‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 65 sur 120 · Pouiilé du seizième siècle, publié par Aug. Bernard · texte numérisé non relu

Pouiilé du seizième siècle, publié par Aug. Bernard

gothique, mais ces remaniements ont surtout consisté dans l'adjonction sur les flancs de Tédifice d'un grand nombre de chapelles. L'église a conservé le plan qu'elle avait au douzième sièôle, c'est-à-dire une seule nef, un transept forme d'une croisée au-dessus de laquelle s'élève le clocher, et de deux croisillons, et enfin un chœur à trois nefs, composé d'une travée dans l'axe de la nef, laquelle travée est terminée par une abside ronde; et flanquant la travée de l'axe, deux travées collatérales, terminées par des absidioles rondes.

La nef est plafonnée ; elle est éclairée par trois grandes fenêtres en plein cintre, percées sur une même ligne horizontale au-dessus de la porte dans le mur de façade. Ces fenêtres, comme toutes celles de l'église qui appartiennent à l'époque de la construction, sont grandes, larjes, et très peu ébrasées. La nef est éclairée encore latéralement par quelques fenêtres en plein cintre, et surtout par les fenêtres ouvertes dans les chapelles latérales. Deux chapelles latérales sont ouvertes sur chaque flanc de la nef; elles appartiennent au quinzième et au seizième siècles. La porte qui communique avec la grande chapelle ouverte sur le côté nord remonte à l'époque de la construction de l'église. Les pieds-droits sont cantonnés à l'extérieur par de grosses colonnettes avec bases et chapiteaux du douzième siècle. Deux petites arcades en plein cintre et une grande arcade doublée, en cintre brisé, donnent entrée de la nef dans le transept. Les deux piliers qui séparent les trois arcades sont assez curieux : leur noyau est carré. Sur la face orientale et sur la face tournée vers l'axe sont appliquées des demi-colonnes engagées ; sur la face occidentale qui regarde la nef est appliqué un contrefort qui forme une saillie accentuée, et qui présente dans sa montée à l'intérieur de la nef, deux ressauts. Ces contreforts sont destinés à étayer la masse du clocher. La face des piliers qui regarde le mur latéral est nue et sert de pied droit à

Tarcade en plein cintre qui fait communiquer la nef avec le croisillon.

Après avoir franchi Tarcade centrale, nous arrivons dans la croisée du transept, sous le clocher. La voûte est en forme de coupole octogonale accompagnée de quatre trompes en cul-de-four.

La croisée communique avec chaque croisillon par une grande arcade doublée, en cintre brisé. Les croisillons sont voûtés en berceau brisé dont la direction est perpendidulairo à Taxe de la nef. Le mur de fond du croisillon méridional présente une fenêtre en plein cintre percée à une assez grande hauteur. Le mur de fond du croisillon septentrional ouvre sur une chapelle construite au quinzième siècle.

Les quatre grandes arcades qui donnent entrée dans la croisée du transept ont à leurs retombées quatre forts piliers : du côté de la nef, les deux que nous avons déjà décrits ; du côté du chœur sont deux piliers carrés cantonnés de trois colonnes engagées ; seule, la face du pilier tournée vers le collatéral est nue. De la croisée on passe dans la travée de chœur par une grande arcade doublée, en cintre brisé ; on passe de même par une arcade simple en cintre brisé des croisillons dans les deux travées latérales qui précèdent les absidioles. La travée de chœur placée entre Tabside centrale et la croisée du transept est voûtée en berceau brisé; elle communique avec Tabside par une arcade brisée, et avec les travées précédant les absidioles par des arcades simples, en cintre brisé.

L'abside se termine par un hémicycle ; elle est voûtée on

cul-de-four brisé, et éclairée par trois grandes fenêtres en

plein cintre qui sont encadrées intérieurement par cinq

arcatures en plein cintre appliquées contre le mur du fond

du chœur, et ayant à leurs retombées des pilastres. Nous

voyons cette décoration fréquemment employée au douzième

siècle, notamment à l'église de Belleville-sur-Saône, fondée

en 1159, à l'église d'Avenas, à l'église des Ardillats, dans

les églises du Brionnais, à Châteauneuf, à Saint-Laurenten-Brionnais, etc., dans le Maçonnais, à Donzy-lo- Royal.

Les travées collatérales qui précèdent les absidioles sont voûtées par des compartiments d'arêtes; au midi, cette travée est éclairée par une fenêtre en plein cintre; au nord, la même travée donne entrée latéralement dans une chapelle du seizième siècle.

Les absidioles sont voûtées en cul -de -four brisé et précédées d'arcades en cintre brisé; elles sont éclairées par une fenêtre en plein cintre.

Les dimensions générales de Tédifice sont les suivantes :

Longueur totale dans œuvre : 41™60. — Longueur de la nef : 25 mètres. — Longueur du transept : 7"20. — Longueur du chœur : 8™40. — Largeur de la nef : 11°*30. — Largeur totale au transept : 16 mètres.

Cette grande église est bâtie en quartiers de roches éruptives, noirs, irréguliers, qui donnent à la maçonnerie Tapparence d'un blocage noirâtre noyé dans du mortier : cela rappelle les églises d'Auvergne. L'extérieur n'est guère curieux, surtout guère homogène, à cause de ces chapelles bâties à des époques différentes qui se mélangent à des constructions variées dont la toiture en appentis vient s'appuyer contre le mur de la nef. A l'extérieur, nous n'examinerons que deux parties : le chevet et le clocher.

Le chevet, outre les trois convexités formées par la saillie de l'abside et des absidioles percées de leurs fenêtres, ne présente rien de bien caractéristique, si ce n'est le contrefort en forme de colonne engagée qui flanque Tabsidiole méridionale. Cette colonne est munie d'une base composée de deux tores séparés par une gorge, et d'un chapiteau court, évasé, installé au-dessus d'une grosse astragale. Deux contreforts carrés flanquent l'abside. L'absidiole septentrionale n'a pas de contrefort-

Le clocher qui s'élève au-dessus de la croisée est une construction carrée, assez massive ; ses quatre faces sont semblables. Il se compose de deux étages de baies en plein cintre, doublées. L'étage inférieur n*est percé sur chaque face que d'une grande baie doublée dont Tare intérieur retombe sur des pieds -droits cantonnés de colonnettes. Un cordon de pierres légèrement saillantes forme la séparation des deux étages. L'étage supérieur est éclairé sur chaque face par deux fenêtres géminées formant quatre baies en plein cintre, doublées. La retombée commune des deux archivoltes de chacune de ces fenêtres repose sur un ensemble de quatre colonnettes, une en avant du côté de Textérieur, puis deux sur le même plan, puis une par derrière. Aux retombées extérieures de ces archivoltes correspondent des pieds-droits cantonnés chacun d'une colonnette. Ces deux fenêtres géminées sont séparées Tune de l'autre par une colonne engagée qui prend naissance sur le cordon de pierre sur lequel s'élève cet étage et va mourir sous la corniche du toit ; deux autres colonnes engagées sont appliquées sur chaque face vers les arêtes du clocher. Au-dessus de cet étage est une corniche moderne portée par des modillons sans caractère ; c'est sur elle que vient poser l'extrémité de la toiture moderne formée par une pyramide à quatre pans recouverte en ardoises. Ce clocher présente quelque analogie avec ceux de Varennes- TArconce et de Saint-Laurent-en-Brionnais.

L'église Saint-Nicolas de Beaujeu est en somme intéressante surtout parce que la date de sa construction nous est connue. Bâtie sur de grandes dimensions, son ornementation n'est ni riche, ni soignée; on y remarque que toutes les grandes arcades sont en cintre brisé et doublées; les bases et les chapiteaux ne sont curieux à observer que pour établir des comparaisons avec ceux des églises de date inconnue. Une disposition bizarre particulière à Saint- Nicolas de Beaujeu, ce sont ces contreforts du clocher

partant du sol même de la nef, et flanquant les piliers de la croisée, sans que Tarchitecte ait songé à dissimuler leur rôle, ou tout au moins à en tirer parti pour la décoration de rintérieur de l'église.

EGLISE D'AVENAS

Le petit village d'Avenas *, construit sur le sommet d'une montagne dont l'accès est fort rude, renferme une église placée sous l'invocation de Notre-Dame. Dès une époque fort ancienne, le chapitre de Saint-Vincent de Mâcon en nommait le titulaire ^ ; elle était comprise dans la circonscription de Tarchiprêtré de Vaurenard. ^

L'église Notre-Dame d'Avenas a déjà donné lieu à bien des discussions *, non pas tant pour elle-même que pour le magnifique autel en calcaire blanc sculpté qu'elle possède de toute antiquité. M. l'abbé Cucherat, qui a publié récemment dans la Revue lyonnaise une assez longue étude sur Avenas ^, conclut que l'autel date de Louis le Débonnaire et que l'église qui le renferme a été construite au neuvième siècle. L'autel d'Avenas, publié dans V Architecturemonastique, de Lenoir, dans r Architecture religieuse^ de M. de Caumont ^, est attribué par ce dernier au douzième siècle. D'autres ont cru pouvoir le rattacher à l'époque de saint Louis.

1. Canton de Deaujeu, arrondissement de Villefranche (Rhône). '2. Pouillé du Beizième siècle, publié par Âug. Bernard.

3. Pouillé du quatorzième siècle, publié par l'abbé U. Chevalier.

4. Histoire du Beaujolais, par M. de la Roche- Lacarelie, Lyon, 1853, 2 vol. in-8*.

5. Abbé Cucherat : Avenas, Étude. ..et d'archéologie beaujolaises. Revue lyonnaise,

ti. De Caumont. Abécédaire, Architecture religieuse, p. '^'*7.

Nous partageons absolument, quant à la date de l'autel, l'avis de M. de Caumont, et nous croyons Téglise d'Avenas contemporaine du monument qu'elle renferme, c'est-à-dire du douzième siècle.

Le procès-verbal d'une visite faite par l'évêque de Mâcon, Gaspard Dinet, en 1624, mentionne la découverte de l'inscription de l'autel d'Avenas^ Voici cette inscription, telle que la donne l'abbé Cucherat :

REX LUDOVIGUS PIUS ET VIRTUTIS AMICUS OFFERT ECCLESIAM. RECIPIT VINCENTIUS ISTAM.

LAMPADE BISSENA FLUXURUS JUUUS IBAT.

MORS FUGAT OBPOSITUM REGIS AD INTERITUM.

L'abbé Cucherat tire des deux derniers vers une date précise, qu'il fait coïncider avec celle de la mort de Louis le Pieux, le 12 des kalendes de juillet (20 juin) 840 ; nous ne discuterons pas son interprétation. Nous ferons seulement remarquer que l'épithète de « plus » qui accompagne le nom du roi ne désigne pas forcément Louis le Débonnaire, pas plus qu'elle no désigne saint Louis; elle pourrait fort bien convenir par exemple à Louis VII, ce qui concorderait parfaitement avec les indications archéologiques. M. l'abbé Cucherat, décrivant l'iconographie de l'autel, trouve que les costumes des personnages sont caractéristiques de l'époque carolingienne ; il appuie ensuite son opinion sur la forme des lettres de l'inscription, sur le stylo de la sculpture. Sans discuter ces assertions une à une, nous dirons simplement que tout ce que M. l'abbé Cucherat croit caractériser, l'époque de Louis le Débonnaire nous parait convenir au douzième siècle, qui est précisément le temps où l'église fut construite.

1. Ch. do la Rochette : Hiêtoire de« évêques de Mâcon^ M&con, 1866-1867, 2 vol. in-8*, t. I, p. 253, en note.

Notre-Dame d'Avenas est une église bien orientée, à une seule nef, suivie d'un transept et terminée par une abside en hémicycle dans le prolongement de la croisée du transept.

Les dimensions générales de Tédifice sont les suivantes :

Longueur totale dans œuvre : 21"35. — Longueur de la nef : 15"10. — Largeur de la nef : 5°*30. — Épaisseur du mur à Tabside : 0'°90. — Largeur des fenêtres de Tabside au vitrage : 0"40. — Largeur totale au transept : 9°50. — Épaisseur du mur de la nef : 0'"90.

La nef est plafonnée, éclairée au midi par trois fenêtres en plein cintre agrandies, et au nord par une seule fenêtre refaite également; elle communique avec Textérieur par une porte ouverte dans le mur de façade, et par une autre porte ouverte en haut de la nef, au midi.

La nef communique avec la croisée du transept par une arcade doublée en plein cintre : c'est au-dessus de la croisée, voûtée par une coupole octogonale sur trompes en cul-defour, que s'élève le clocher;* c'est sous cette voûte en coupole qu'est placé le curieux autel dont nous venons de parler. Les croisillons sont voûtés en berceau brisé dont la direction est perpendiculaire à l'axe de l'église; ils forment à l'extérieur une saillie accentuée; dans le mur de fond de chacun d'eux est percée une fenêtre en plein cintre, remaniée. L'abside en hémicycle ouvre directement sur la croisée du transept ; elle est voûtée en cul-de-four brisé. Trois fenêtres en plein cintre, de 40 centimètres d'ouverture au vitrage, ébrasées à l'intérieur et à l'extérieur, éclairent l'abside : elles ouvrent à l'intérieur dans un système d'arcatures en plein cintre portées sur des pilastres ornés. Ces arcatures qui forment aux fenêtres un encadrement assez riche sont au nombre de cinq : celle qui est placée, de chaque côté, le plus près du carré du transept, est aveugle. Nous rencontrons souvent ce genre d'arcatures, caractéristique du douzième siècle, appliqué dans le fond de

Tabside : nous l'avons vu à Téglise de Belleville-sur-Saône, à l'église de Beaujeu; elle existait certainement à Téglise des Ârdillats, près de Beaujeu; nous la retrouvons à Châteauneuf, à la Chapelle-sous-Dun, à Mussy-sous-Dun, à Curbigny, à la curieuse église de Saint-Germain-des-Bois, à Saint-Laurent-en-Brionnais, etc.

Dans l'église d'Âvenas, les pilastres qui soutiennent la retombée de ces arcatures sont munis de bases, bien caractéristiques du douzième siècle, de chapiteaux à feuillages, et de tailloirs moulurés à qui il est impossible d'assigner une date plus ancienne ; le fût des pilastres est orné de cannelures. La sculpture de ces pilastres est d'ailleurs très variée.

L'église a malheureusement été crépie, ce qui fait qu'à l'extérieur on ne peut voir nulle part l'appareil.

La façade est ornée d'une porte dont nous donnons le dessin et qui nous paraît dater de l'extrême fin du douzième ou peut-être même du treizième siècle. Au-dessus est une petite fenêtre en plein cintré éclairant le comble. Le mur de la façade se termine en pignon.

L'élévation latérale ne présente d'autre particularité que l'ouverture des fenêtres ; la partie supérieure du mur est ornée d'une corniche qui supporte le toit, et reposant ellemême sur une ligne de modillons très simples. L'extérieur des croisillons ne présente aucune particularité, pas plus que l'abside flanquée de deux contreforts assez peu saillants.

Le clocher carré qui s'élève au-dessus de la croisée du transept présente un seul étage de baies : sur la face nord et sur la face sud, c'est une baie unique, en plein cintre; sur les faces orientale et occidentale ce sont des baies géminées en plein cintre dont les archivoltes sont supportées à la partie médiane par deux colonnettes placées l'une derrière l'autre. Au-dessus de cet étage est la toiture en tuiles, moderne.

En résumé l'église d'Avenas dont toutes les voûtes sont

en berceau brisé et cul-de-four brisé, dont une arcade est doublée, dont les fenêtres du chœur en plein cintre présentent une assez large ouverture, doit être datée principalement à Taide d'un caractère, les arcatures du fond du chœur, avec leurs pilastres cannelés, leurs chapiteaux et leurs bases, qui la font remonter au milieu du douzième siècle.

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