I. Viollet-Ic-Duc, Dictionnaire raisonné, etc
HISTOIRE ET CARACTERES. 141
L'églîse abbatiale de Saint-Gilles, en Languedoc,
de même que celle de Saint-Trophime^ reproduit dans
t^4 L'ARCHITECTURE ROMANE.
les détails de sa décoration les tragments romains qui
couvrent encore le sol de la Provence. L'édifice est très
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POKTAII. DE tAINTB-MâRTHB. A TAAAiCOH (BUUCKEt-OO-ftMONE).
intéressant et son magnifique portail est un des plus somptueux exemples de rornementation romanobyzantine; suivant Mérimée, elle se présente comme
un immense bas-relief de marbre et de pierre où le fond disparaît sous la multiplicité des détails. D'après Yiollet-le-Duc, Técole de Toulouse avait su concilier
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les traditions de l'architecture gallo-romaine — et auvergnate — avec les données byzantines recueillies en Orient. Une autre école voisine, celle de la Provence, s'était initiée plus intimement encore aux derniers vestiges de l'art gréco-romain réfugié en Syrie. En examinant les portes de Saint-Gilles, qui datent du
VIO. IS'* ABBAYB DE MONTMAJOVE (fKANCB).
(Vue perspective de Taitre du cloître.)
XII* siècle, on croirait voir les restes de ces monuments semés en si grand nombre sur la routed'AntiociieàAIep.
C'est dans cette église que se trouve la Vis de Saint- GhlleSy chef-d^œuvre de stéréotomie qui a donné son nom aux voûtçs rampantes en spirale; elle était autrefois le but des pèlerinages des compagnons tailleurs de pierre.
Le portail de Sainte*Martbe à Tarascon est beaucoup
^yo L ARCHITECTURE ROMANE.
moins riche que ceux de Saim-Trophime et de Saint- Gilles, mais les caractères de l'architecture romane du xii" siècle sont peut-être plus franchement accuse's. Il faut constater, toutefois, les réminiscences antiques très marquées par le galbe des colonnes, les profils, la sculpture et plus encore par Pattique qui surmonte le portail.
Cet attique est composé de pilastres alternant avec des colonnettes, les uns et les autres cannelés et compris entre deux corniches minces; celle du bas est soutenue par des modillons ou plutôt des corbeaux sculptés dont l'espacement est rempli par une frise en forme de métopes gravées. Ces membres d'architecture ont conservé l'aspect des mêmes motifs qu'on retrouve fréquemment sur les édifices romains bâtis en Provence vers les premiers siècles de notre ère.
Parmi les portes d'églises du xii® siècle les plus remarquables, il faut citer, d'après VioUet-le-Duc, celle de Moissac.
Cette porte s'ouvre latéralement sur le grand porche; elle est élevée sous un large berceau — presque en plein cintre — qui forme lui-même l'avant-porche et qui est richement décoré de sculptures en marbre gris. Son trumeau est formé de lions entrelacés, formant une ornementation dont le caractère asiatique est très fortement; accusé; la sculpture est d'ailleurs d'une finesse et d'une netteté extraordinaires; le temps l'aornée d'une admirable patine qui donne à cette singulière composition, si originale et si décorative, l'aspect d'un bronze antique.
Les pieds-droits se découpent en croissants sur le
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vide des baies et le linteau est décoré de belles rosaces admirablement fouillées. Dans le tympan est assise une grande figure couronnée représentant le Christ bénissant; de chaque côté sont les quatre symboles des évangélistes, accompagnés de deux anges de dimension colossale et des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse. Les voussures sont décorées d'ornements finement sculptés. Sur les pieds-droits du berceau et dans des arcatures latérales, des bas-reliefs en marbre, d'un style byzantin très marqué, représentent, à la droite du Christ, les vices punis, et à gauche: l'Annonciation, la Visitation, l'Adoration des mages et la Fuite en Egypte.
Les cloîtres des abbayes de Montmajour, près d'Arles, et de Saint-Paul-du-Mausolée, près de Saint-Remi, sont moins ornés que le cloître de Saint-Trophime d'Arles; mais ils présentent avec celui-ci de grandes analogies par le mode de construction adopté par les architectes de ces édifices romans.
Les galeries des cloîtres de Montmajour et de Saint- Paul-du-Mausolée sont également couvertes par des voûtes en berceau, nervées par des arcs-doubleaux et retombant sur les murs latéraux; celui du côté de l'aitre du cloître est fort épais, et il est encore renforcé extérieurement par des contreforts au droit des arcs-doubleaux intérieurs. Ces contreforts sont reliés, extérieurement, par des arcs en segment dont le vide ou plus exactement la claire- voie est décorée d'arcatures reposant sur des colonnettes jumelles.
Le cloître de Montmajour est plus ancien que celui
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de Saint-Paul, qui paraît remonter aux premières années du xu« siècle; il a été construit avec plus d'art que celui-ci, les profils sont plus nets, les sculptures mieux composées et Tensemble de la construction n'a pas la rusticité de Saint-Paul, qui semble avoir été une imitation grossière de Montmajour, comme ce dernier est une traduction simplifiée de Saint-Trophime.