I. Jules Quicherat, Procope, De œdiflciis JustinianL
HISTOIRE ET CARACTÈRES
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cularitésde la structure, tout antique, de Saint-Marc; il a été bâti suivant les traditions romaines, avec des matériaux grossiers, solidement réunis par d'excellents mortiers, et revêtu ensuite d'une décoration somptueuse, composée de marbres les plus rares et les plus brillamment colorés et de mosaïques à fond d'or, tandis que
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(Coape transTersale du nord au sud )
Saint-Front a été construit selon les principes de la construction syrienne, que les architeaes de l'Aquitaine s'étaient assimilés et que leurs successeurs ont portés à un si haut degré de perfection, en procédant à l'édification du grandiose monument par assises réglées, en appareillant les arcs, les voûtes, les pendentifs, les coupoles, et en laissant partout la pierre apparente dans toute la beauté de sa mâle simplicité.
Ce n'est plus une agglomération de matériaux noyés dans des mortiers, très habilement disposés, cependant, pour la répartition des charges et des résistances, mais
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formant une sorte de concrétion moulée sur des cintres^ puis décorée après coup comme Téglise vénitienne.
L'église périgourdine est au contraire, une savante composition dont chaque partie a sa place marquée d'avance par un appareil normal à chaque membre d'architecture et dans laquelle les arcs, conservant leur force élastique, forment, par leur jonction combinée sur des points déterminés, un ensemble d'une solidité et d'une stabilité parfaites.
Saint-Front est un vaste champ qu'on ne saurait trop explorer au point de vue de l'étude de l'art de bâtir en Occident et particulièrement en France. C'est le berceau de l'architecture nationale, car, dans sa forme symbolique, la coupole de Saint-Front est Tœuf d'où est sorti un système architectonique qui a causé une révolution des plus fécondes dans le domaine de l'art.
Nous trouvons, en effet, à Saint-Front une des premières applications d'un système nouveau, né en Orient, mais perfectionné savamment en Occident; c'est un des principes des transformations nécessaires de l'architecture romane et l'une des causes les plus décisives des rapides progrès qu'elle fit dans toute l'Europe occidentale du xi« au xn« siècle.
Les pendentifs des coupoles de Saint-Front, appareillés normalement à la courbe en passant du plan carré de la naissance des arcs au plan circulaire couronnant leurs clefs, sont les embryons de Varc ogi/ou croisée d^ogives, selon l'expression fort ancienne et qui était encore employée du temps de Philibert De^ lorme pour désigner les arcs diagonaux supportant les voûtes avec le concours des arcs-doubleaux.
flO. IS9* ~~ iOLItB SAINT-FRONT, A péRIOVBUX.
(Coupe d'un pendentif sur la diagonale A 6.)
On trouve, à notre avis, dans la disposition des pendentifs le principe même de la croisée cTogiveSy ainsi que Pindique la coupe diagonale sur A B d^une des coupoles de Saint-Front (fig. iSg).
Mais il faut d'abord dire un mot de la structure des coupoles; elle consiste en une succession d'assises formant des lignes circulaires de claveaux concaves. « Il résulte de cette disposition des assises que leurs éléments usent à s'entretenir la plus grande partie de la force qui les sollicite à tomber; par conséquent, il n'y a qu'une médiocre poussée des rangs supérieurs sur les rangs inférieurs et, en définitive, la coupole ne chasse guère au vide les supports sur lesquels elle est assise *. » Ce mode de construction a cet avantage, mais il nécessite des massifs énormes pour supporter les coupoles et il ne peut servir qu'à couvrir des édifices ronds ou octogones. Le perfectionnement apporté par les constructeurs du xi« siècle a été d'élever des coupoles sur des espaces carrés à l'aide ae pendentifs rachetant le carré et reportant, avec les arcs*doubleaux, la charge des voûtes sur les piles.
Dans ces conditions, les fonctions de pendentifs, appareillés normalement, et celles des croisées d'ogives, appareillées de même, sont identiques, puisque dans tous les cas elles reportent, avec les arcs-doubleaux, leurs poussées et les charges des remplissages des voûtes sur les piles.
Les architectes romans, rompus à toutes les pratiques professionnelles, étaient trop habiles construc-
i. Jules Quicherat, Mélanges d'archéologie et d^histoire.
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CVue perspective intérieure )
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teurs pour ne pas utiliser ces principes en cherchant à les perfectionner par des combinaisons moins coûteuses. Deux raisons surtout devaient stimuler leurs recherches; tout d'abord la question d'argent, grave question qui a eu une grande importance dans tous les temps; le mode de construction des coupoles nécessitait des piles et des arcs-doubleaux très puissants et, par conséquent, de grandes dépenses. Puis le besoin d'agrandir les églises qui, étant donnée la sévérité des lois liturgiques si puissantes au moyen âge, ne pouvaient être bâties ou réédifiées que sur le lieu consacré. D*oii résultait la nécessité de modifier les voûtes afin de diminuer leur poids en les répartissant sur des points d'appui plus nombreux, mais d'une section moindre et, permettant, comme conséquence, d'agrandir l'espace intérieur des églises.
Nous examinerons d'ailleurs cette transformation économique, après avoir étudié les églises à coupoles bâties en grand nombre, à l'exemple de Saint-Front ou suivant ses principes de construction.
Saint-Front présente les mêmes dispositions que l'église des Saints-Apôtres, dispositions que nous avons décrites dans le chapitre précédent.
Les nefs croisées figurant une croix grecque et couronnées de cinq coupoles sont formées par de puissants arcs-doubleaux qui, bandés sur les piles et réunis par des pendentifs appareillés normalement à la courbe (fig, iSg), composent une assise inébranlable aux coupoles ovoïdes, sur plan circulaire, dont les poussées verticales se répartissent également sur les arcs mutuellement contrebuiés. Les piles, percées de hautes et
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étroites arcades, établissent une circulation latérale; les murs de clôture, d'une mince épaisseur et formant le parement extérieur, sont percés de fenêtres en plein cintre.
Il est intéressant de remarquer l'analogie qui existe entre les dispositions de Saint-Front et de Saint-Marc et celles de Sainte-Sophie et des Saints-Apôtres à Constantinople qui rappellent le parti architectural adopté par les Romains dans les Thermes d'Antonin Caracalla ; il est utile de revoir à ce sujet dans la première partie les chapitres m, xii et xiv.
A l'est, l'hémicycle primitif a été remplacé plus tard par une abside plus importante, et deux absidioles ont été ménagées dans le côté oriental des bras de la croix nord et sud.
A l'ouest, l'église à coupoles communique avec Tancienne église latine dont nous avons parlé au chapitre XI de la première partie et sur deux travées de laquelle le grand clocher, marquant la sépulture de Saint- Front, aurait été élevé par Frotaire, évêque de Périgueux sur la fin du x® siècle.
Les grands doubleaux de l'église à coupoles présentent cette particularité d'être des arcs brisés. Ainsi que nous l'avons déjà dit au chapitre x de la deuxième partie, cette forme est un moyen de construction, plutôt qu'un caractère d'architeaure, employé pour diminuer l'action des poussées de l'arc plein cintre, beaucoup plus énergique que celles de l'arc brisé.
Du reste, l'arc brisé était connu bien avant la construction de Saint-Front; les savants dont nous parle Quicherat signalent sa présence : au Caire, dans des
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monuments arabes du IX» siècle de notre ère ; au centre de TArménie, à Diarbekir, dans un portique de Fépoque romaine et dont les colonnes sont reliées par des arcs brisés; enfin, remontant encore plus haut dans Phisloire, en Perse où les constructeurs n'ont pas employé d'autres cintres depuis les derniers Sassanides.
Une forme qui eut autant de succès chez le peuple le plus artiste de TOrient dut certainement être transportée de très bonne heure dans la Syrie et se rencontrer sur le passage des pèlerins si nombreux qui fréquentaient alors les Lieux Saints; pour que cette forme eût attiré l'attention des Latins, il faut nécessairement qu'ils raient vue, non pas dans les mosquées ou ils n'avaient garde d'entrer, mais dans des édifices consacrés au culte chrétien.