‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 18 sur 120 · Cf. Viollet-le-Duc, au mol Clocher · texte numérisé non relu

Cf. Viollet-le-Duc, au mol Clocher

comme bâtisse et pour les détails de son ornementation, une construction remarquable. Sa masse propre et les dimensions colossales de l'église dont il faisait partie ne lui permettaient pas de prétendre à une grande légèreté d'aspect. Tel qu'il est, il paraît imposant et devait faire bonne figure dans l'ensemble, au milieu des autres tours qui ornaient cette église sans rivale. Ce clocher, comme tous ceux de notre région, devient octogonal dès qu'il émerge des toitures : on n'a pas cherché à utiliser, ainsi que cela a été fait ailleurs, les quatre coins du carré laissés libres par l'octogone : ils sont simplement couverts par une petite toiture à deux pentes. Les tours de Saint- Marcel de Cluny, de Loche et de Clessé nous offrent des types assez élégants : la première, avec sa flèche en maçonnerie élevée au treizième siècle dans de bonnes proportions et bien reliée au corps de la tour; la seconde, d'une silhouette gracieuse, avec ses deux étages de petites baies géminées, toutes semblables et un peu monotones ; celle de Clessé enfin, moins grêle que la précédente, à un seul étage de baies bien encadrées dans une décoration très simple.

Aucun de ces exemples ne nous parait fournir la preuve des assertions de VioUet-le-Duc touchant le couronnement des clochers carrés ou octogonaux de la Bourgogne : ce qu'écrit à ce sujet l'illustre archéologue convient sans doute aux édifices de la basse Bourgogne, mais dans notre région il est inexact « qu'au douzième siècle les tours d'église fussent surmontées de flèches très aiguës », et que

« vers 1150 en Bourgogne l'aiguïté CsicJ des flèches

fût considérée comme le complément nécessaire de tout clocher, gros ou petit*. » Il est vrai que presque au même endroit on lit : « Nous devons avouer à nos lecteurs qu'il

t. Viollet-le-Duc, Dictionnaire d' architecture ^ t. III, p. 383.

règne une grande incertitude sur la forme et les dimensions données aux flèches des clochers pendant le douzième siècle * », et ailleurs : « Dans la Champagne, la Bourgogne, sur les bords de la haute Marne, de la Saône, les clochers centraux restent carrés et se terminent le plus habituellement par des pyramides à base rectangulaire jusqu'au commencement du treizième siècle. Le clocher central de l'église de Châteauneuf (Saône-et-Loire), bâti vers le milieu du douzième siècle, est un exemple de ces sortes de constructions. Il se compose d'un soubassement plein en moellons, avec angles en pierre, posé, suivant Tusage, sur les quatre piliers de la croisée et les quatre arcs-doubleaux; d'un étage percé d'une seule baie sur chaque face; d'un beflroi percé de quatre baies jumelles, et d'une pyramide à base carrée maçonnée en moellons avec quatre lucarnes. »^ Notre avis est que des pyramides de maçonnerie assez peu aiguës ont couvert au douzième siècle, et probablement aussi au onzième, un certain nombre de clochers, bien qu'on soit embarrassé de dater avec quelque certitude du onzième ou même du douzième siècle beaucoup de ces pyramides actuellement existantes; et que les autres clochers reçurent des combles de charpente 3, ou plutôt peutêtre une voûte en forme de coupole portant sur ses reins une toiture en pavillon à quatre pans, très obtuse, faite de ces grandes dalles ou pierres plates du pays appelées laves^ Nous avons déjà cité deux exemples de ce genre de couronnement des clochers, en dehors de nos limites il est vrai, à Saint-Julien près Sennecey-le-Grand, et à Saint- Martin de Laives : nous le croyons dans ces deux cas contemporain du onzième siècle, et nous ne sommes pas

i. ViolleMe-Duc, Dictionnaire, t. III, p. 381.

'2. ViolleMe-Duc, Dictionnaire^ t. Ill, p. 328.

3. c H ne parait pas que l'on ait couvert les clochers avant le treizième siècle, si ce n'est peut-être en Normandie et dans les Flandres, par des combles de char^ pente, i (VioUet-Ie-Duc, Dictionnaire, t. III, p. 344.

éloigné de prétendre que ce moyen devait être assez souvent employé, principalement dans la vallée de la Saône.

Quant aux toitures en bâtière (toits à double égoût et à pignons), nous n'en pouvons fournir dans retendue de Tancien diocèse de Mâcon que deux exemples : à Lys et à Domange, mais nous ne pensons pas qu'on puisse les attribuer à l'époque romane. Il est évident, c'était l'avis de VioUet-le-Duc*, et c'est celui de M. Anthyme Saint-Paul 2, que les toitures en bâtière, d'une construction si simple et si économique, ont dû être employées au onzième siècle et au douzième, quoiqu'on n'ait pas cité encore, à notre connaissance, de spécimen intact certainement contemporain de la période romane. M. de Caumont ne croyait pas la toiture en bâtière antérieure au quatorzième siècle, mais son existence au début du treizième est maintenant prouvée.

L'église Saint-Martin-de-Lixy possède simplement un clocher-arcade qui doit remonter à la première moitié du douzième siècle.

Nous pouvons distinguer parmi les tours carrées que l'on trouve sur le territoire de l'ancien diocèse de Mâcon plusieurs types que nous rangerons en deux grands groupes : dans le premier sont les clochers ornés d'arcatures et de bandes lombardes, appartenant tous au Maçonnais; le deuxième groupe comprend les clochers dépourvus de bandes et d'arcatures.

Les clochers décorés d'arcatures et de bandes se ren-^ contrent tous, nous venons de le dire, dans la partie du diocèse qui dépend de la vallée de la Saône. Nous citerons en premier lieu celui de Chapaize monté sur un plan rectangulaire; les arêtes de ce clocher ne sont pas verticales, mais inclinées comme celles d'un tronc de pyramide très

i. Viollet-le-Dac, Dictionnaire, t. III, p. 399.

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