauvé que le même document qualifie artistes et commis"

1. Le curé Genilioa est le plus connu des acquéreurs de l'abbaye. Il fut succès* sivement curé de Saint-Point, de Chapaize et de Jalogny. (Note de Penjon).

2. L. Niepce, Archéologie lyonnaise, 1'* partie, Lyon, 1881, in-8*. (Les Stalles Ht les Boiseries de Cluny à la cathédrale de Lyon), p. 14-95.

saires envoyés au sujet du mausolée du grand Turenne. Ce n'était pas le mausolée de Turenne, mais celui qui devait être élevé à la mémoire du duc de Bouillon, et dont un dessin, déposé à la bibliothèque de la ville, représente l'ensemble. La plupart des pièces qui devaient composer ce monument étaient encore, en i789, renfermées dans des caisses. Les deux belles statues que l'on voit dans la chapelle de l'hôpital en faisaient partie )

Le maire de Cluny, assimilant néanmoins ces enlèvements à une destruction de monuments frappée par la loi pénale, adressa plusieurs lettres au préfet du département. Ce magistrat les transmit au ministre de l'Intérieur qui, le 7 frimaire an IX (28 novembre 1800), répondit au préfet par la lettre suivante : J'ai reçUy citoyen^ avec votre lettre, celles qui vous ont été adressées par le maire de Cluny, relativement à la destruction de quelques monuments qui existent dans l'église de la ci-devant abbaye de cette commune. Il me semble que vous auriez pu prendre, contre les délits que vous dénoncez, les mesures répressives qui étaient à' votre disposition. Au reste, je vous autorise à suspendre toute démolition jusqu'à, nouvel ordre. Vous voudrez bien donner connaissance de cette décision aux acquéreurs de cette église. Je vous salue. ChaptaL Cette décision fut transmise par le préfet le 19 du même mois (10 décembre 1800) au maire de Cluny, qui la notifia le 22 aux acquéreurs, et invita, le 24, le préfet à venir visiter l'édifice.

Le 14 prairial an IX (3 juin 1801), le ministre de l'intérieur renouvela l'ordre de suspension, et le 21 du même mois, le préfet prit un arrêté en conséquence. Les adjudicataires Batonnard et Vachier demandèrent alors que pour garantie du recouvrement de leurs droits, il fût dit que, par procès-verbal réglé contradictoirement avec eux, il serait procédé à la reconnaissance de l'état où se trouvait l'édifice. Le préfet accueillit la demande des adjudicataires par arrêté du 11 messidor an IX (30 juin 1801), que nous transcrivons :

Considérant que arrête que. .♦. il sera fait un tableau descriptif

soit de Vétat actuel de l'édifice dont s'agit, soit de la nature et de la quantité des matériaux gisant sur place».. i. Cet arrêté, reçu le 19» fut notifié le 22 messidor aux adjudicataires par le maire de Cluny, qui, le 4 thermidor (23 juillet 1801), nomma le citoyen Robert Desplaces à l'effet de procéder à l'état descriptif ordonné par l'arrêté préfectoral*

L'expert procéda à l'opération qui lui avait été confiée. Il indiqua en détail les réparations urgentes à faire à l'édifice : elles n'avaient pour objet que les toitures; il les estima à la somme de 27,961 fr

Les adjudicataires étaient disposés à faire bonne composition, la comparaison des valeurs échangées, quelques semaines plus tard, avec la ville, le démontre. La municipalité sollicita de nouveau le gouvernement qui seul pouvait pourvoir à cette dépense. L'objet , disait elle, intéresse trop les arts et la nation française pour ne pas rendre à ce monument son premier lustre, étant l'unique dans son genre pour la grandeur et Vélévation. La mise en vente de cet édifice et de la superbe maison dont il faisait la pièce essentielle, doit laisser des regrets bien sensibles à ceux qui Vont provoquée. Quelque détériorée que soit cette maison aujourd'hui, il est encore, possible d'en tirer un parti très avantageux pour l'intérêt général. Le principal corps du bâtiment subsiste, sauf quelques dégradations faciles à reparer. Il faudrait que le gouvernement revînt sur cette vente et indemnisât les acquéreurs, s'il y a lieu.

Cette nouvelle prière ne reçut pas meilleur accueil que les précédentes. La liberté de disposition fut rendue aux adjudicataires. Ceux-ci voulant, dans l'intérêt de leur spéculation, établir des communications entre l'abbaye et la ville, attirer le commerce dans l'enceinte de l'abbaye, ouvrirent, dans les derniers jours de Tan IX, une rue partant, au midi, du centre de la ville, de la grandVue, se prolongeant sous la voûte occidentale du cloître, et aboutissant, au nord, à une porte particulière de l'abbaye, à la Porte des Prés. Cette rue, tombant perpendiculairement sur le vaisseau de l'église, qui s'étendait du soir au matin, coupa cette église en deux parties à peu près égales, l'une au soir, l'autre au matin. *

La ville chercha à sauver ce qu'elle put. Elle possédait dans sa banlieue, au midi du pont de l'Ëtang, des prairies communales; elle les céda, ainsi que ses halles, aux adjudicataires, par acte sous seings privés du 2 vendémiaire an X (24 septembre 1801). Les prairies cédées avaient une étendue de 430 coupées (16 hectares 2 ares) qui,

1. Lettres de Chaptai au ministre des finances sur la conservation de Tabbayo de Cluny ('27 frimaire-24 thermidor an IX — 18 décembre 1800-11 août 1801) : Il demande avec instance que l'abbaye de Cluny, que ses acquéreurs vont démolir, soit conservée comme un des plus beaux spécimens d'architecture du dixième siècle que possède la France, et dont la conêervAtion est ai parfaite qu'il p&ratt êortir de la main des ouvriers, hes acquéreurs ont obtenu pour 50,000 fr. ce qui en vaut 200,000. Il pense que la nation peut revenir sur une vente aussi désavantageuse.

Dans la deuxième lettre, il annonce que, malgré les ordres qu'il avait reçus, le préfet de Saône-et-Loire vient d'autoriser les acquéreurs à reprendre les travaux de démolition. J'ai écrit sur-le-champ au préfet pour le blâmer d'avoir auloriéé les démolitions sans en avoir rjBçu des ordres tUtérieurs, pour lui ordonner de les

suivant expertises, furent estimées 25»800 fr. L'emplacement des halles fut estimé 5,000 fr. — La ville reçut en contre-échange, par lo même acte, toute la partie orientale des cloîtres, les deux ailes, lo jardin, l'emplacement actuel du dépôt d'étalons, etc. Ces objets furent estimés par les mêmes experts 138,000 fr. Dans une grande cité, ajoutent^ls, ils auraient pu être évalués de 3 k (kOO,000 livres. Tie jardin et ses dépendances, d'une superficie totale de 150 coupées, furent estimés 15,000 fr.

C'est à cet échange que l'on doit la conservation de l'ensemble

des cloîtres, du jardin, de la chapelle Bourbon, aujourd'hui classée comme monument historique, de l'ancienne sacristie, d'une partie des clochers, etc.

Le 2 février 1806, la ville céda à l'Etat l'emplacement actuel du dépôt d'étalons/ Les constructions de cet établissement furent élevées de 1806 à 1817 ; parmi ce temps, les étalons furent logés dans l'ancienne écurie des moines. L'Etat fit abattre au mois de juin 1811, soit le clocher qui dominait le sanctuaire, soit la voûte et ses piliers; dans le mois suivant, soixante-quinze coups de mine eurent raison du clocher dit des Bisans. Enfin la caserne des palefreniers avec diverses dépendances et le logement du directeur furent élevés à l'aide des matériaux et sur l'emplacement même de l'ancienne église.

Il est ainsi prouvé que la ville de Cluny a sacrifié tout son. avoir (elle n'a obtenu ses bois communaux que sous la Restauration), même ses halles, pour sauver l'abbaye d'une destruction complète.

Les vastes bâtiments qu'elle avait acquis en l'an X lui imposaient annuellement une charge énorme d'entretien. Elle s'est trouvée héureuse de les céder dans ces derniers temps à l'Etat pour y installer l'Ecole normale spéciale. Elle a même racheté, pour y établir l'Ecole, en s'imposant de lourds et longs sacrifices, la partie des anciens cloîtres qui en avait été détachée en l'an X.

L'immense église abbatiale de Saint-Pierre et Saint-Paul à Gluny était, avant la construction de Saint-Pierre de

f&ire suspendre sur-le-champ, jusqu'à ce que les consuls à qui je vais eaqposer la. nécessité de conserver ce monument, aient déterminé l'indemnité A accorder aux propriétaires.

Dans la troisième lettre, Chaptal fait part à son collègue du rapport du préfet de Saône-et-Loire, anuonçant qu'il est impossible de conserver Tabbaye de Cluny. Je cesse toute démarche à cet égard ; mais je vois avec douleur que l'influence d'tm gouvernement réparateur n'ait pu sauver un de nos édifices les plus intéressants pour l'histoire et pour les arts. (Inventaire général des richesses d'art de la France, !!• part. Paris, Pion, 1886, in-V- 3« fascic, p. 4G2.

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