Archives départemeD laies de Saône-el-Loire, G
?. Carte de Demiège, et État des villes et des villages de la Bourgogne.
des pilastres nus d'assez forte saillie, et de l'autre côté par les piliers qui soutenaient en même temps les retombées des grandes arcades et des doubleaux de la nef. Il ne reste rien de ces piliers : nous les aurions supposés construits sur plan cruciforme, comme à Uchizy, sans la présence d*un certain nombre de chapiteaux et de bases de colonnes de dimensions considérables que nous avons remarqués dans les décombres autour de l'église et dans le mur d'une ferme contiguë aux ruines. Il nous parait certain, et les personnes auprès desquelles nous avons pu nous renseigner nous ont confirmé dans notre opinion, que ces chapiteaux et ces bases d'une sculpture assez grossière que l'on peut faire remonter jusqu'au onzième siècle, proviennent des piliers de la nef qui auraient été ainsi des colonnes isolées.
Le fait est rare dans la région, mais il n'est pas exceptionnel, car à la curieuse petite église de Saint- Vincent-des-Prés, distante de celle de Saint-Hippolyte d'environ trois lieues, nous retrouvons un premier essai de nef soutenue en partie par des colonnes analogues.
La nef avait certainement des fenêtres, ci\ plein cintre, de dimensions assez restreintes : on distingue encore un des pieds-droits de l'une d'elles ; elles étaient percées dans l'axe des grandes arcades et pas très ébrasées. La nef se composait de quatre travées. Dans les murs des collatéraux s'ouvraient également des fenêtres placées- dans l'axe des 'grandes arcades, et doublées à l'intérieur comme à l'extérieur. Les fenêtres du transept et celles du chœur sont doublées de même. La largeur des fenêtres des collatéraux au vitrage est de 0^40.
Les grandes arcades de la nef étaient probablement en plein cintre, ainsi que les doubleaux des bas-côtés.
La nef et les collatéraux communiquent avec la croisée et les croisillons du transept par des arcades en plein cintre. La croisée est voûtée par une coupole sur trompes en culde-four, octogonale, s'arrondissant au sommet, d'une cons-
truction très régulière, et elle communique avec chaque croisillon par une grande arcade en plein cintre. Les croisillons sont voûtés en berceau plein cintre d*une direction perpendiculaire à Taxe de la nef; dans le mur de fond do chacun de ces croisillons est percée une fenêtre doublée ; dans le mur oriental s'ouvre une absidiole en hémicycle voûtée par un cul-de-four plein cintre, et éclairée par une fenêtre amortie en plein cintre et doublée.
La croisée du transept communique avec le chœur par un arc triomphal en plein cintre.
Le chœur se compose d'une travée droite voûtée en berceau plein cintre et éclairée de chaque côté par une étroite fenêtre amortie en plein cintre et doublée ; après cette travée vient une abside en hémicycle, voûtée en cul-defour plein cintre, et éclairée par trois fenêtres d'ouverture assez large, doublées. Le cul-de-four de l'abside est assez sensiblement plus bas que la voûte de la travée de chœur : dans le décrochement est une fenêtre en plein cintre qui a comme pieds-droits deux petites colonnettes, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Contre les murs de la travée de chœur sont appliquées à l'intérieur deux arcatures amorties en plein cintre, supportées à leur retombée commune par
un pilastre en maçonnerie : c'est dans l'encadrement formé par l'arcature la plus rapprochée de l'abside qu'est ouverte la fenêtre.
Avant de procéder à l'examen de l'extérieur, constatons encore le bel appareil des murs que le crépissage ni le badigeon n'ont jamais empâté. La maçonnerie est faite en moellons de très petit échantillon fort régulièrement disposés.
Les dimensions générales de l'édifice sont les suivantes : Longueur totale dans œuvre : SG"'^. — Largeur totale (nef et collatéraux) : 10™60. — Largeur totale prise au transept : 12°*20. — Longueur du chœur : 5 mètres. — Longueur de la croisée du transept : 4™ 10. — Largeur au
même endroit : 4™40. — Diamètre des colonnes de la nef : O^'ôO. — Longueur de la nef : 16"80.
A Textérieur, nous n'avons pas à examiner la façade, qui est absolument ruinée ; le mur extérieur du collatéral nord subsiste entièrement, ainsi que le mur du bas-côté méridional. Au nord, le mur du bas-côté a été surélevé beaucoup au-dessus du niveau où aboutissait la toiture, de sorte qu'il a actuellement encore Taspect d'une muraille d'enceinte fortifiée, qui va rejoindre le clocher, véritable clocherdonjon du haut duquel on pouvait surveiller le pays d'alentour; la muraille continue d'ailleurs toujours dans la même direction jusqu'au-delà du chevet de l'église ; elle se termine à cet endroit par une tour de flanquement pour repartir dans une autre direction. Cette partie d'enceinte est absolument délabrée, mais il suffirait de quelques coups de pioche pour retrouver entièrement les substructions et rétablir le plan de ce véritable château-fort.
L'élévation latérale de l'église est la même au midi qu'au nord, mais le mur extérieur du bas-côté n'est pas surhaussé comme l'autre ; on y remarque des contreforts assez larges et peu saillants ; entre les contreforts s'ouvrent les fenêtres ; au dessus il ne semble pas qu'il y ait jamais eu de corniche, car il n'y en a pas au chevet; d'ailleurs, la partie haute du mur est dérasée et sert maintenant comme mur de fond à une construction de ferme.
Le transept offre une légère saillie sur le mur des bascôtés (nous examinons ici l'élévation latérale au midi, car au nord la présence de la muraille de défense a modifié l'aspect primitif) ; sa façade n'était ornée primitivement que d'une fenêtre en plein cintre, doublée : cette fenêtre se voit encore, mais on a ajouté postérieurement d'autres ouvertures pour les besoins d'une étable installée dans le croisillon méridional. La partie haute du mur de fond des croisillons du transept a été modifiée, et la forme ancienne en pignon ne se peut plus distinguer : cette modification a
été faite lorsqu'on a élevé au-dessus des croisillons ces hautes tours carrées qui flanquent celle du clocher.
Quant au chevet, il présente une absidiole demi-circulaire en saillie sur le mur oriental de chaque croisillon. Ces absidioles ne présentent aucune décoratioi#^pas de contreforts, pas de corniche, mais des modillons mutilés où Ton distingue encore çà et là une tête grimaçante supportent la base du toit formé de laves posées directement sur les reins du cuLde-four; elles ne sont ornées que par une fenêtre assez haute et large, doublée, ébrasée et en plein cintre. La convexité du mur de ces absidioles vient se rattacher vers l'axe de l'édifice aux murs de la travée de chœur : cette dernière, avec sa toiture à deux rampants, en laves placées sur les reins du berceau, se détache nettement de la base du clocher. Elle présente dans ses ^murs latéraux, de chaque côté, un peu au-dessus de la base du toit des absidioles, deux fenêtres doublées en plein cintre : une seule de ces fenêtres, celle qui est le plus près de l'abside, est actuellement ouverte de chaque côté ; l'autre a été bouchée.
Sur la face orientale et dans le pignon de cette travée de chœur est percée une fenêtre dont l'appui correspond au faîte de la toiture en laves qui couvre le cul-de-four de l'abside; cette fenêtre en plein cintre, non doublée, est cantonnée de deux colonnettes dans ses pieds-droits.
L'église se termine par une abside ronde flanquée de deux grosses bandes verticales ou contreforts qui montent jusque sous le premier rang de laves à la base de la toiture; l'abside présente en outre l'ouverture de trois fenêtres assez larges, amorties en plein cintre, et doublées.
La description du clocher va nous retenir un peu, car il nous faut le dégager de la masse des deux tours qui l'accompagnent, et qui sont élevées sur les croisillons du transept, tandis que le clocher est construit, comme d'habitude, audessus de la croisée. Le clocher et ses annexes forment
actuellement une masse large de 14 mètres, et épaisse de 5™50.
Il est facile de voir dès le premier coup d'œil que ces masses latérales sont ajoutées : en effet, la ligne des arêtes du clocher se suit fort bien dans la construction ; les moellons du clocher ne s'enchaînent pas avec ceux des maçonneries latérales ; la corniche qui sépare les deux étages de baies a tout son profil en saillie latéralement, et ce profil rentre visiblement et se continue dans le massif construit à côté. Il en est de même pour la corniche plus saillante située en haut du clocher et qui supportait primitivement la base du toit. L'ancien toit était probablement une pyramide à quatre pans, très trapue et couverte en laves : il n'existe plus, et les murs du clocher ont été surélevés pour arriver au niveau des tours construites à côté. A la partie supérieure de cette énorme masse, un reste de corniche couvre par endroits le haut des murs.
On peut remarquer aussi que les arêtes des croisillons du transept sont construites jusqu'à une certaine hauteur en petits moellons sans que rien les distingue du reste de la construction ; il en est ainsi jusqu'au niveau de la base de l'ancien toit en appentis qui recouvrait les croisillons. Le toit ayant été supprimé, on monta ces tours rectangulaires en les renforçant aux arêtes par de grosses pierres d'appareil. Ces masses, construites en maçonnerie à peu près analogue à celle du reste de la construction, ne sont percées ([ue de simples meurtrières, droites, en forme de fentes : il n'y a jamais eu d'autres ouvertures. L'état de délabrement de toute la construction nous a empêché de pénétrer dans l'intérieur de ces tours, que nous croyons pouvoir faire remonter au treizième siècle, bien qu'aucun détail d'architecture ne les caractérise d'une façon bien précise.
Le clocher proprement dit se compose de deux étages de baies en plein cintre, qui sont ornés l'un et l'autre par des bandes verticales renforçant les arêtes et réunies à leur
partie supérieure par des arcatures en plein cintre. L'étago inférieur présente deux vastes baies doublées, amorties en plein cintre, séparées Tune de l'autre par une bande lombarde reliée de chaque côté à sa partie supérieure par quatre arcatures aux bandes qui montent le long des arêtes. Cette disposition forme pour chaque fenêtre un encadrement spécial. L'étage supérieur est séparé de Tétage inférieur par une corniche simple. Il est orné de trois grandes baies géminées, en plein cintre, ayant comme pieds-droits aux deux retombées communes des groupes de deux colonnettes placées Tune derrière Tautre; les pieds-droits aux extrémités de cette grande baie trigéminée sont cantonnés de colonnettes. Cet étage est encadré simplement par les deux bandes verticales qui montent le long des arêtes, et se rejoignent à leur partie supérieure par neuf arcatures en plein cintre.
La face que nous venons de décrire est la face orientale ; sur la face occidentale, au lieu d'une grande baie trigéminée, on voit une baie simplement géminée, disposée d'ailleurs de la même façon.
En terminant cette étude, nous croyons pouvoir affirmer que l'église de Saint-Hippolyte n'est pas antérieure au dernier quart du onzième siècle ; peut-être même n'est-elle que du début du douzième. Les caractères qui nous ont amené à cette conclusion sont : la présence dans le plan d'une travée de chœur précédant l'abside, de croisillons faisant une saillie à l'extérieur, de colonnes avec chapiteaux sculptés servant do piliers à la nef; la présence aussi de fenêtres à la nef, la grande ouverture des fenêtres, leur doublement, la décoration assez riche du clocher, cette grande baie trigéminée que l'on retrouve à la Vineuse, à Chidde, à Ameugny. Assurément, certains de ces caractères se retrouvent dans des églises que nous croyons appartenir au onzième siècle, mais aucune église de cette époque ne les présente tous réunis. Considérons en outre rcxcellenco
de la construction et la perfection de l'appareillage, et nous resterons convaincus que l'église de Saint-Hippolyte est à peu près contemporaine de l'église abbatiale de Cluny.