ÉGLISE DE SAINT-HIPPOLYTE
Au hameau de Saint-Hippolyte *, situé sur une éminencé qui domine la vallée de la Guye, près du confluent de cette rivière et de la Grosne, on remarque une église presque
t . Hameau de la commune de Bonnay, canton de Salnt^Gengoux-Ie-National, arrondissement de Màcon (Saône^et-Loire).
entièrement ruinée que la masse énorme de son clocher signale au loin. La destruction de cet édifice, commencée dès le quinzième siècle *, peut-être plus tôt, était consommée au seizième ; et depuis trois cents ans, sans qu'il y ait lieu de supposer que Taspect en ait été modifié, ce vieux
1. Archives nationales, Q^ 1011, 26 juillet 1481. — t St Ypoiite. — Guillaume Brachet, Jehan Lecierc l'ancien, Jehan Leclerc le jeune et Guillemyn de Draigny,
• parrochiens dndit saincfc Ypoiite, hommes subjectz et justiciables de mondit i seigneur (l'abbé de Cluny), à cause de son doyenné dudlt sainct Ypoiite et chacun i d'eulx, saiohant et bien advisez, confessent, recognoissent et desclairent par leurs 1 sermens pour ce donnez aux saincts Évangiles de Dieu, les maisons, granges,
• prez, terres, vignes, bois, et autres heritaiges et droictz cy api-ès déclarez, estre
• du donfttine du dit Doyenné du dit Salncl-Ypolite apar tenant au dit très Révérend 1 Père mondit s** de Cluny : premièrement le chasteaul du dit Sainot- Ypoiite, leque
• est du tout en ruine et quasi inhabitable pour faulte de réparation, auquel chas-
• teaal est située l'église parrochiale, laquelle a grand besoin de reparer, tant en
> bois que en muralle, et aussy audit chasteaul a une grange en laquelle a un
> treul, laquelle a grand besoin de recouvrir, et est quasi la moitié toute décou-
• verte, et le treul est quasi tout rompu ;
1 Les vignes et jardins : premièrement ung doux de vigne situé emprès ledit
• chasteaul du oosté devers orient, contenant environ vingt-six ouvrées de vigne.
i Les bois du dit Doyenné : premièrement ung bois à coppls appelle le bois de
• Levry, contenant s'il estoit esserté la semence d'environ cinquante paneaulx de B bled, tenant es prez de Longpré devers orient, et es broissailles des commu- 1 naultez de Confrançon et es terres des parrochiens de Confrançon devers occi-
• dent, et au chemin publicq, tendant d'Amugny à Aynard devers bize et au bois B des Artenaulx devers vent.
• Item, un autre bois et brossailles au parrochiage de Vaulx, appelle en la FiU
> lose, contenant la semence d'environ dix-huit pannaulx de bled, s'il estoit esserté,
> tenant au bois de Bonnay devers vent et orient, et à la terre de Philippot Blan-
> chard devers occident, e| au pré du curé de Sainct- Ypoiite, et à la terre de Gle-
• ment Trebeneau devers bize.
1 Les dixmes des bleds et vins : — Les dlxmes tant des gros bleds que des
> menus, et aussy des vins en toute la paroisse de Sainct- Ypoiite compétent et
> appartiennent à mondit seigneur pour les deux tiers, et pour l'autre tier au curé B dudit lieu, excepté es terres, condemines, vignes et aultres heritaiges dessus B escriptz, lesquelz ne doibvcnt point de dixme, sinon environ trois poses de la B oondemine de Grote, qui feurent acquises de Barthod de Vaulx, lesquels doibvent B dixme, etc.
B La Blaerie :
B Ainsi que desus est escript et déclaré l'ont confirmé et recogneu les dits Guil- B laume Braohet, Jehan Leclerc l'ancien, Jehan Leclerc le jeune, et Guillemyn de B Bragny, les dits sous-chambrler et archidiacre le vingt-sixième de juillet, l'an mil B qoatre cent quatre vingt et un, présent moi J. de Vinea. b
B Extrait du papier et terrier du domaine du dit Sainct Ypoiite par moy notaire et secrétaire de l'ordonnance de Monseigneur illustrissime et reverendissime cardinal de Lorraine étant en son conseil en la ditte abbaye et monastère, le dernier jour du mois de juillet mil cinq cent soixante-six. — Signé : G. Chaullard. b
débris de construction monastique se dresse, sans avoir encore attiré Tattention des archéologues.
Si Téglise que nous trouvons mentionnée dès les premières années du onzième siècle dans un Cartulaire de l'abbaye de Cluny * n'est pas celle dont le squelette seul subsiste aujourd'hui, nous admettons cependant que la construction actuelle peut remonter au dernier quart du onzième siècle. En 1105 nous la retrouvons citée dans deux chartes de Tabbé Saint-Hugues 2, et il est évident qu'il s'agit bien cette fois de Téglise que nous nous proposons de décrire : c'était une obédience de Tabbaye de Cluny, dont une quinzaine de kilomètres la séparaient.
Au treizième siècle, en 1214, les maisons groupées autour de l'édifice étaient constituées en paroisse^. En 1319, un terme nouveau, celui de : a Castrum sancti Hypoliti » * vient appuyer les suppositions qu'un simple examen archéologique suggère : nous dirons en effet un peu plus loin, en décrivant l'église et particulièrement le clocher, qu'à une époque difficile à préciser, mais probablement dans le courant du treizième siècle, l'église reçut des additions importantes dans le but de la transformer en une forteresse.
Peut-êîro ce prieuré dût-il à ses fortifications d'attirer les attaques de belliqueux voisins, car sa ruine prématurée ne saurait être attribuée à une mauvaise construction : le chœur et le clocher encore debout sont des témoins singulièrement vivaces d'une structure excellente. Nous savons bien qu'à l'église abbatiale dont la construction, au moins
1. Cliarle de l'abbé Odilon. {Cartulaire B de Cluny, actuellament à la Biblloth. nationale, latin nouv. acquisitions, n* 1498, fol. 10). Cette charte a été publiée par M. Bruel : Cartulaires de Ciuny, III, 2493.
2. Chartes cotées 182 et 711, dans le Recueil dea actes du temps de l'abbé Hugues. — Cartulaire D de Cluny.
3. Parochia de St Ypolile. {Cartulaires de Cluny, publié par Aug. Bernard et Bruel.)
4. 1319 : c Castrum Sancti Hypoliti. > (Visite des doyennés.)
dans Tappareillagc des matériaux, offre une analogie frappante avec celle de Saint-Hippolyte, l'achèvement du gros œuvre fut brusquement retardé par Teffondrement, en 11 25 *, de la voûte de la nef. Mais il s'agissait là d'un édifice aux proportions colossales dans lequel l'effroyable poussée des voûtes en berceau vint à triompher des moyens employés pour la contrebuter. Quoi qu'il en soit, les moines de Cluny semblent avoir abandonné de bonne heure cette possession, dont un curé desservit l'église, et où les terres furent affermées.
A la fin du seizième siècle, les temps étant devenus difficiles, Tabbé de Cluny, Claude de Guise, fut contraint d'aliéner ^ le domaine de Saint-Hippolyte qui n'était plus à cette
1. Cf. Orderic Vitûl^ édit. Le Prévost, publiée par la Soc. de CHist. de France^ t. IV» p. 426.
2. Archives nationales, Qi 1011, 20 octobre 1604. — Aliénation du domaine et aeigneurie de Saint- Ypolite par l*abbé de Cluny au sieur de Tresmon.
De 1589 à 1595, « la confusion étant extrême et universelle partout, Mgr Illus*
> trissime et Reverendissime Père en Dieu, messire Claude de Guise, abbé et
> général administrateur pour la conservallon de son abbaye, la nourriture et
f l'entretien d'un grand nombre de religieux en icelle, lesquels y ont toujours
> résidé sans avoir manquement d'aucune chose, que aussi pour la garde et défense 1 du cbàteau de Lourdun, place très importante pour la sûreté et conservation de I la dite abbaye, auquel ch&teau sont gardés les meilleurs titres, papiers et ensei-
> gnements, et y sont conservés les plus précieux joyaux, reliques et ornements de
> la dite aibbaye, ayant été expédient et très nécessaire de la mettre en défense, de
• la fortifier d'un bon nombre de soldats selon les occurrences, avec frais
• insupportables pour le peu de revenu dont Jouissait lors mondit seigneur le
» 20 août dernier l'abbé et les religieux décident de procéder à la vente et enga- 1 gemeot de la terre et doyenné de Si Ypolite comme moins utile et commode,
> n'étant le revenu d'icelle que de 100 livres par an comme appert par l'amodia- ■ tion, et le château d'iceluy doyenné étant entièrement démoli et inhabitable depuis
> cinquante ans, en ça n'y ayant aucune grange, étable, etc., ni autres couverts
• quelconques étant du tout ruinés et démolys vend, cède, quitte, transporte
• et remet perpétuellement pour lui et ses succes-^eurs abbés, sous grâce néan-
• moins de rachat, à haut et puissant seigneur messtre Léonar de Semur, seigneur
• de Trémont, etc., la dite vente sous grâce de rachat perpétuel comme dit est, et 1 ce pour le prix et somme de 2,400 livres. »
25 juin 1609. — Dénombrement de Sain/- y pofi/e (à messire Léonard de Semur) : c Premièrement un château toultes fois à présent ruiné, démoli et démantelé de
> ses murailles des côtés de matin et vent, n'ayant en tous les bâtiments d'iceluy
> en état qu'une tour sur le matin et vent, laquelle le dit seigneur a depuis naguère I fait recouvrir à lave en' dedans l'enclos du quel château est l'église du dit
époque qu'une terre de peu de revenu et dont les bâtiments et l'église étaient en fort mauvais état et depuis longtemps privés de réparations : Léonard de Semur, seigneur de Trémont, gouverneur de Mâcon, en fut Tacquéreur, et dès lors, malgré la clause insérée dans Tacte de vente par Claude de Guise, donnant aux abbés de Cluny la faculté de rachat, il ne semble pas que la terre de Saint-Hippolyte, avec le château renfermant Téglise, ait jamais fait retour à la grande abbaye.
L'église de Saint-Hippolyte dépendait de Tarchiprêtré du Rousset; dans un Fouillé du diocèse de Mdcon qui remonte au quatorzième siècle, nous trouvons la mention : « Curatus sancti Ypoliti* ». Dans le Fouillé du seizième siècle^ publié par Auguste Bernard 2, nous voyons que le titulaire de la cure était nommé par Tabbé de Cluny. Le Fouillé de 1513, rédigé par Thomas Seyvert^, chanoine de l'église cathédrale de Saint-Vincent de Mâcon, cite encore l'église do Saint-Hippolyte comme étant à la collation de l'abbé de
• Saint-Hypolite ruinée et descouverte entièrement dès fort longtemps, sauf seu-
• iement le chœur d'icclle qui est encore debout et une partie d'iceluy du côté du
• matin au droit des autels' seulement couvert de la voûte, et quant au couvert
> d'icelle voûte est la plupart descouverte, et le reste de ladite église en devers » soir descouverte entièrement dès longtemps, et le tout ensemblement envi- I ronné de fossé tout autour, se confine Jouxte la terre condemine dudit seigneur
• appelle le doux qui anciennement soulloit estre en vigne de matin i
1682. — Dénombrement de Snint-Hypolitte. — c Premièrement un château
> à présent en ruisne et démoli, neanlmoins clos de muraille n'ayant pour tous
> batimens que deux chambres, grange, étable joignant à la muraille du côté de
> soir, une volière sur le portail faisant l'entrée de la cour du côté de midy, dans
> l'enclos duquel ch&teau est l'église dudit saint Ilypolitte dès longtemps ruinée
• et découverte à l'exception du chœur d'icelle qui est encore à présent debout du I côté de matin, au droit des autels seulement couvert de la voûte, et quant au
> couvert d'icelle voûte est la plus grande part descouverte, le tout environné de
> fossés se confine à la condemine > •
1. Bibliothèque nationale, ms. latin 10031. (Publié par M. l'abbé U. Chevalier, Pouillés des diocèses de U province ecclésiastique de Lyon, Lyon, 1869, in-8*.)
2. Pouilté du diocèse de Mâcon au début du seizième siècle, publié par Auguste Hcrnard en appendice aux Cartulaires de Savigny et d'Ainay, t. II, p. 1043-1050. ((yollect. des Documents inédits.)
3. Publié par Ragut dans les Prœvia du Carlulaire de Saint'Vincent de Mâcon, Màcon, 1864, in-i*.
Cluny. Au commencement du dix-huitième siècle, l'église de Saînt-Hippolyte est succursale de l'église de Curtil-sous- Bumand*; vers la fin du même siècle, elle est annexée à celle de Bonnay. -
L'église de Saint-Hippolyte, qui présente une orientation régulière, est actuellement privée des voûtes qui recouvraient la nef et les collatéraux ; les piliers do la nef n'existent plus ; mais le clocher est encore intact, ainsi que les deux tours rectangulaires qui le flanquent à droite et à gauche, et qui, au premier abord, semblent former avec lui une masse homogène. Le chœur et l'abside sont dans un bon état de conservation, ainsi que les croisillons du transept munis de leurs absidioles. En un mot, malgré l'état de délabrement auquel elle est réduite, c'est une église qui mérite d'être signalée, tant pour l'excellence de sa construction et la perfection de son appareillage, que pour les additions curieuses qui y ont été faites.
C'était une église à trois nefs communiquant avec un transept composé d'une croisée et de deux croisillons, dans le mur oriental desquels s'ouvrent des absidioles, et se terminant par un chœur formé d'une travée droite et d'une abside en hémicycle. Ce plan a de l'analogie avec celui de l'église d'Uchizy.
La voûte de la nef, dont il reste une amorce prise dans la face occidentale du clocher, était en berceau brisé, probablement sur doubleaux en cintre brisé, comme à l'église de Chapaize, à celle de Saint- Vincent-des-Prés et à celle d'Uchizy. Les collatéraux étaient voûtés par des compartiments d'arêtes : les fragments de voûtes qui subsistent ne laissent^ aucun doute à cet égard. Les compartiments d'arêtes qui couvraient les bas-côtés étaient séparés par des doubleaux, supportés le long du mur du collatéral par