‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 14 sur 120 · Caatoo de Tournus, arrond. de Màcon (S.'Ct-L · texte numérisé non relu

Caatoo de Tournus, arrond. de Màcon (S.'Ct-L

où le dessous du clocher est voûté en berceau plein cintre ou brisé.

D^habitude, les croisillons du transept sont voûtés en berceau plein-cintre ou brisé d'une direction perpendiculaire à celle de la nef : c'est ce que nous voyons à Parges, à Iguerande, à Uchizy, à Saint-Hippolyte, à Saint-Nicolas de Bcaujeu, à Avenas, à Châteauneuf, à Saint-Laurent-en- Brionnais, à Saint-Pierre du bourg de Thizy et à Tabbaye de Cluny. Dans un certain nombre de ces églises, là même où la nef est voûtée en berceau brisé, les croisillons le sont en plein cintre. On trouve aussi des voûtes d'arêtes aux croisillons à Chapaizo et à Saint- Vincent-deg-Prés : mais cela est fort rare.

Lorsque le chœur est composé d'une travée droite avant l'abside, cette travée est voûtée par un compartiment d'aretcs ou plus souvent encore par un berceau plein cintre ou brisé. Quand une travée vient s'interposer entre les absidioles et les croisillons, cette travée est généralement voûtée de la même façon que les collatéraux.

Parfois, dans les églises bâties avec un certain luxe, comme à Châteauneuf, à l'abbaye de Cluny, la coupole qui s'élève au-dessus de la croisée est montée de façon à former une véritable lanterne.

Le berceau plein cintre ou brisé, la voûte d'arêtes, la coupole au-dessous des clochers, voilà donc les seuls genres de voûte pratiqués dans cette partie de la Bourgogne à l'époque romane, c'est-à-dire au onzième et au douzième siècle. La voûte sur croisées d'ogives y est totalement inconnue.

Ces voûteâ ont été portées à des hauteurs différentes : il y à

un contraste entre les voûtes surbaissées établies au onzième;

siècle à l'église de Fargcs et à celle de Saint-Vincent-des-

Prés, et les voûtes majestueuses, aussi élevées que celles

des cathédrales gothiques, dont on peut encore admirer uil

exemple au transept de Téglise abbatiale de Cluny. En %

général, les voûtes bourguignonnes sont assez hautes : tantôt la nef s*élève notablement au-dessus des bas-côtés, ce qui permet de Téclairer directement par des fenêtres en plein cintre ; tantôt les bas-côtés montent presque au même niveau que la nef, et cette dernière est réduite à tirer sa lumière des collatéraux.

Parmi les églises à trois nefs dans lesquelles la nef centrale a ses fenêtres propres, nous citerons celles de Ghapaize, Uchizy, Saint-Hippolyte, Ghâteauneuf, l'abbaye de Cluny ; dans la deuxième catégorie nous rangerons les églises de Farges, Saint- Vincent-des-Prés,Iguerande, Saint- Pierre du bourg de Thizy et Sigy-le-Châtel. Nous ferons remarquer qu'à l'église de Ghâteauneuf les collatéraux ont des voûtes très élevées, ce qui a mis l'architecte dans l'obligation de faire à la nef des fenêtres en pénétration dans la voûte.

Les toitures sont généralement posées sur les reins des voûtes ; quand la nef possède des fenêtres, le toit qui la couvre est naturellement distinct de celui des bas-côtés. Quand les collatéraux ont assez de hauteur pour empêcher que la nef soit éclairée directement, une seule toiture à deux rampants couvre les trois nefs.

On peut se demander s'il n'y a pas à tirer de la hauteui* relative des voûtes ou de leur brisure des éléments sérieux pour dater les églises : nous répondons nettement que nous ne le croyons pas. Dès le début du onzième siècle, on a monté des voûtes à une très grande hauteur, témoin l'église Voisine de Saint-Philibert de Tournus : il est vrai que dans cet exemple un artiflce a été employé que Ton n'a guère imité depuis dans les nefs^ L'architecte a imaginé pour élever sans danger les 'murs latéraux en les déchargeant

1. Nous avons dit plus haut que nous ne connaissions qu'un exemple de cette façon de voûter la nef, au Mont-Saint^Vlncent (ch.-l. de c. de l'arrond. de Chalon, Saône-et-Loire).

de la poussée des voûtes, de faire non pas un berceau dans l'axe de l'église, mais une série de berceaux perpendiculaires à l'axe qui se contrebutent les uns les autres et annihilent la poussée. Nous ne savons pourquoi ce système n'a pas rencontré plus d'imitations : ne serait-ce qu'une question d'esthétique, et le goût des architectes bourguignons a-t-il été choqué de la perspective disgracieuse d'une nef ainsi voûtée ? Quoi qu'il en soit, nos ancêtres ont trouvé do bonne heure dans le berceau brisé un moyen d'atténuer les inconvénients de la voûte en berceau plein cintre qui déversait peu à peu les murs et les piles en dehors. VioUetle-Duc dit que le berceau brisé fut adopté dans une partie de la Bourgogne dès le commencement du douzième siècle : nous allons plus loin que lui, et croyons fermement que le onzième siècle l'employait déjà.

Nous saisissons cette occasion pour protester contre la croyance encore si répandue que la meilleure caractéristique de l'architecture romane est le plein cintre : nous ne pouvons mieux faire pour réfuter cette opinion que de citer ce passage de Jules Quicherat ; « Si, remontant le Rhône, » je me transporte dans les limites de l'antique royaume de » Bourgogne, je vois se dérouler depuis Vienne jusqu'au » coude de la Loire et jusqu'aux Vosges, une autre famille » d'églises on ne peut pas plus romanes qui admettent inva- » riablement la brisure à leur voûte et à leurs grandes » arcades intérieures. La somptueuse basilique de Cluny » était le type de ces monuments dont il reste encore des » échantillons à Lyon (Saint-Martin d'Ainay), à Grenoble » (vieilles parties de la cathédrale), à Autun (Saint-Ladre), » à Paray-le-Monial (église du prieuré), à Mâcon (ruines de » Saint- Vincent), à Beaune (Notre-Dame), à Dijon (Saint- » Philibert), à la Charité-sur-Loire, etc., etc. La date de » toutes ces églises se place entre 1070 et 1130. » *

1. J. Quicherat, De l'ogive et de l'archileclure dile ogivale, dans la Revue arckéo" logique, t. VIF, p. 65 et suiv.; réimp. dans le volume de Mélanges, p. 74-85.

Ainsi, dès le onzième siècle, en Bourgogne, la forme du plein cintre a été heureusement modifiée par Temploi très fréquent du cintre brisé. Mais il faudrait se garder de tirer cette conclusion, qu'une église dont les voûtes et les arcs sont en plein cintre est rigoureusement plus ancienne que telle autre où Ton a fait usage du cintre brisé. La première forme est évidemment la plus ancienne, mais elle a été emploype pendant longtemps après que l'autre était déjà fort répandue, et nous ne serions pas embarrassé de citer des édifices où tous les arcs en plein cintre sont d'une construction postérieure d'environ un siècle aux arcs brisés de tel autre (Saint-Laurent-en-Brionnais, première moitié du douzième siècle, plein cintre; Chapaize, première moitié du onzième siècle, cintre brisé). Dans quelques églises, on voit un mélange de plein cintre et de cintre brisé.

Une meilleure indication, quand il s'agit de dater un monument, se tire du doublement des arcs : il est certain que les arcs les plus anciens sont simples, et que ce n'est qu'avec le temps, dans le but d'abord d'ajouter à leur solidité, puis parce qu'on en tirait parti pour l'ornementation, qu'on s'est mis à doubler les arcs et arcades. Dans notre région, il ne faut pas trop compter sur le profil des moulures comme élément de date : il y a tellement d'édifices, du côté de la vallée de la Saône, qui sont totalement dépourvus d'ornementation; et spécialement il ne faut rien attendre du profil des claveaux des grandes arcades, car elles sont toujours, doublées ou non, à arêtes vives. Les grandes arcades de la nef sont en plein cintre, non doublées, à Chapaize, à Iguerande ; elles sont en cintre brisé, non doublées, à Farges, à Saint- Vincent-des- Prés, à Uchizy, au bourg de Thizy; elles sont en cintre brisé, doublées, à Châteauneuf. Les grandes arcades de la croisée du* transept sont doublées plus fréquemment ; il s'agit d'abord de soutenir d'une façon plus efficace la masse du clocher, et puis aussi un arc doublé nécessite des pieds-droits en plus,

et c'est une occasion pour orner l'entrée du chœur avec des colonnes engagées qui jouent un rôle utile dans la construction. Il en est ainsi à Iguerande, à Péronne, à Chânes, à Pierreclos, à Beaujeu, à Châteauneuf, à Vauban, à Ligny, à Saint-Laurent-en-Brionnais. Ailleurs, à Chapaize, à Farges, à Saint- Vincent-des-Prés, à Ameugny, à Blanot, à Donzy-le-Pertuis, à Uchizy, etc., toutes églises appartenant au onzième siècle, les grandes arcades de la croisée ne sont pas doublées.

Venons au plan des piliers. La forme la plus simple, la plus ancienne aussi, est la forme cylindrique, ou, ce qui revient au même, le plan circulaire. Les gros massifs ronds en maçonnerie qui soutiennent la voûte du porche et celle de la nef dans Téglise Saint-Philibert à Toumus, se retrouvent dans plusieurs de nos églises, évidemment inspirées de Saint-Philibert, à Farges, village situé à quelques kilomètres seulement au sud de Toumus, à Chapaize et à Saint- Vincent-des-Prés. On ne trouve cette catégorie de piliers que dans des édifices appartenant à la première moitié du onzième siècle.

Le plan rectangulaire est contemporain du plan circulaire ; nous n'en pouvons citer qu'un exemple, à la croisée de l'église de Farges.

Le plan cruciforme, simple, sans application de pilastres ni de colonnes engagées, est ancien aussi : il se rencontre notamment dans deux édifices de la seconde moitié du onzième siècle, à l'église d'Uchizy et à celle du bourg de Thizy.

On trouve une autre variété dans les piliers élevés sur plan carré, cantonnés sur les quatre faces de colonnes engagées, comme à la nef d'Iguerande, que nous croyons ' Appartenir au dernier quart du onzième siècle ; ou plus souvent, cantonnés sur trois faces par des colonnes et sur la quatrième face par un pilastre. Généralement, le pilastre est tourné vers le collatéral, comme à Charlieu ;

d'autres fois il est tourné vers la nef, et alors il se couvre (le cannelures comme à l'ancienne église abbatiale de Cluny^ Il arrive aussi que le pilier carré a une face libre et n'a de colonnes engagées que sur trois faces; on en voit un exemple à la croisée du transept de Saint-Nicolas de Beaujeu.

Le plan le plus compliqué est celui d'un pilier cruciforme cantonné de colonnes ou de pilastres : on le rencontre à la croisée du transept de Téglise d'Iguerande, à celle de réglise de Châteauneuf, et à celle de Saint-Laurent-en- Brionnais.

Il y a lieu dans l'examen des nefs d'établir au moins deux catégories : les nefs uniques, les nefs flanquées de collatéraux.

Dans les églises à une seule nef sans transept, la largeur de la nef est toujours plus considéral)le que celle de la travée de chœur qui la suit. Lorsqu'il y a un transept, la largeur de la nef est inférieure à la largeur totale au transept; la nef communique avec la croisée du transept par une grande arcade. A l'église Saint-Nicolas de Beaujeu, on a l'exemple d'une seule nef dont la largeur est égale à celle du transept, et qui communique avec lui par trois grandes arcades. La même église présente une autre particularité : t'ontre chacun des montants de la grande arcade qui com-

1. On trouve des pilastres cannelés tournés du côté de la nef à l'église de Semureii-Brionnais et à celle de Paray-le-Monial. placées à peu de distance des limites de l'ancien diocèse de Mâcon. On en remarque aussi à Âutun et à Beaune. Mais il n'est pas exact do dire d'une façon générale, comme l'a fait VioUet-le-Duc, que dans l'archi lecture bourguignonne le pilastre cannelé soit préféré à la colonne engagée. {Dict. d'architecl.f t. H, p. 257.) Le pilastre cannelé aux piliers de la nef ne se rencontre que dans de grandes églises où la décoration a été particulièrement soignée. Dans la majorité des cas, ce sont des colonnes qui cantonnent les piliers, excepté à la face qui regarde le collatéral, où l'architecte a gfinéralement laissé un pilastre nu. Comme le dit VioIlet-le-Duc, le pilastre cannelé n'a guère été employé qu'au douzième siècle; et ce n'est pas aux piliers de la nef que l'on le trouve le plus souvent, mais au chœur des églises, où il sert à supporter 1 a retombée des arcatures qui garni;$sent l'intérieur des absides et servent d'encadrement aux fenêtres.

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munique avec la croisée du transept, vient s'appliquer du côte qui regarde la nef un contrefort destiné à soutenir le clocher placé au-dessus de la croisée ; la saillie de ces contreforts à l'intérieur de la nef est considérable, et par aucun artifice l'architecte n'a cherché à les masquer.

Dans la majeure partie des cas, la nef unique est plafonnée et ne présente pas d'intérêt : on n'y voit que l'ouverture des fenêtres dans le mur de façade ou les murs latéraux et la baie des portes. A l'église de Taizé, qui est voûtée, des arcades amorties par des arcs brisés sont appliquées contre les murs latéraux.

D'ailleurs, lorsqu'elle est voûtée, la nef présente plus d'intérêt, car les doubleaux qui renforcent la voûte nécessitent des montants ; ces montants ou pieds-droits établissent des divisions dans la nef : c'est dans leur intervalle que s'ouvrent les fenêtres : bref, ils constituent des travées. A l'église d'Ameugny ces montants sont de gros pilastres; à l'église de Chissey, ils sont en forme de colonne engagée : de plus, à Chissey, des arcades sont appliquées contre le parement des murs comme à Taizé. Les fenêtres s'ouvrent sous le cintre brisé de ces arcades, tandis qu'à Taizé elles s'ouvrent dans l'axe même des pilastres.

Passons maintenant aux nefs flanquées de collatéraux.

Lorsque la nef n'a pas de fenêtres, comme à Farges ou à Saint-Vincent-des-Prés, il n'y a pas grand chose à en dire : immédiatement au-dessus des grandes arcades s'élève le nu du mur, puis la courbe de la voûte s'accuse, voûte simple et sans divisions comme à Farges, partagée par des doubleaux comme à Saint-Vincent-des-Prés.

L'église de Chapaize nous ofTre un type de nef beaucoup plus curieux : la voûte do la nef est divisée par des doul)leaux qui à leurs impostes retombent sur des colonnes engagées reposant ellcA-mêmes, absolument comme à Saint- Philibert de Tournus, sur le tailloir des gros piliers cylindriques qui soutiennent la retombée des grandes arca-

des^ Dans Taxe de chaque travée, au-dessus de la grande arcade, est percée une petite fenêtre en plein cintre. A Uchizy les doubleaux de la voûte se confondent à leur retombée avec les pilastres rectangulaires des piliers de la nef. Toute ces nefs sont d'ailleurs absolument dénuées d'ornementation.

Au contraire, à Téglise de Châteauneuf 2, située dans le Brionnais, la décoration de la nef est assez riche : des cordons de perles et des bandeaux chargés de petits disques plats courent au-dessus des grandes arcades dans toute la longueur de Tédifice. Mais dans toute retendue du diocèse de Mâcon, Maçonnais et Brionnais, on ne pourrait citer une seule église (sauf l'abbatiale de Cluny), où le mur gouttereau qui règne entre les grandes arcades et les fenêtres de la nef se trouve percé d'un triforium ou même décoré de ce système d'arcatures aveugles que Ton rencontre assez souvent dans les régions voisines, en Bourbonnais à la curieuse église de Châtel-Montagne 3, et plus près encore dans les limites de l'ancien diocèse d'Autun, à Toulon-sur- Arroux * et à Gourdon ^, à la cathédrale même d'Autun, à la charmante église de Semur-en-Brionnais ^ où l'on a affaire à un véritable triforium. A Cluny seulement la grande église abbatiale était ornée de ces arcatures aveugles : on en constate encore l'existence au croisillon méridional du grand transept dans la partie contiguë à la nef.

Nous n'avons que quelques mots à dire des collatéraux. Ils ont généralement une largeur égale à la moitié de celle

1 . Cf. U gravure représentant l'intérieur de la nef de l'église de Chapaize, dans les Eléments d'archéologie nationale^ par Louis BâtUsier, Paris, 1843; in-12, p. 489.

2. Il est bon de faire remarquer que l'église de CliAteauneuf ne doit pas être antérieure à la seconde moitié du douzième siècle.

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