‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 36 sur 120 · Canton de Thizy, arrondissement de VUlefrancbe (Rh6ne · texte numérisé non relu

Canton de Thizy, arrondissement de VUlefrancbe (Rh6ne

2. Il existait enoore, il y a peu d'années, au village de Saint- Victor (canton de Saint-Symphorien-de-Lay, arrondissement de Roanne, Loire), situé & une courte distance des deux localités de Thizy et du Bourg-de-Thizy, et dépendant également du diocèse de Màcon, une église d'un prieuré de Cluny, dont notre savant confrère, M. G. Tholin, archiviste de Lot-et-Garonne, nous a heureusement laissé la description. Nous croyons utile, pour être aussi complet que possible, de la lui emprunter pour la reproduire ici telle qu'elle a paru dans la Revuê du Lyonitaiêf 3* série, t. IX (janvier-juin 1870), p. 132 et sqq., moins les planches.

c Cette église, qui est d'architecture romane, se trouve sur la limite des deux déparlements de la Loire et du Rhône, & 16 kilomètres nord-ouest de Tarare, et à 17 kilomètres est de Roanne.

• Elle apparaît à l'extérieur comme un grand vaisseau rectangulaire, flanqué sur l'un de ses petits côtés, à l'occident, d'une tour carrée ; sur l'autre, à l'orient, fermé par un mur qui offre une courbe peu sensible au centre, plus accentuée vers les angles. Quelques légers contreforts soutiennent latéralement cette construction haute et massive. La toiture, & angles obtus, est traversée presque au centre par une seconde tour qui la surmonte de deux étages.

• La tour occidentale donne un pronaos & l'église. Cette première travée hors de l'œuvre n'a reçu qu'une voûte basse en berceau. A l'intérieur, les trois nefs étroites, mais assez élevées, sont recouvertes par des berceaux brisés dont les doubleaux pénètrent les murs. Ces voûtes s'épaulent mutuellement, et leurs naissances sont à la même hauteur. La dlfTérencc d'élévation des nefs résulte uniquement de la dlfTérence de rayon des cintres qui est peu de chose. Quatre piliers rectangulaires, ou plutôt des pans de murs, dans le sens de l'axe, portent les arcades, larges, basses, à courbe brisée, qui donnent au corps de l'église trois travées. Deux autres piliers épais en x renversé, forment une clôture qui étrangle les nefs et supportent à la (ois l'arc triomphal surbaissé et des doubleanx énormes qui lui correspondent dans les bas-côtés. Ce sont les deux premiers supports de la tour du sanctuaire.

• Le carré formé par la base de cette tour se limite à l'orient par un arc et par d'antres piliers renforoés presque semblables aux premiers. Un berceau plus élevé que celui de la nef le recouvre. Une travée dont la voûte est plus basse reste encore à franchir. De même que le carré de la tour, elle est bordée par un prolongement des bas-côtés. Les trois nefs ainsi continuées se terminent par des absides longues, un peu surbaissées, voûtées en berceaux et en culs-de-four ovoïdes.

• Telle est cette église, d'une construction primitive, sans étagement, sans transept, où le berceau brisé est seul employé pour les compartiments de voûte barlongs ou carrés. Les fenêtres, ouvertes dans les travées des bas-côtés et les trois portes ont perdu tout caractère par suite d'un remaniement. Les absides qui ne reçoivent la lumière que par deux baies latérales, sont noyées à l'extérieur dans un massif de maçonnerie. D'épaisses murailles s'élèvent sur l'extrados des arcades. Les anciennes clôtures du sanctuaire sont parfaitement délimitées par les divisions

A peu près bien orientée, cette église présente trois nefs voûtées en berceau sur doubleaux en plein cintre ; la voûte de la nef centrale est contrebutée, ainsi que M. Tholin Ta

intérieures. Sous l'arc triomphal se dresse encore une croix, attestant la tradition primitive.

• Aucune ornementation. Deux petits bandeaux, l'un droit, l'autre chanfreiné, plaquent simplement les piliers dans la direction et au point de départ des arcades. Les supports, les arcs n'ont reçu que ce grossier équarissage que l'on donnerait aux rochers dans lesquels on creuserait une crypte souterraine. La nature des matériaux, aussi bien que l'inexpérience des constructeurs de la voûte, explique assez cette nudité. L'église est construite en petits éclats de porphyre rose et de grés bieu&tre, les deux pierres du pays, pierres dures que l'on taille rarement. Des lits de mortiers séparent les assises qui sont en appareil irrégulier. Un crépissage recouvre une partie des murailles à IMntérieur comme à l'extérieur.

» Ce mode de construction employé de nos jours encore dans le pays, est assez bon pour les murs, mais il ne donne des supports isolés qu'au prix d'une grande épaisseur. Il peut convenir à la voûte simple en berceau ; il se prêterait difficilement à l'exécution des voûtes d'arêtes.

1 Le plan de Saint-Victor e^t celui de la basilique dégénérée qu'on retrouve dans quelques églises lyonnaises du onzième siècle; je citerai l'église bien connue d'Alnay, & Lyon, et celle de Saint-Rambert-sur-Loire, églises sans contreforts, qui n'étaient point destinées à être voûtées. A Saint-Rambert, des arcs-boutants ajoutés postérieurement ont permis de couvrir les trois nefs avec des berceaux presque d'égale hauteur, mais sans doubleaux.

1 L'église romane de Saint-Romain-le-Puy (7 kilomètres sud de Montbrison), qui a une nef et trois absides, église fort belle de composition, offre également quelques analogies singulières avec Téglise de Saint-Victor. Toutes les voûtes sont de même en berceau. Celle du carré de la tour est surhaussée et la direction de ce petit berceau est perpendiculaire à l'axe de l'édifice. Les trois absides ne s'arrondissent pas à l'extérieur : comme à Saint-Victor, elles sont engagées dans une même maçonnerie.

1 On monte à la toiture de Saint-Victor par la tour occidentale qui possède un deuxième étage voûté en berceau. Les fermes du comble actuel reposent sur des murs très surhaussés, ce qui forme au-dessus des voûtes une vaste salle percée de meurtrières. Des chroniques du seizième siècle nous apprennent que là s'étaient réfugiés les habitants de la paroisse pendant les guerres de religion. On voit encore dans ce donjon improvisé les restes d'un four à cuire le pain. Un acte de la fin du dix-septième siècle constate qu'à cette époque on fit démolir par un charpentier du pays la galerie extérieure en bois qui s'étendait sous la toiture tout autour de l'église.

1 L'appareil des murs surélevés trahit à peine l'addition du seizième siècle ; mais le mortier qui les cimente est plus friable que celui des murs de l'église et des deux tours. La tour du sanctuaire devait être dégagée de l'ancienne toiture. Elle a trois étages qui offrent sur chaque face : le premier une arcade haute géminée sur pilier; le second une arcade géminée sur colonne; le troisième une fenêtre large. Toutes ues ouvertures sont en plein cintre. Les colonnes du deuxième étage (il n'en reste plus que trois), sont remarquables par leurs décorations et leurs moulures. La plinthe se compose de deux bandeaux, dont l'un taluté, et de trois tores séparés par deux gorges. Le fût formé de deux pierres posées en délit, est proportionnelle < ment court. L'astragale est un large tore. Le chapiteau se décompose en deux

justement remarqué ' , par les voûtes en berceau des bascôtés, très élevées elles-mêmes, et dont l'imposte se trouve au même niveau que Timposte de la grande voûte; les piliers de la nef sont cruciformes de façon à fournir des pieds-droits aux retombées des doubleaux; les doubleaux des bas-côtés sont supportés d'un côté par une saillie du pilier et de Tautre viennent s'engager dans le mur du collatéral. La nef se compose de quatre travées; les grandes arcades sont en cintre légèrement brisé, non doublées. La nef n'ayant pas de fenêtres propres tire sa lumière des fenêtres des collatéraux.

La nef est suivie par un transept faisant à l'extérieur une saillie assez accentuée : le clocher principal s'élève audessus de la croisée du transept qui est voûtée en berceau dirigé dans le même sens que l'axe de la nef; les croisillons sont également voûtés en berceau à peine brisé dont la

parties de même hauteur, une portion de sphère et un cube. La tphère est décorée de triangles en relief et de tores disposés en festons. I^e cube est orné de gravures, la plupart à arêtes vives, les unes légèrement tracées à la pointe, les autres profondément creusées.

» I..6S dessins d'une composition barbare dérivent du cercle et du triangle. Plusieurs sont en courbe irrégulière. Des zigzags semblent reproduire une image I spicatum opus f . Des tores perpendiculaires s'arrondissent sur les angles. Le tailloir offre un bandeau chanfreiné, séparé par un onglet d'un autre bandeau simple. L'ensemble du chapiteau donne en hauteur plus des trois quarts du fût de la colonne.

• Un procédé naïf s'applique aux bandeaux biseautés de la base et du tailloir. On a gravé sur leurs profils, comme une sorte de congé, des courbes en quart de rond.

• I^s bandeaux qui surplombent les pieds-droits des arcades offrent les mêmes procédés et les mêmes moulures. L'un porte un tore en saillie sur le bandeau chanfreiné.

1 Toutes les pierres régulièrement appareillées des arcades sont en calcaire jaune du Beaujolais. Je regrette de n'avoir point pu consulter par moi-même les quelques documents historiques qui auraient complété ces notes de voyage. Saint- Victor était le siège d'un prieuré dépendant de Cluny, prieuré qui aurait été fondé antérieurement au onzième siècle. Toutefois les contreforts, les voûtes, la brisure des courbes, sont des indications qui ne semblent point permettre de faire remonter la construction de l'église au-delà de l'an 1000. On pourrait, je pense, l'attribuer à la deuxième moitié du onzième siècle.

> Ce vieux monument doit très prochainement faire place à une église neuve t

1. G. Tholin, Élude» sur l'architecture religieuêe de VAgennis du dixième au seizième siècle, Agen et Paris, 1874, in>8*, p. 168, en note.

direction est perpendiculaire à l'axe de la nef. Les arcades de la croisée du transept sont en cintre légèrement brisé. Le mur de fond du croisillon nord est percé par deux étages de fenêtres amorties en plein cintre : deux au premier étage et une au deuxième. Le mur de fond du croisillon sud est percé de deux oculus à ébrasement oblique : au même croisillon une petite fenêtre est ouverte dans le mur occidental.

A Torient de la croisée du transept s'ouvre la grande abside formée d'une partie droite terminée par un hémicycle ; ce dernier est voûté en cul-de-four, et la partie droite en berceau ; une absidiole en hémicycle, voûtée en cul-defour, est ouverte dans le mur oriental de chaque croisillon.

Au-dessus de l'arc triomphal, sous la voûte de la croisée, on remarque une fenêtre en plein cintre, doublée; une autre fenêtre, placée en face de la précédente, prend son jour au-dessus de la voûte et de la toiture de la nef. De petites fenêtres en plein cintre, étroites, et fortement ébrasées, sont percées au-dessus de l'arcade des absidioles. Les fenêtres des collatéraux ont été refaites et élargies. Il y a dans l'absidiole sud une fenêtre ancienne, et trois dans l'abside.

L'ornementation intérieure est à peu près nulle : on n'y remarque que des tailloirs d'un profil très simple, composé d'un bandeau et d'un quart de rond.

La toiture est placée, comme d'habitude, directement sur les reins des voûtes. L'abside principale présente à l'extérieur une particularité unique dans les églises de l'ancien diocèse de Mâcon : ronde à l'intérieur, elle est carrée en dehors.

Devant la façade occidentale de l'église est construite une tour carrée dont le rez-de-chaussée voûté en berceau légèrement brisé dans l'axe de l'édifice sert de porche. Cette construction est contemporaine du reste de l'édifice.

Bien que Ton remarque à la voûte principale quelques fissures sans grande importance, Téglise du Bourg-de-Thizy, solidement bâtie, dont les murs ont une épaisseur d'un mètre, présente de grandes analogies surtout avec Téglise de Saint- Victor, sa voisine ; son plan offre aussi une certaine ressemblance avec celui d'Uchizy. Intéressante par la construction de ses voûtes et la présence d'un porche et de deux clochers, elle se distingue aussi par la forme extérieure de son abside principale ; quant à lui assigner une date, nous sommes pleinement d'accord avec M. Tholin pour la faire remonter au onzième siècle, mais probablement à la deuxième moitié du onzième siècle. *

t. Noas donnons ici, pour compléter notre deeoription, celle dont M. ThoUn a fait suiTre M notice sur Saint-Victor. {Revue du Lyonnaiê, $* série, t. IX, p. 136 et sqq.)

c J*al donné dans son intégrité le mémoire sur Saint-Victor qui a été lu au Congrès des Sociétés savantes tenu à ia Sorbonne en 1869. Depuis la rédaction de ce mémoire, une nouTclle exploration archéologique m'a révélé dans l'église romane du Bonrg-de-Thlzj de grandes analogies de plan, de construction et de style avec l'église de Saint-Victor, sa voisine. Tout en évitant de faire en double une description qui se répéterait, je tiens à préciser en quelques mots le caractère d'un monument que nous devons, comme l'autre, aux Clnnisiens. On déduira plus facilement de deux exemples des notions sur rarchitecture monastique dans nos pays à l'époque romane.

1 L'église de Thizy est & trois nefs et sans étagement. L'appareil en pierres non tailléei^, l'emploi exclusif de la voûte en berceau soutenu par de larges doubleaux, le nombre total des travées des nefs, et la relation de leurs mesures, la tour carrée placée à l'entrée de l'église, sont autant de points de ressemblance & établir dans un parallèle. Un transept ajouté latéralement & la dernière travée des nefs, et surmonté au centre de la tour du sanctuaire; le dégagement extérieur des absides, dont la principale est carrée en dehors, semi-circulaire à l'intérieur ; la section des piliers disposés en croix et donnant ainsi des dosserets aux doubleaux ; l'emploi (le la oourbe'plein cintre préférablement & la courbe brisée : telles sont les difTérences principales de l'église de Thizy avec celle que j'ai précédemment décrite.

• T^equel de ces deux monuments est le plus ancien ? J'incline à croire que celui de Saint-Victor est antérieur de quelques années. Il est vrai que l'architecte de Thizy a préféré le plein cintre pour les voûtes, mais il brise toujours les archivoltes, il allégit les piliers et les partage en dosserets, il maintient dans la ligne droi'e l'axe de l'église et les supports, il dégage les absides & l'extérieur, il ajoute un transept, 11 applique le contrefort & toutes les travées. Son œuvre, plus complète, mieux ralsonnée, est aussi plus solide, et si quelques lézardes sillonnent la grande voûte, il faut l'attribuer sans doute au poids de quelques pierres énormes qui y ont été suspendues avec une étonnante hardiesse. D'ailleurs ces lézardes séculaires n'ont pas été une cause de ruine : l'appui des voûtes des bas-côtés a neutralisé les poussées centrales, et les piliers sont dans leur aplomb. L'église est

EGLISE D'UCHIZY

Uchizy * est un village appartenant au canton de Toumus, situé à peu de distance de la Saône ; il est d'origine fort ancienne, et fut donné, en 878, à Tabbaye de Saint-Phili-

en somme admirablement conservée, et nulle restauration maladroite, nulle addi- ' tien ne lui a enlevé son caractère. I^ porte n'est pas ancienne, mais une partie des fenêtres romanes étroites existent encore. Le système de la toiture primitive a été conservé. Il n'y a pas de fermes de comble et les arbalétriers portent simplement sur l'extrados des voûtes ; ainsi les deux tours carrées gardent leurs proportions relatives.

1 La tour du sanctuaire est particulièrement remarquable. Elle a trois étages offrant sur chaque côté, les deux premiers une arcade géminée, et le troisième deux arcades également géminées. La division de ces arcades est établie par deux colonnettes trapues, isolées Tune de l'autre. Tandis qu'à Saint-Victor l'œuvre du sculpteur se limite à trois chapiteaux, ici nous en comptons en tout 32 de celte même forme cubique, revêtus de gravures les plus variées. La plume ne peut suppléer au crayon pour les faire connaître. Les ornements linéaires dominent; cependant, sur la partie demi-circulaire quelques feuilles se profilent, et sur les bandeaux plats du cube des lignes creuses dessinent grossièrement des animaux dont il serait difficile de déterminer l'espèce. Une seule figure humaine ressort au milieu de ces essais d'un art primitif. Dans les sujets historiés le sculpteur roman n'est guère plus habile que ces premiers barbares qui, à l'aide du silex, s'essayaient à tailler des figures sur leurs armes en bois de renne. II est singulier que sur les mêmes pierres où le graveur a tracé d'informes ébauches d'animaux, les dessins géométriques soient parfaitement exécutés. Ce seul fait peut nous expliquer que l'architecture ait été en avant sur la sculpture à l'époque romane.

» Je ne suis pas le premier à signaler l'église du Boui^-de-Thizy : il y a longtemps que M*** de la Rochelte {Voyage dans le haut Beaujolais^ p. 4b), lui a consacré quelques lignes qui ne peuvent passer pour une description, mais dont la conclusion attribuant cette église au onzième siècle, me parait fort juste.

f Le même auteur cite la tradition curieuse du pays, tradition que j'ai pu reconnaître également, d'après laquelle la grande voûte aurait été construite par des fées. Tout le monde sait que bon nombre de monuments du moyen &ge, les plus beaux ou les plus dtfllciles à exécuter, sont attribués aux démons ou aux fées. L'église de Thizy a donc aussi frappé l'esprit du peuple, elle a donc autrefois passé pour une merveille. Il n'y a point là de quoi s'étonner si l'on considère que nos voûtes romanes furent une des plu» grandes innovations en architecture. C'est pour ce motif que bon nombre de nos églises du onzième siècle offrent un véritable intérêt scientifique. Si elles méritent d'occuper une place importante dans l'histoire de l'art, n'y a-t-il point là de quoi leur faire pardonner tout ce qui leur manque au point de vue esthétique >

i. Arrondissement de Màoon (Saône-et-Loire).

bert de Toumus par le roi Louis le Bègue K Dès lors Téglise d'Uchizy, placée sous le vocable de saint Pierre, fut à la collation de Tabbé de Toumus 2 ; elle relevait de Tévêché de Mâcon et était comprise dans la circonscription de Tarchiprêtré de Vérizet^. Nous n'avons pas de mention très ancienne de Téglise, mais dans une charte d\x Cartulaire de Saint' Vincent de Mâcon, rédigée dans la deuxième moitié du douzième siècle, nous voyons intervenir un prieur d'Uchizy *. Nous sommes donc réduit, pour assigner une date à la construction de Téglise, à nous en rapporter aux seules données fournies par Texamen archéologique.

C'est un édifice à trois nefs suivies d'un transept faisant saillie à l'extérieur ; à l'orient de la croisée s'ouvre le chœur composé d'une travée droite voûtée en berceau, suivie d'une abside en hémicycle ; dans le mur oriental de chacun des deux croisillons s'ouvre une absidiole en hémicycle. Ce plan a beaucoup de ressemblance avec celui de l'église de Saint-Hippolyte ; il indique cependant une structure plus puissante, et probablement une ancienneté plus grande. Nous croyons en effet que l'église d'Uchizy appartient au dernier quart du onzième siècle, tandis que celle de Saint- Hippolyte, plus jeune de vingt ou trente ans, peut remonter aussi bien aux premières années du douzième siècle qu'aux dernières du onzième.

Les trois nefs sont voûtées, la nef principale en berceau brisé renforcé par des doubleaux en cintre brisé qui partagent la nef en quatre travées ; dans l'axe de chaque travée la nef est éclairée par des fenêtres en plein cintre, ébrasées

1. ChifOet, Histoire de rabbaye royale et de la ville de Tournua, p. 231, Dijon, 1664, ln-4*. — Pierre Juénin, Nouvelle Histoire de rabbaye de Saint-Philibert et de la ville de Toumus, p. 102, Dijon, 1733, ia-4*.

2. Pouillé du quatorzième siècle, publié par U. Chevalier : t Abbas Trenorehieasis pro domlbus suis Huchiaci. i

3. Fouillé du seizième siècle,pub\ié par Aug. Bernard à la suite des Cartulaires de Savigny et d*Ainay.

4. Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, publié par Ragut, ch. 6':;5.

à l'extérieur et à Tintérieur, et ouverte au-dessus de la toiture des collatéraux. Ces derniers sont voûtés par des compartiments d'arêtes séparés par des doubleaux en cintre brisé. Dans l'axe de chaque travée de collatéral est percée une fenêtre en plein cintre ébrasée à l'extérieur et à l'intérieur et d'une ouverture assez grande.

Les grandes arcades de la nef sont en cintre brisé, et ne sont pas doublées ; elles sont soutenues à leurs retombées par des piliers cruciformes d'une section assez considérable. Des pilastres appliqués contre le mur de façade supportent les retombées occidentales des grandes arcades de la première travée de la nef ; des pilastres appliqués contre les murs des collatéraux supportent les retombées extérieures des doubleaux qui séparent les compartiments de voûtes des bas-côtés. Le mur occidental de la nef qui sert habituellement de façade n'est percé par aucune ouverture, car il est mitoyen avec la maison d'école qui occupe probablement la place des constructions de Tancion prieuré ; il est en tout cas certain que la nef ne s'est jamais étendue au-delà de ce mur. Nous pouvons d'ailleurs citer un autre exemple de cette disposition : on la retrouve à l'église de Blanot.

C'est un véritable mur qui termine la nef du côté du transept; il est percé d'une grande arcade en plein cintre dans Taxe de la nef, et deux arcades également en plein cintre font communiquer les collatéraux avec les croisillons.

Le transept est composé d'une croisée sur plan rectangulaire aux quatre angles de laquelle s'élèvent de puissants piliers qui supportent la masse du clocher; la croisée est voûtée en berceau comme à l'église de Farges, à celle de la Vineuse, à celle de Massy et à celle de Chidde, et en berceau plein cintre comme à celle de Massy.

La croisée communique avec les croisillons par de très puissantes arcades en plein cintre ; les croisillons sont

voûtés en berceaux plein cintre perpendiculaires à Taxe de Téglise; le mur de fond de chaque croisillon est percé d'une fenêtre refaite au quinzième siècle ; la fenêtre primitive, étroite, en plein cintre, se voit encore très bien à l'extérieur, au croisillon septentrional. Des absidioles voûtées en cul-de-four s'ouvrent sur le mur oriental des croisillons ; elles ne sont pas placées dans Taxe des collatéraux ; elles sont éclairées chacune par une très petite fenêtre en plein cintre, très étroite, ayant tout son ébrasement à l'intérieur.

Si nous rentrons dans la croisée du transept pour nous diriger vers le chœur, nous passons sous l'arc triomphal amorti en plein cintre ; nous nous trouvons alors dans une travée de chœur voûtée en berceau brise, éclairée de chaque côté par une fenêtre en plein cintre, remaniée et agrandie; c'est sous un léger décrochement qu'aboutit la voûte en cul-de-four brisé de l'abside. L'abside est établie sur un plan demi-circulaire; elle est éclairée par trois fenêtres en plein cintre d'assez large ouverture, ébrasées à l'intérieur comme à l'extérieur.

Après avoir constaté que la voûte de la nef est sensiblement plus élevée que celle de la croisée du transept et celle du chœur, il nous reste à signaler les deux portes qui donnent accès dans l'église, l'une placée dans la quatrième travée du collatéral méridional, l'autre dans la troisième travée du collatéral nord. L'épaisseur des murs est considérable : nous avons mesuré 1 mètre à l'abside et 1"16 au mur du collatéral nord.

Avant de quitter l'intérieur de l'église, remarquons encore (cela est frappant quand on considère le plan) la puissance des piles qui supportent le clocher. A l'est et à l'ouest, les grandes arcades qui donnent entrée sous le clocher sont doublées d'un côté dans le but d'ajouter à leur force de résistance. Les dimensions générales de l'église prises à l'intérieur sont les suivantes :

Longueur totale : 30"*70. — Largeur totale : 12^16. — Largeur de la nef : 6"15. — Largeur du collatéral : 2"90.

En examinant l'extérieur, nous constatons d'abord que l'église est construite en moellons de très petit échantillon, bien appareillés et très régulièrement disposés.

Nous n'avons pas à considérer la façade et nous arrivons tout de suite à l'élévation latérale, celle du nord par exemple. Nous pouvons la diviser horizontalement en quatre parties : 1® le mur du collatéral ; 2** le toit du collatéral; 3"* le mur de la nef; 4"* le toit de la nef.

Le mur du collatéral marque par l'alternance des fenêtres et des contreforts les divisions intérieures de l'église; les contreforts ont 0"20 de saillie sur une largeur de 0™56. Ils s'élèvent d'un seul jet et sont amortis avant d'arriver sous la toiture par un glacis; les fenêtres présentent une assez grande ouverture, mais ce ne sont pas les fenêtres primitives. Au niveau de la troisième travée, entre deux contreforts, s'ouvre une porte romane ornée : elle se compose de la baie de la porte qui est en plein cintre ; cette baie est doublée, et l'archivolte extérieure dont l'arête a été abattue pour former un chanfrein, est décorée sur ce chanfrein d'une ligne d'oves posés à plat dans le sens de leur longueur. Cette décoration est analogue à celle que nous avons observée sur les tailloirs des colonnettes du clocher de l'église de la Vineuse. A l'imposte de cette archivolte est un tailloir très simple composé d'un méplat et d'un chanfrein. Au-dessus de la porte est une série de modillons fort simples supportant un cordon de pierres qui réunissent les deux contreforts servant d'encadrement à l'ensemble de la porte. La partie supérieure de ce cordon de pierres est préservée de la pluie par une petite toiture en appentis très peu saillante, formée de tuiles plates.

Le toit du collatéral apparaît au-dessus du mur sans l'intermédiaire d'une corniche. Il est posé en appentis directement sur les reins de la voûte.

Au-dessus de ce toit en tuiles, apparaît le mur de la nef accompagné lui aussi de ses contreforts, dans l'intervalle desquels s'ouvrent les fenêtres anciennes, ébrasées à l'extérieur comme à l'intérieur. Elles ont environ 0'"30 d'ouverture au vitrage; il est visible sur le mur de la nef au côté nord qu'à une époque postérieure on tenta d'en faire d'autres, plus grandes et placées au-dessus des baies primitives; mais on dut reculer devant le danger qu il y avait à faire un ébrasement en pénétration dans la voûte. Une bande de maçonnerie qui tient lieu de corniche longe le mur à la partie supérieure, au-dessus du glacis des contreforts. Il n'y a plus ensuite que le toit de la nef posé directement sur les reins de la voûte.

L'élévation latérale se continue par le mur terminé en pignon qui clôt les croisillons du transept. Sur ce mur on a percé au quinzième siècle une fenêtre au dessous et en remplacement de l'ancienne baie en plein cintre dont on voit encore parfaitement la forme dans le mur ; en haut et presque à la pointe du pignon est un ornement en zigzag formé par des carreaux posés obliquement et se contrebutant les uns les autres; cet ornement se voit aussi à Saint-Philibert de Toumus, à l'église de Blanot, à celle de Farges, à l'église de Massy, etc. ; on le rencontre surtout dans les monuments du onzième sipcle.

En contournant le croisillon du côté de l'abside, on trouve l'absidiole ronde éclairée au fond par une très étroite fenêtre en plein cintre, sans ébrasement extérieur; le cintre de cette fenêtre est formé d'une seule pierre taillée. L'absidiole n'a pas de contreforts, non plus que le transept. On longe ensuite le mur de la travée de chœur; on y remarque une fenêtre en plein cintre remaniée. Un contrefort à deux ressauts garnis chacun d'un glacis, sépare, en faisant une saillie assez forte, le mur de la partie droite du chœur du mur de l'abside. L'abside est éclairée par trois grandes fenêtres en plein cintre, séparées par des contreforts en

forme de bandes appliquées contre le mur et montant jusque sous la toiture. La toiture de Tabside, comme celle des absidioles est posée directement sur les reins de la voûte ; elle est en laves comme celle des absidioles, des croisillons et du clocher.

Le clocher s'élève au-dessus de la croisée du transept ; construit sur plan carré, il présente à Texamen quatre faces décorées d'une façon analogue, sauf à l'étage inférieur. Nous décrirons la face septentrionale, qui ne diffère pas sensiblement de la face orientale dont nous avons dessiné l'élévation.

Le clocher que nous avons vu si puissamment soutenu à l'intérieur monte à une assez grande hauteur : il est divisé horizontalement en cinq étages. L'étage inférieur ou soubassement est orné de cinq longues bandes verticales qui se rejoignent en haut par quatre arcatures en plein cintre ; un petit cordon de pierres sépare cet étage de celui qui est placé au dessus. Le second étage est percé d'une baie unique amortie en plein cintre, sans ébrasement. Le troisième étage est séparé du second par un cordon de pierres qui forme l'appui de deux fenêtres géminées, séparées Tune de l'autre par un étroit massif de maçonnerie. Chacune de ces fenêtres est partagée en deux parties par une colonnette dont le fût, plus ou moins grossièrement arrondi, est orné de torsades ou d'autres motifs de décoration; cette colonnette supporte, par l'intermédiaire d'un gros tailloir, la retombée commune des deux archivoltes en plein cintre. Le troisième étage n'est séparé du quatrième que par deux lignes superposées de zigzags. Le quatrième étage présente deux longues baies en plein cintre, placées à peu de distance l'une de l'autre, mais non réunies sous un arc de décharge commun. Au dessus est une petite bande ou corniche de pierres. Primitivement le clocher s'arrêtait là, La construction du cinquième étage est visiblement différente de celle du reste de l'édifice ; les moellons y sont d'un bien

plus gros échantillon. Les deux baies qui éclairent cet étage supérieur sont carrées, assez éloignées Tune de l'autre; elles n'ont pas de linteau ; la corniche qui supporte la base du toit leur en tient lieu. Il ne serait pas étonnant que, le village d'Uchizy ayant été à plusieurs époques attaqué et mis au pillage, fortifié d'ailleurs au temps de la Ligue, les habitants aient cru devoir installer un chemin de ronde audessus du collatéral méridional et établir au sommet du clocher, après avoir élevé ce dernier d'un étage, un guet ; cela a été fait à Blanot, à Sologny et à Varennes- TArconce^ Cela est d'autant plus vraisemblable que par sa situation et par sa hauteur, le clocher domine le pays à une très grande distance. Au-dessus de cet étage est une petite corniche sur laquelle vient reposer la toiture très courte d'une pyramide à quatre pans. Il est bon de remarquer que tous les étages de la tour d'Uchizy sont établis un peu en retrait les uns au-dessus des autres.

En réunissant les différents caractères que nous avons signalés, voûte en berceau au-dessus de la croisée du transept, grandes arcades du transept et du chœur en plein cintre, épaisseur considérable des divers membres d'architecture à cet endroit, berceau plein cintre au-dessus des croisillons, grande étroitesse des fenêtres, principalement aux absidioles, dont l'ébrasement est tout intérieur, plan cruciforme des piliers, très grande simplicité de décoration, présence d'ornements en zigzags au pignon des croisillons et dans les murs du clocher, nous sommes amenés à admettre que l'église d'Uchizy a dû être construite dans le dernier quart du onzième siècle, vers le milieu du règne de Philippe I".

1. CaaloD de Semur-en-Brionnais, arrondissement de CharoUes (S.-et-L.).

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EGLISE D'IGUERANDE

Iguerande^, situé près de la rive droite de la Loire, était du bailliage et de la recette de Semur-en-Brionnais, du diocèse de Mâcon et de l'archiprêtré de Beaujeu^, de la baronnie de Semur 3. Cette paroisse était sous le patronage de la prieure de Marcigny, qui était dame du clocher depuis réchange qu'elle en fit, en 1088, avec saint Hugues, abbé de Cluny, contre la seigneurie de Berzé-la- Ville *. L'église paroissiale actuelle, sous le vocable de saint André, est située sur une hauteur assez escarpée, d'où elle domine le cours de la Loire; elle appartenait à des moines de Tordre de Saint-Benoit. Au bas du village est le château occupé autrefois par ces religieux : on le nomme encore le Prieuré.

La seule mention ancienne que nous ayons trouvée de Téglise d'Iguerande date du début du onzième siècle. ^

Le plan de Saint- André d'Iguerande est celui d'une église à trois nefs interrompues par un transept faisant saillie à l'extérieur. La nef et les collatéraux se prolongent au-delà du transept pour constituer le chœur, et se terminent : la nef centrale par une abside en hémicycle, les nefs collatérales par des absidioles. Le clocher s'élève au-dessus de la croisée du transept.

La nef centrale est voûtée en berceau plein cintre renforcé par des arcs doubleaux également en plein cintre, doublés.

1. Canton de Semur-en-B donnais, arrondissement de Charolles (S.-et*L.).

2. Pouillé du quatorzième êiècle, — PouiUé du seizième siècle.

3. Ragut, Staiislique du département de Saône'et'Loirey M&con, 1838, 2 vol. ln-4% t. Il, p. 185.

4. Courtépée, Description du duché de Bourgogne, V édit., Dijon, 1848,' 4 vol. In^% t. III, p. 116.

5. Cartuiatre C de l'abbaye de ClunVf fol. 24, col. 2. (Blbl. nat. 2262, fonds latin des nouvelles acquisitions.)

La nef communique avec les collatéraux par de grandes arcades en plein cintre.

Les collatéraux sont voûtés par des compartiments d'arêtes, séparés par des arcs doubleaux en plein cintre.

L'aspect de cette église, à Tintérieur aussi bien qu'à l'extérieur, est singulièrement massif et trapu; la nef centrale dont la voûte n'est guère plus élevée que celle des collatéraux, ne peut point pour cette raison avoir de fenêtres propres; elle reçoit la lumière par les bas-côtés dont le mur à chaque travée est percé, dans Taxe des grandes arcades, d'une baie en plein cintre, ébrasée à l'intérieur et à l'extérieur. La nef est éclairée encore par une grande fenêtre en plein cintre, percée au-dessus de la porte dans le mur de façade.

La nef est divisée en trois travées par deux rangées de piliers sur plan carré dont chaque face est cantonnée d'une colonne engagée. Des pilastres rectangulaires appliqués contre le mur des bas-côtés reçoivent les retombées extérieures des doubleaux des collatéraux. Les colonnes engagées dans la face des piliers tournée vers la nef sont munies de chapiteaux et de bases qui nous semblent appartenir à la fin du onzième siècle plutôt qu'au douzième. Une porte percée dans la troisième travée du collatéral nord donne accès de l'extérieur dans Tintérieur de l'église.

La nef communique avec la croisée du transept par une grande arcade en plein cintre, doublée. Les collatéraux communiquent avec les croisillons par des arcades en plein cintre, non doublées. Les quatre piliers de la croisée ont Un plan différent de celui des autres piliers.

La croisée du transept est voûtée par une belle coupole octogonale sur trompes en cul-dd-four. La croisée communique avec chaque croisillon par une grande arcade eil plein cintre, doublée. Les croisillons sont voûtés en berceau plein cintre, dans une direction perpendiculaire à l'axe dé l'église i Ils sont éclairés dans leur mur de fond par une

fenêtre en plein cintre, ébrasée au dehors et au dedans ; ils communiquent avec les travées collatérales du chœur précédant les absidioles par des arcades en plein cintre.

La croisée du transept communique avec la travée précédant l'abside par une grande arcade en plein cintre, doublée ; cette travée est voûtée en berceau et communique avec Tabside par une arcade en plein cintre, et avec les travées collatérales par des arcades en plein cintre, doublées. Ces travées sont également voûtées en berceau, tandis que les travées collatérales de la nef ont reçu des compartiments d'arêtes; elles sont éclairées chacune par une fenêtre en plein cintre ; les absidioles qui ouvrent sur elles sont en hémicycle et voûtées en cul-dc-four; la lumière leur arrive par une seule fenêtre en plein cintre.

L'abside centrale, en hémicycle, est voûtée en cul-defour plein cintre ; elle est éclairée par trois larges fenêtres en plein cintre, ébrasées, et dont l'ouverture a dû être agrandie.

En revenant sur nos pas, nous remarquons, ainsi que nous l'avons déjà constaté, que le plan des quatre piliers de la croisée du transept est différent de celui des piliers de la nef; à la nef le plan était carré; au transept, il est cruciforme. Les deux piliers qui sont communs à la croisée et à la nef sont sur plan cruciforme comme les deux autres ; comme eux ils ont deux Colonnes engagées, mais pas sur les mêmes faces. Pour les deux premiers, les colonnes engagées sont sur la face tournée vers l'axe de la nef et sur la face orientale ; pour les deux autres, c'est leur face orientale et leur face occidentale qui reçoit cette addition.

Sortons maintenant de l'église et examinons l'extérieur en commençant par la façade. Le peu- de différence qu'il y a entre la hauteur de la voûte principale et celle des voûtes collatérales est cause qu'une seule toiture à deux rampants, posée directement sur les reins des trois voûtes, les recouvre facilement sans être pour cela bien inclinée,

et que le mur de façade accuse avec peu d'évidence les dispositions intérieures de Tédifice. Cependant, le mur qui ferme la nef principale est légèrement on saillie sur celui qui ferme les collatéraux. Cette partie centrale de la façade, terminée à sa partie supérieure en forme de pignon, est limitée à droite et à gauche par deux contreforts qui ne s'élèvent pas très haut et se terminent par un glacis à une seule pente. Au centre de cette façade est percée une grande porte en plein cintre ayant son seuil presque au niveau du sol. La baie proprement dite est rectangulaire ; elle est amortie par un linteau qui supporte un tympan appareillé. Les pieds-droits qui portent le linteau sont des demi-colonnes de diamètre assez fort, engagées dans les montants de la porte (comme à la porte de la façade de Ghâteauneuf) ; ces colonnes sont munies de bases et de chapiteaux à sculpture plate qui nous paraissent bien pouvoir remonter au onzième siècle. Une archivolte en plein cintre encadre le tympan de la baie ; ses sommiers reposent sur des colonnes munies de bases, de chapiteaux et de tailloirs sculptés ; un cordon sculpté de la même façon que les tailloirs rejoint ces derniers l'un à Fautro en accompagnant dans sa longueur le linteau de la porte. Les motifs qui décorent les chapiteaux sont empruntés au règne végétal ; les bases sont assez caractéristiques ; la sculpture est plutôt en creux qu'en relief.

Un cordon sculpté suit horizontalement la partie de la façade qui correspond à la nef principale et se recourbe pour encadrer Tarchivolte, faisant ainsi communiquer Tun avec l'autre les deux contreforts de la façade.

Au-dessus de cette porte est une assez longue baie en plein cintre profondément ébrasée.

La partie du mur de façade qui ferme l'ouverture des collatéraux ne présente absolument aucune particularité : elle est limitée à droite et à gauche par deux contreforts.

Après avoir contourné au midi l'angle de la façade, étayé

par deux puissants contreforts, jetons les yeux sur Télévation latérale qui ne présente que la muraille des bas-côtés, puisqu'une seule toiture couvre la nef et les collatéraux. Cette muraille présente l'ouverture de trois fenêtres en plein cintre qui ont probablement été agrandies ; entre ces fenêtres sont d'énormes contreforts (du côté méridional) qui donnent à ce côté un singulier aspect de lourdeur et de solidité. Ces contreforts n'étaient pas primitivement d'une section aussi considérable, nullement nécessaire d'ailleurs au maintien de la construction; le renforcement a été opéré, en même temps qu'on talutait le pied du mur jusqu'à une certaine hauteur, par mesure de précaution, au commencement de ce siècle, parce que dans le cimetière qui entoure l'église, on avait creusé jusqu'au pied du mur du collatéral des fosses profondes, et qu'on avait fini par redouter un effondrement. Ces énormes contreforts sont inclinés en forme de talus.

Au-dessus d'eux, il y a la corniche du toit soutenue paK des modillons très simples non sculptés.

Les croisillons font une saillie assez sensible sur l'alignement du mur des collatéraux ; leur mur de fond est renforcé aussi à l'extérieur, à chaque extrémité par de gigantesques étais en maçonnerie, dans l'intervalle desquels on voit l'ouverture en plein cintre de la fenêtre.

Arrivons maintenant au chevet; nous trouvons d'abord le mur droit de la travée placée au-devant de l'absidiole, puis un contrefort, puis la construction d'une sacristie moderne qui cache la convexité de l'absidiole, puis enfin l'abside centrale flanquée de deux contreforts rectangulaires d'une saillie de 0'"50; ces contreforts séparent les trois fenêtres en plein cintre. Au dessus est la corniche du toit portée par des modillons sculptés : on y voit des ornements empruntés au règne végétal, des têtes grimaçantes d'hommes ou d'animaux.

Le clocher monté au-dessus de la croisée du transept est

trapu et massif comme tout le reste de la construction ; il est carré, et ses quatre faces sont décorées de la même façon ; il rappelle assez le clocher central de l'église d'Ainay, à Lyon. Le clocher est divisé en -deux étages : l'étage inférieur qui est plutôt un soubassement, aveugle à Torient et à Foccident, est percé au nord et au sud d'une ouverture en plein cintre non ébrasée et sans aucune ornementation. L'étage supérieur est orné sur chaque face de doubles baies jumelles amorties en plein cintre, dont les retombées portent sur des colonnettes; chacune de ces baies géminées divisée par un système de deux colonnettes placées Tune derrière l'autre, s'ouvre dans un encadrement en plein cintre, doublé, dont les archivoltes sont ornées de gros tores, et ont à leurs retombées intérieures des colonnettes, et à l'extérieur reposent sur le massif même de la tour.

Au dessus viennent les modillons qui portent la corniche du toit : corniche et modillons paraissent être modernes. La toiture en tuiles rondes est très aplatie : c'est une pyramide à quatre pans.

La maçonnerie de cet édifice est faite de moellons d'assez fort échantillon,' taillés, et assez régulièrement appareillés : elle semble refaite à l'extérieur, et cependant il n'en est rien. On s'est contenté, lors des dernières réparations, de jeter du mortier dans les interstices des pierres : c'est ce qui donne à l'extérieur l'aspect d'une construction neuve. Comme silhouette, l'église d'Iguerande ressemble beaucoup à celle d'Ameugny : même apparence courte et solide.

En résumé, l'église d'Iguerande, où on ne voit pas les bandes et arcatures lombardes qui caractérisent si généralement les édifices propres au Maçonnais, nous parait être une construction de la fin du onzième siècle. Sa structure extrêmement puissante, ses berceaux et ses arcades en plein cintre, l'absence au fond du chœur, d'une décoration d'arcatures retombant sur des pilastres ou des colonnettes,

que nous trouvons dans toutes les églises voisines datant du douzième siècle, nous empêchent de la faire descendre jusqu'à cette époque, de même que son plan général, et particulièrement celui du sanctuaire, le plan des piliers, la grande ouverture des fenêtres, le doublement d'un certain nombre d'arcs, nous défendent de la faire remonter trop haut. C'est d'ailleurs une construction fort intéressante, d'une conservation parfaite, et qui présente une curieuse collection de chapiteaux sculptés.

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