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Commençons par le dessous du clocher, puisqu'il forme rentrée de Téglise ; il est voûté par une coupole sur trompes ; il communique avec la nef par une arcade en cintre brisé. La nef, unique, sans collatéraux, est voûtée en berceau brisé renforcé par des doublcaux également brisés dont des colonnes engagées supportent les retombées. La nef est ainsi divisée en quatre travées munies chacune d'une fenêtre assez fortement ébrasée à l'extérieur et à Tintérieur. Le mur est décoré intérieurement par des arcades brisées, appliquées comme à l'église de Taizé, et ayant leurs retombées sur des pilastres munis de tailloirs. C'est entre deux arcades, des dosserets formés par deux pilastres contigus, que sortent les colonnes engagées servant de pieds-droits aux doubleaux de la voûte. Ces colonnes entourées d'abord par de grosses bagues formées par des moulures qui continuent les tailloirs des pilastres, montent jusqu'à l'imposte de la voûte. Le tailloir qui surmonte le chapiteau de chaque colonne est au niveau d'une ligne de moulures accompagnant l'imposte de la voûte; au-dessus du tailloir monte en soutenant la voûte Tare doubleau à section rectangulaire. Ces colonnes sont munies de bases et de chapiteaux dont la sculpture est fort intéressante.
Nous avons dit plus haut que l'église était orientée à contre-sens, et que le dessous du clocher formait comme un porche par où l'on entrait dans l'intérieur. Cette disposition est si rare dans nos églises, d'habitude bien orientées, que, à notre avis, lors de la restauration, l'église a dû être retournée, et on a construit le transept et le chœur à l'endroit où était autrefois la façade.
C'est contre le mur méridional de la nef, près du clocherj que se trouvent deux chapiteaux historiés placés en face de deux autres chapiteaux dont la décoration est purement ornementale. Ces chapiteaux à personnages, très curieuXj ont évidemment pai*ticipé à la restauration de l'édifice.
Le chapiteau le plus rapproché de l'ancien chœur repré-
sente trois scènes de la Nativité. Sur la lace antérieure la sainte Vierge, couchée et enveloppée de draperies, se soulève vers son Fils, qui est placé au-dessus d'elle, dans un panier d'osier, entre deux têtes d'animaux qui paraissent être un cheval et un âne. Sur la face qui regarde le chœur, on voit les rois Mages qui viennent d'offrir leurs présents et qui retournent chez eux. L'autre face représente l'ange annonçant à des bergers la naissance du Messie. L'ange se tient, les ailes déployées, au-dessus des bergers, qui portent pour insignes, l'un une houlette, et l'autre une cornemuse. Le troupeau est figuré par un bélier et le chien de garde.
Le sujet des sculptures du second chapiteau est plus difficile à découvrir. La face antérieure représente le combat de deux guerriers : l'un tient à sa main gauche un écu qui le couvre depuis les pieds jusqu'à la poitrine, et il frappe de sa lance son adversaire qui plie sur ses genoux et tombe à la renverse. Sur la face qui regarde le chœur on ne peut rien démêler. L'autre face montre un homme assis sur des ruines, une lyre à la main. Le troisième chapiteau du même côté représente un masque, tel qu'on en peint dans nos théâtres ; de la bouche et des oreilles sortent, des espèces de rinceaux qui vont envelopper sur les côtés deux corps de chiens surmontés de têtes d'hommes.
Tous les autres chapiteaux anciens sont couverts de motifs d'ornementation d'une assez bonne conservation.
Nous pouvons sortir de l'église par une porte latérale ouverte au côté nord : cette porte est du douzième siècle ^ et a été restaurée.
La seule partie intéressante, à l'extérieur, est le clocher. 11 est construit sur plan carré et présente en élévation quatre faces, toutes semblables. Sa construction est soignée, et présente beaucoup d'analogie avec celle du clocher de Chazelles, qui se dresse à une petite distance de Chissey. Les arêtes du clocher sont enveloppées dans toutes leur hauteur par des bandes verticales qui se retournent à angle
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droit sur deux faces adjacentes. Les bandes lombardes établies aux deux extrémités d'une même face, se rejoignent à leur partie supérieure par une série de cinq arcatures en plein cintre, et forment ainsi pour chaque face un véritable encadrement. On distingue à chaque face trois étages de baies; Tétage inférieur est décoré d'une seule baie en plein cintre ébrasée à Textérieur; l'étage intermédiaire, qui n'est séparé de l'étage inférieur par aucun ressaut dans la maçonnerie, est aussi orné d'une baie unique en plein cintre, non ébrasée. Puis vient une petite corniche plate soutenue par cinq modillons : c'est la séparation du deuxième et du troisième étage. L'étage supérieur éclairé sur chaque face par une baie géminée dont les archivoltes en plein cintre reposent à leur retombée commune sur un système de deux colonnettes, placées l'une devant l'autre, et à leurs retombées extérieures sur de simples pieds-droits en maçonnerie, est orné au-dessus de la baie par les cinq arcatures en plein cintre dont nous avons parlé. Puis vient la corniche composée de deux petits rubans de pierre enfermant entre eux une ligne de carreaux posés à plat, de biais, de façon à former une série d'angles saillants et rentrants. C'est une disposition que nous trouvons à Saint-Philibert de Tournus, à l'église de Chazclles,. etc. Au-dessus de la corniche est une belle pyramide en pierre, à quatre pans, comme à la Vineuse, à Donzy-le-Royal, à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf, à Brancion, etc.
En résumé, l'église de Chissey qui n'a pas été construite d'un seul jet, comme on peut s'en convaincre en examinant les différences d'appareil dans la maçonnerie du mur septentrional de la nef à l'extérieur, mais qui est cependant assez homogène, par sa voûte en berceau brisé sur doubleaux au-dessus d'une seule nef, comme à Ameugny ; ses arcades appliquées contre le mur, comme à Taizé ; la disposition de sa nef avec colonnes engagées sortant du dos-
seret formé par les pilastres soutenant les arcades appliquées; la sculpture encore assez grossière des chapiteaux à personnages; le dessin assez élégant des motifs d'ornement dans les autres chapiteaux ; la conformation de son clocher analogue à celle du clocher de Chazelles, ne nous parait pas appartenir au douzième siècle avancé; elle doit dater des environs de l'an 1100.