Paris, 1870 (Imprimerie nationale), p
5. On voit des fenêtres en pénétration dans la voûte de la petite église de Châteauneuf. (Vlollet-le-Duc, VII, 115.)
élancé, élégant et hardi. Des cordons de perles courent horizontalement au-dessus des grandes arcades dans toute la longueur de la nef.
Les collatéraux paraissent très étroits par rapport à leur élévation; ils sont voûtés en berceau plein cintre, et non comme Ta dit M. Millet l'architecte chargé le premier de la restauration, et comme Ta répété après lui M. Mérimée dans son rapport, en demi-berceau contrebutant les grandes voûtes de la nef; nous ne partageons pas non plus Topinion de MM. Millet et Mérimée, qui trouvent que Téglise de Châteauneuf rappelle par son style architectural les monuments de l'Auvergne ; nous ne voyons pas trop quels caractères ont pu servir à établir cette analogie, si ce n'est le demi-berceau aux bas-côtés, lequel se trouve être un berceau plein cintre. Dans les nombreuses églises rurales que nous avons visitées, nous n'avons vu dans toute la région qu'une seule église, celle de Brancion*, qui présente aux collatéraux des voûtes dont la section est un quart de cercle.
Les bas-côtés sont donc voûtés en berceau plein cintre, présentant des espèces de lunettes qui coïncident avec le cintre brisé des grandes arcades ; ils ont des doubleaux, et sont éclairés dans Taxe des travées par des fenêtres en plein cintre dont presque tout l'ébrasement est à l'intérieur. Dans le mur de façade sont percées de longues fenêtres en plein cintre dans l'axe des bas-côtés : ces fenêtres n'ont pas d'ébrasement à l'extérieur. La partie haute de la nef est éclairée sous la voûte par une grande fenêtre en plein cintre.
La nef communique avec les collatéraux par l'ouverture des grandes arcades en cintre brisé et doublées ; les piliers sont munis de colonnes engagées qui supportent la retombée
1. Canton de Tournus, arrondissement de Mâcon. Cette église dépendait de Tancien diocèse de Clialon-sur- Saône.
intérieure des grandes arcades. Les piliers de la nef sont construits sur plan carré présentant sur trois faces la saillie circulaire d'une colonne engagée et sur la quatrième face la saillie d'un pilastre. C'est un plan que l'on rencontre assez souvent dans les monuments du douzième siècle en Bourgogne.
La nef communique avec la croisée du transept par une grande arcade doublée, en cintre brisé. La croisée est voûtée sous le clocher par une coupole octogonale placée au-dessus d'une lanterne à huit côtés. Le plaR de la croisée étant carré, on passe au plan octogonal de la lanterne par quatre trompes en cul-de-four placées dans les angles du carré* Cette lanterne est éclairée par quatre fenêtres reliées entre elles par des arcatures aveugles en plein cintre. On rencontre rarement cette disposition dans les églises de la région.
La croisée communique avec chaque croisillon par une grande arcade doublée, en cintre brisé ; les croisillons sont voûtés par des berceaux brisés perpendiculaires à l'axe de la nef. Le mur de fond de chaque croisillon est percé par un oculus du douzième siècle. Les croisillons communiquent avec les collatéraux de la nef et avec les travées collatérales du chœur par des arcades en cintre brisé non doublées i Avant de quitter la croisée du transept pour entrer dans le chœur, il est bon de remarquer que le plan des quatre piliers d'angle de la croisée n'est plus le même que celui des piliers de la nef; en effet, les quatre arcades qui donnent entrée dans la croisée étant doublées, il faut deâ pieds-droits en nombre suffisant pour soutenir les retombées des voussures intérieures; nous avons donc affaire non plus à un pilier carré cantonné de trois colonnes engagées et d'un pilastre, mais à un pilier cruciforme cantonné de trois côtés par des colonnes engagées.
L'arcade qui donne entrée dans la travée de chœur précédant l'abside est également doublée, en cintre brisé. La
travée de chœur est voûtée en berceau brisé et communique avec Tabside par un arc en cintre brisé. La voûte de la travée de chœur étant plus élevée que le cul-de-four de 1 abside, dans le décrochement on remarque un oculus.
L*abside est éclairée par trois fenêtres en plein cintre d'une assez grande ouverture, dont la baie à Tintérieur est encadrée par un système de cinq arcatures analogues à celles que nous avons vues à Avenas, à Saint-Nicolas de Beaujeu, etc. L'arcature centrale a ses retombées sur deux pilastres ; les autres supports sont des colonnettes ; pilastres et colonnettes sont richement sculptés ; les tailloirs euxmêmes sont décorés par des rangs de perles.
Les travées collatérales du chœur sont voûtées chacune par un berceau parallèle à Taxe de l'église ; elles sont éclairées par des fenêtres en plein cintre. Dans le mur oriental de ces travées s'ouvrent les absidioles voûtées on cul-defour brisé comme l'abside, et éclairées chacune par une fenêtre en plein cintre, ébrasée à l'extérieur et à l'intérieur.
Revenons maintenant sur nos pas, et après avoir constaté la présence d'une porte du douzième siècle percée dans le mur de la troisième travée du collatéral méridional, examinons attentivement la structure des piliers de la nef, l'aspect de ceux de la croisée, les bases, les chapiteaux des colonnes engagées, et nous n'aurons pas de peine à reconnaître à la fois des restaurations modernes et des restaurations du quinzième siècle. C'est que l'église de Châteauneuf est bâtie, comme le fait remarquer M. Millet, « en maçonnerie faite avec de petits matériaux revêtus seulement par des pierres plates d'un grand appareil. Les piles inté-^ rieures, de faibles dimensions, sont aussi construites de la même façon, et c'est bien certainement le peu de résistance que présentaient ces piles qui a motivé toutes les mutilations qu'ont subies l'intérieur et surtout la partie centrale de cette église. Au quinzième siècle, les piles sous le clocher s'écrasèrent et mirent sans doute déjà le clocher près de sa
ruine ». A cette époque, on dut consolider les quatre piliers de la croisée ; depuis on les a refaits à neuf. Mais, dit M. Millet, « rintérieur de Téglise a subi encore, au quinzième siècle, diverses modifications : le sol a été élevé et de nouvelles bases ont été incrustées ; la deuxième pile de la nef a été augmentée de dimension, et la plupart des chapiteaux anciens ont été remplacés par des chapiteaux de cette époque. Il m'est impossible de deviner la cause qui engagea les artistes du quinzième siècle à mutiler ainsi rintérieur de cet édifice. »
En effet, toutes les bases des colonnes engagées ont été refaites sur les modèles employés au quinzième siècle ; les chapiteaux très courts et à corbeille évasée, à sculpture très fouillée et contournée, ne sont pas non plus des chapiteaux du douzième siècle ; le pilastre qui porte la retombée de la première grande arcade au midi, contre le mur de façade, a reçu lui aussi des sculptures gothiques. Ce dut être là un travail très considérable et très délicat dont nous avons la date exacte, grâce à une inscription qu'on lit sur le premier pilier septentrional, sur la face qui regarde la nef, à trois mètres environ de hauteur; voici .cette inscription, dont nous reproduisons la disposition :