Bulletin monumenlàl, t. V, p
8. Notre intention n'est pas de dire que les architectes l>ourguignons furent seu« lement des artistes de goût et non des coastrncteurs habiles, ns furent certes des oonstractears de premier ordre ceux qui élevèrent le chœur de Paray-le-Monial et la magniflqne église de Clany, dont nous pouvons encore admirer l'élévation des voûtes et le beau style dans le croisillon de transept qui subsiste, et dont l'excellent état de conservation est un sujet d'élonnement quand on pense à l'ébran*
vateurs, — bien que VioUet-le-Duc ait cru voir le premier germe de l'arclytecture gothique dans les nervures de deux compartiments de la voûte du narthexde Vézelay*, — tandis que dans d'autres pays, et notamment dans l'Ile-de-France, le principe de la voûte sur croisée d'ogives une fois trouvé, on inaugurait des la première moitié du douzième siècle avec une heureuse audace l'architecture gothique qui ne s'implanta en Bourgogne que plus d'un demi-siècle plus tard. Nous avons bien peu de dates de construction pour nos églises : les personnes que les dépouillements d'anciennes chroniques ou les recherches d'archives ne rebutent point, quand elles trouvent dans des documents autorisés des mentions d'érection, de dédicace ou de remaniement d'édifices, devraient s'empresser de les signaler : ce sont des pièces justificatives dont l'archéologie ne saurait se passer. Elles établissent des points de repère en l'absence desquels il est facile de se perdre. C'est ainsi que dans la classification chronologique des monuments, nous sommes souvent assez embarrassé : sans doute, en comparant les caractères, on arrive à reconnaître si tel édifice est antérieur ou postérieur à tel autre, mais il est moins aisé de fixer, même approximativement, l'époque à laquelle il a été bâti. Aussi, sauf pour certaines églises construites dans le nord du diocèse sous l'influence immédiate de l'abbaye de Tournus (dont l'église fut consacrée en 1019), et que nous n'hésitons pas à attribuer à la première moitié du onzième siècle ; sauf pour les églises qui ont avec l'abbatiale de Cluny ^ une analogie
lement qu'a dû lui donner la ruine du reste de l'édifice. Ce que noue voulons dire, c'est qu'ayant su tirer des procédés romans, et en particulier de l'emploi de la voûte en berceau brisé de fort bons résultats, ils se tinrent pendant longtemps pour satisfaits, et ne furent pas des premiers à suivre l'exemple des architectes de l'Ile-de-France, en adoptant les principes de la construction gothique.
1. Ici encore nous opposerons à l'opinion de Viollet-le-Duo celle qui est exprimée par M. Ânthyme Salnt-Paul dans Simple Mémoire sur l'origine du slyle ogivaly extrait du Bulletin monumental de 1875^ p. 27-28 du tirage à part.
2. L'église abbatiale de Cluny, commencée par saint Hugues en 1089, fut consacrée une première fois par le pape Urbain II, le 25 octobre 1095, et une seconde
de construction évidente, pour celles où Ton retrouve les mêmes dispositions, la même ornementation que dans les églises de Beaujeu (Saint-Nicolas)*, de Saint-Marcel de Cluny ^ et de Belleville-sur-Saône 3, dont la date est connue, et que nous pouvons ranger dans le second quart, au milieu ou vers la fin du douzième siècle, nous avouons une grande hésitation quand il nous faut dire si une église appartient à la fin du onzième ou au premier quart du douzième siècle.
Nous ne parlerons pas des édifices antérieurs à Tan mil : nous n'en connaissons pas, dans la région à laquelle nous nous sommes limité, que Ton soit autorisé à faire remonter aussi haut. Ce n'est pas que dans notre opinion il ne puisse, dans les monuments qui se sont conservés jusqu'à nous, y avoir des parties appartenant au dixième siècle; car si on construisit au début du onzième siècle beaucoup d'églises,
fois parle pape Innocent II, en 1131. On s'accorde à croire que la première dédicace ne s'applique qu'au maltre-autel, c'est-à-dire au chœur ; que l'église ne fut complètement achevée, que pour la deuxième dédicace en 1131. Mais entre 1095 et 1131, il se produisit un grave événement : en 1125, s'il en faut croire le témoignage d'Orderic Vital, sous Pierra le Vénérable, au moment même de Témeute provoquée par le retour do l'ancien abbé Ponce, au milieu du tumulte et de l'envahissement de l'abbaye, la nef nouvellement construite de la grande église s'écroula, « ingens basillcss navis, qua nuper édita fuerat, corruit » (cdit. Le Prévost, publiée par la Sociélé de l'hist. de France, t. IV, p. 426), comme si la colère de Dieu eût protesté contre la profanation du lieu saint. (Cf. Henri Pignot, Histoire de l'ordre de Cluny depuis la fondation de l'abbaye jusqu'à la mort de Pierre le Vénérable, Âutun, 1868, 3 vol. ln-8*, t. III, p. 69.)
Un simple examen archéologique des restes de Cluny ainsi que des chapiteaux de la nef qui sont conservés avec une quantité de détails de sculpture dans la serre de la ville, apporte la convlclion que rien de tout cela ne peut appartenir au onzième siècle : aussi, en prenant Cluny comme point de repère dans la chronologie de nos monuments, nous lui assignons la date approximative de 1120-1130.