‹ L'architecture romaneChapitre 93 sur 102 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

iOLl9E DB WORMt (h B88 B • D A R M tT AD t). — ioiISB DB SPIRE (baviérr) ALLBMAONB.

La première moitié du xii® siècle doit être considérée comme une époque de transition.

Nous entendons donner à ce mot transition une signification plus étendue que celle donnée généralement par les archéologues modernes à cette-époque de l'histoire de l'architecture, car nous ne croyons pas que les perfeaionnements progressifs qui ont marqué le milieu du xip siècle se soient manifestés seulement par les changements apportés dans les formes des arcs.

Les arcs en plein cintre ou les arcs brisés ont une origine très ancienne, et si Ton en croit les savants, les Perses auraient employé Parc brisé bien avant l'époque romaine. D'ailleurs, l'arc brisé était en usage, non comme une forme consacrée ou encore moins comme un système, mais bien comme un moyen, un expédient de construction dans des édifices construits en Provence dans les premières années du xi« siècle. Les exemples de berceaux et d'arcades en forme d'arcs brisés abondent dans les plus anciens édifices romans du Limousin et du Poitou ; on voit même souvent cette forme et le plein cintre employés simultanément dans le même édifice.

HISTOIRE ET CARACTERES

La transition doit être entendue Jans un ^^cns plus large et plus général, car il nous semble que cette époque est caractérisée par la transformation du système de voûtement des églises , fait bien autrement important que la forme des arcs, qui n'est plus qu'un mince détail dans un vaste ensemble.

Ce grand mouvement d'art est né de l'application générale du mode de construction des églises à coupoles, qui avait si profondément modifié, dès les premières années du xi« siècle, l'art de bâtir en Occident, dont Saint- Front est resté l'admirable exemple, le type par excellence.

Nous connaissons les étapes parcourues depuis l'église des Saints-Apôtres, à Constantinople , jusqu'à l'église de Saint-Front, en France. Nous savons avec quelle merveilleuse adresse les architeaes aquitains se sont assimilé les traditions byzantines pour les applt quer selon leurs ressources et par remploi, judicieuse-

içô L'ARCHITECTURE ROMANE.

ment combiné, des matériaux dont ils disposaient; nous avons suivi les progrès réalisés par leurs successeurs romans, depuis Téglisc de Périgueux jusqu^à celle de Fontevrault, et enfin nous avons constaté les modifications apportées, avec une science pleine d'ingénieuses ressources, dans la construction des voûtes, depuis la coupole de Saint-Front jusqu'à la croisée d'ogives si nettement accusée à Saint- Avit et à Saumur.

Ce nouveau système de construction, ayant pour but d>alléger les voûtes, amena tout naturellement des changements considérables. Ils consistèrent dans la diminution des masses portantes, plus faibles, mais plus nombreuses. Entre les piles principales, on éleva des piliers plus faibles; ceux-ci reliés entre eux par des arcades superposées et celles-là par un formeret rejoignant la voûte et solidarisant les piles principales.

Les voûtes d'arête, munies ou non d'arcs - doubleaux, avec ou sans croisée d'ogives, très bombées et rappelant la forme des coupoles ou des voûtes annulaires, reportent les charges sur les piles principales, solidement contrebutées par les voûtes latérales; elles sont disposées sur un plan carré, réminiscence, ou plutôt imitation traditionnelle les églises à coupoles élevées sur un plan semblable.

Les églises bâties au milieu du xii* siècle, ou à peu près, de Worms et de Spire en Allemagne, de Saint- Ambroise de Milan en Italie et de la Trinité de Caen en France, nous fournissent les exemples les plus intéressants de cette époque de transition qui prépara la révolution monumentale du xiir siècle.

Dans la nef de la cathédrale de Worms, nous dit

Tl*^ >»"..'>>.><», •

HISTOIRE ET CARACTÈRES. «97

Viollet-le-Duc, nef qui date de la moitié du xii« siècle, une grande voûte d'arête sans arc-doubleau la couvre et s'élève sur plan carré. Les piles intermédiaires forment des compartiments dans les bas côtés qui sont également couverts par des voûtes d'arête qui dérivent de la tradition romano byzantine.

La cathédrale de Worms est à trois nefs, rappelant les dispositions basilîcales, et qui aboutissent à un transsept, donnant à Tédificela forme d'une croix latine : l'église a deux chœurs, l'un à l'orient qui se termine par un hémicycle à l'intérieur et dont la face extérieure est carrée ; l'autre à l'occident et formé par une abside polygone.

La coupole qui couronne la croisée du transsept est construite suivant les données byzantines-grecques; elle rappelle particulièrement les coupoles de Daphni

VIO. i8s.

ÉOLltB DE WORMS (ALLEMAOlfR^

(Détail de U coupole.)

hb

près d^Athènes et plus encore celle de Saînt-Nicodème [fig. 78) par la disposition des niches voûtées en quan de sphère qui font passer la coupole du plan carré à

Toctogone.

L'église de Spire est du même temps ou à peu près que la cathédrale de Worms.

Les dispositions de son plan rappellent celles des églises normandes du xi siècle.

C'est une basilique composée de trois nefs, d'un transsept dont la croisée est couronnée par une coupole octogone et d'un chœur en hémicycle couvert par une voûte en quart de sphère. A l'extérieur et à l'intérieur, il est décoré de colonnes ornées de chapiteaux qui supportent des arcatures en plein cintre, couronnées d'un cordon audessus duquel s'élève une galerie à jour formée dé petites colonnettes reliées par des

arcades^ disposition qui ressemble au couronnement

de l'abside des églises d'Auvergne *.

ri iH|.

£ot]SE OB SPIRE, BAVlèRB

(allbmagnb). (Plan.)

I. Voir aussi réjîlise de Tourmanin, dans la Syrie centrale, l" i:^artîe, chap. x.

PIC. 18^. éc£II>B DB SPIIIE, BAVIÈKB (ALLBUAGNBJ.

^Vue perspective intérieure.)

i^ L'ARCHITECTURE ROMANE.

La nef à six travées est forme'e de deux range'o

de formerets s'élevani jusqu'à

la voûte et reliant les points d'appui principaux; les travées sont subdivisées par des piliers intermédiaires réunis par des arcades superposées suivant les dispositions indiquées par la figure i85, qui fait voir en même temps les détails particuliers des colonnes supportant les grands arcsdoubleaux de la nef qui se divisent en six parties.

Les bas côtés subdivises sont couverts par des voûtes d'aréie.

La nef principale est couverte par une voûte d'arête sans nervure , bâtie sur plan carré entre les arcs-doubleaux. Les arêtes diagonales de

VIO. I 8 ^.

iOLï»K DR SPIRE (4LI.BMAONB).

(Coupe longitudinale.)

la voûte forment un plein cintre; cette disposition, qui

HISTOIRE ET CARACTÈRES

se rencontre dans un grand nombre d'églises allemandes, donne à la voûte Taspect d'une partie de coupole, construite à l'imitation des églises qui dérivent de Saint-Front.

Page 1