DEUXIÈME ET DERNIER ARTICLE
Dès la venue des Cisterciens, le plan crucial revêtit une raideur austère et partout le rectangle se substitua à l'iiémlcycle. Les églises qui ignorent la mollesse des courbes se nomment Sant Père de Comprodon- , Vallhona de les Monges*. la capella del Miracle'", Santa A^na*^', etc. La plus grande d'entre elles, Santés Creus'" se distingue de ses sœurs cisterciennes par ses grandes dimensions et par la présence de deux collatéraux.
L'é^^lise de Sant Joan de les Abadesses (San Juan de las Abadessas)"*
'" Voir le premier article dans le ly mètres en n-uvre.
cahier de mai-juin, p. nî. '^' A Barcelone, p. 41/, (milieu du
w Sant Père, p. /102 à 4o4 (xii' et xii"^ s.), fig. 557.
xiii" s.), fi». 5'i7 à 539. Eglise très '"' Santés Creus, p. 404 à 409 [iibi
remaniée. Dimensions : 5 m. 80 sur à 1177), fig. 536, 54o à 54i>. Dimen-
l'-m ao en œuvre. sions : '22 m. ')0 sur7n m. 81, en œuvre.
'" Vallbona de les Monges, p. 4<>9 à '" Sant Joan, p. 371 à 38o (milieu 4:2 (xii" s.), fig. !>'i7 à 55o. Diraen- du xii= s.), fig. 507 à 5i5. Dimensions :6ra. 40 sur 4" m. 3o, en œuvre. sions : 8 m. 80 sur 46 m. 80 pour la
'" 'A Tarragone. Eglise des Tem- nef et l'abside et 8 m. 40 sur 30 m. 80
pliers, p. 412, 4i3 (xui' s.), fig. pour le transept, en œuvre. 55i à 556. Dimensions : 7 m. 20 sur
s\vA^TS. ■■'9
établit un lien entre les églises cruciales à une nef et à triples absides et les églises à déambulatoires et à cbapclles absidiales saillantes à l'extérieur. Le déambulatoire est à peine ébauché. Les trois chapelles absidiales sont bien dessinées. L'œuvre semble avoir été conçue par un architecte maladroit. 11 n'osa pas exécuter son projet et au moment de tourner une demi-coupole qui aurait eu i6m.5o de diamètre, il lui substitua des berceaux qu'il fit reposer sur quatre piles massives, quitte a étrangler le déambulatoire et à masquer l'entrée des chapelles absidiales.
A Santa Maria de la Sèu d'Urgell'", un second lien, mais également peu accusé, s'observe entre les églises primitives sur plan crucial et les églises à triforium et déambulatoire. Il s'agit d'un vaste édifice où l'on retrouve à l'extérieur quelques traits de l'architecture lombarde et dont le transept, en longue barre de T, porte en son milieu une abside encore moins accusée que le mihrab de la mosquée de Cordoue.
La nef flanquée de deux collatéraux n'offre aucune disposition particulière, tandis que le transept présente au rez-de-chaussée quatre petites chapelles en hémicycle prises dans l'épaisseur du mur de fond et, au-dessus des chapelles, un triforium dont les branches sont réunies par une galerie demi-circulaire, large de 2 m. 08, en forme de déambulatoire. Deux cages d'escalier aux extrémités du transept permettent d'accéder au triforium et, par son intermédiaire, à la galerie demi-circulaire fermée à l'intérieur mais, en revanche, largement ouverte sur le dehors à l'aide d'arcades légères qui, portées sur les fenêtres de l'abside, donnent au chevet une grande élégance.
Sant Père de Besalii^' appartient lui aussi à ces hybrides curieux par ce qu'ils accusent des tentatives locales et témoignent de copies souvent mal comprises. Il semble avoir été conçu comme une église à nef unique et à une seule abside. L'architecte aurait adapté après coup un rudiment de transejit et aurait tracé à l'intérieur de l'enveloppe générale une nef et une abside, laissant entre leurs parois et
") Santa Maria, p. 'V17 à 358 (xii" s.), '*> Sant Père, p. 367 à 370 (fin du
fig. /iS3 à 495. Dimensions : nefs xn' et début du xni= s.), fig. 3<t2 à
et abside, 22 m. /(O sur 5o m. 80; 3o6. Dimensions : 1 1 m. 20 sur27m. fio,
transept, 7 m. 20 sur 3', m. ',0, en en <cuvre. œuvre.
les murs extérieurs deux collatéraux et un déambulatoire. Telle est l'apparence. En réalité, le plan fut conçu, sans doute, et réalisé sans de grandes modificalions, mais comme l'architecte, pour résister aux poussées de l'iiémicycle, avait été conduit à renforcer le mur du chevet, il prit dans son épaisseur deux chapelles de transept et trois chapelles absidiales. Cette utilisation des dimensions excessives qui par timidité étaient attribuées à quelques murs-culées s'observe, on vient de le voir, à la Sèu d'Urgcll.
II n'est peut-être pas de monuments dont l'histoire architeclonique soi* mieux établie et plus certaine que celle des églises à chevet trilobé. Elles portent leur certificat d'origine dans leur plan et dans l'équilibre dynamique de la coupole. Le jjrincipe du contrcbulement est établi dans une galerie voûtée du palais sassanide de Sarvistan, le plan en trèfle est réalisé dans la salle centrale du palais de Mchatta, un contemporain de celui de Sarvistan.
Porté en Espagne, le plan trilobé ne subit jias de transformations appréciables. S'il est légèrement modifié à Tarrassa (Tarrasa) dans le Baptistère de Saut Miquel (San Miguel) et dans les églises de Sant Perc {San Pedro) et de Santa Maria" précieux pour l'histoire des arts mais dont les enseignements ont été méconnus, il est reproduit à Sant Nicolau de Gérone (San Nicolas) dans l'intégrité des formes et au tiers des dimensions qu'il revêt à Mchatta. Je me suis expliqué à l'égard des édifices de Tarrasa, dans les articles consacrés aux deux premiers volumes de \ Arquitectura roinnnica a Calalunyu par le Journal des Savants ^'\ Je n'y reviendrai pas, d'autant que, la question des origines réservées, et quelques dates rectifiées, les monographies sont excellentes, on ne saurait assez y insister.
Autour de Sant JNicolau'^', les auteurs ont groupé deux églises comparables, l'une dans le Roussillon, celle de Brollà, l'autre dans la Cerdagne française, celle d'Ur, puis des églises catalanes, au nombre desquelles je retiendrai Santa Perpétua de la Moguda "; la chapelle
*" T. I, chap. VI, vnct vni, p. 'i'U à p. xiv, 73 à 78, lig. i3, iGi à iGî
3'i(i, fig. 35i à 383 et chap. ix, pas.s,, ''' Sant Nicolau, p. 1 1 1 (second quart
lig. 38i'i, 385, 386, 387, 3y5, 39f). du xn" s.), lig. 941 O^J- Dimensions;
* Journal des Savants, r.Vrchitec- 6 mètres sur 22 m. .'lO, en œuvre,
ture Catalane, mai 1913, p. 193; "' Santa Perpétua, p. i ic)(vers i i5o),
juin 1913, p. 26(1 et Kspagnc et l'or- fig. 90. tuç;al (Ans Uxa), Eglise de Tarrasa,
ruinée en partie du vieux château de Solsona'", Santa Maria del Puig'*', Sant Pol de les Abadessas'^', et le chevet de Cellers'".
C'est sous le règne de Sancho II, (iooo-io38) et sous l'égide des Bénédictins de Ciuny, que l'arcliilecturc romane fait son apparition en Navarre. San Salvador de Fuentes (environ de Gijon) et San Martin de Fromista sont parmi les premières églises où s'accusent des influences nouvelles.
San Martin n'était pas terminé, qu'Alonso VI (1078-1 1 08) décrétait et faisait commencer vers 107^ la reconstruction de la célèbre basilique de Santiago de Compostela que El Mansour, Vhâdjib de llicham II, avait renversée durant la terrible chevauchée de 997. Les travaux conduits avec activité durèrent de cinquante-trois à cinquantequatre ans. Dès 11 28, ils étaient achevés. Aussi bien, la cathédrale est-elle parfaitement homogène, et en raison de son unité, est-elle l'unique représentant en Espagne de la grande architecture romane.
Certes, les édifices chrétiens commencés sur des plans romans, très vastes sont nombreux au sud des Pyrénées. Mais la longue durée de leur construction, des réfections partielles, des adjonctions parfois considérables ont détruit l'unité de style et en font des monunvents où les apports gothiques se décèlent d'une manière apparente et dominent le plus souvent.
La remarque trouve une application immédiate dans les grandes cathédrales catalanes. Les brefs des papes, les actes témoignant de la générosité des contemporains, les procès-verbaux d'inauguration ne l'emportent pas sur les renseignements fournis par l'édifice. La construction ne trompe pas parce qu'elle se voit et s'apprécie alors que les pièces d'archives concernent parfois des monuments en projet ou même disparus. M. Puig y Cadafalch, un élève éminent d'Antonio Gaudi, le chef et le rénovateur de l'Ecole catalane, a doté son pays d'œuvres que chacun admire. Il a l'inestimable avantage d'être un archéologue, dont la science est soutenue par celle du
'"Solsona, p. iio (xn° s.), fig. '^1 Sant Pol, p. ii3 (xii' s.), Ug.
92. Dimensions : largeur 2 m. !,», en g8, 99. Dimensions : G ra. 8(1 sur
œuvre. 33 m. 40, en œuvre.
* Santa Maria del Puig, p. m "' Cellers, p. ii5 (xn' et xiii' s.),
(xn" s.), fig. 96, 97. Dimensions : fig. 100. 4 ra. 20 sur 18 m. 40, en œuvre.
constructeur. Usait dans quelle mesure il doit accorder confiance aux pièces d'archives et cependant, quand une contestation s'élève, les arguments présentés par le chartiste l'emportent sur les constatations relevées par l'architecte.
Il faut attribuer à un état d'esprit, peut-être entretenu par des influences étrangères, l'attribution au xii° siècle et à l'Ecole romane des cathédrales de Lerida (Lleyda en catalan"'), de Tortose™, de Tarragone'^', de Valence'*' et de Bai'celone'^' et l'importance accordée à Santa Cafarina de Barcelone qui. d'après l'auteur, devient le premier jalon en Espagne de l'architecture ogivale'"*, alors qu'elle n'en est qu'une manifestation secondaire, puisque la cathédrale de Léon, Santa Maria de Régla, svelte, délicatement ajourée, pure de forme, d'un rythme harmonieux et savant, un modèle achevé du gothique, fut commencée en i2o5, et que Santa Catarina a été construite entre les années i225 et 1280.
Je n'insisterai pas sur les très beaux vaisseaux des cathédrales catalanes. Ils relèvent d'une. manière si directe des arts de la France propae;és, au sud des Pyrénées par les Bénédictins de Cluny et de Citeaux que, d'accord avec les auteurs, il suffit de le constater.
M. Puig y Cadafalch et ses collaborateurs ont traité avec ampleur toutes les questions qui concernent la construction et la décoration des cloîtres. Ils n'affectent pas moins de 170 pages de texte et de 328 photographies excellentes aux monographies en outre des 78 pages de texte et des 160 photographies consacrées aux colonnes sans distinction du rôle qu'elles remplissent dans l'édifice (p. O75 à 748), et il faut les en louer, car la Catalogne a le droit de se glorifier de cloîtres romans à classer parmi les plus beaux et les mieux conservés.
La construction était une fonction si directe du programme imposé aux architectes, que les caractères dislinctifs sont peu accusés.
En général, le plan est rectangulaire, mais il en est de scalènes. Tel est, par exemple, celui du cloître de la Sèu de Gérone''' qui
'" Lleyda, p. 190a 197 ; fig. 2o3 à 223. '^' Barcelone, Santa Eulalia, p. 189.
'*! Tortosa, p. 190, "''' Santa Catarina, p. 5o8, Sog; fig.
'^> Tarragona, p. 197 a 2o3; lig. 224 701, 702 du~chap. ix, La Cronologi'a.
à a3o. "' P. 228, fig. 267. Moyenne des
<*' Valence, p. 189. médianes = 29 m. 5o.
230 MAKCEL DIEULAFOY.
rivalise d'irrégularité avec ceux de Llussà"', de RijioU, de Vilaber- Iràn, de Saiut-Bertrand de Comminges. Le plus souvent, les arcs reposent sur une file de colonnes couplées, interrompue par des piles à quatre colonnes cantonnées, mais le cloître déjà nommé de Llussà et ceux de Saint-Génis des Fontaines, même de la Sèu d'Urgell"' ne présentent qu'un rang de colonnes. Le berceau, le demi-berceau '' sont les couvertures usuelles. Seulement, dès qu'on avance vers le xin" siècle, les voûtes nervées remplacent le berceau. A toutes les époques, il y eut aussi des cloîtres dont la toiture était exécutée en charpente. Enfin, dans les anciennes, grandes abbayes de San Cugat del Vallès ''' et de liipoll puis'*', tardivement, à Santa Catarina de Barcelone'"' et à la calliédralc de Burgos"', les cloîtres comportent deux étages. A Bellpuig"', on en ajouta même un troisième.
La voussure habituelle de tous les cloîtres romans est le pleincintre, comme l'appareil est l'appareil classique. Seul, le petit cloître de Sant Pau del Camp à Barcelone, fait exception"". Les arcs présentent trois ou cinq lobes et sont montés en tas de charge, par assises horizontales. L'origine orientale de cette forme d'arceau et de cet appareil ne semble pas niable. M. Puig y Cadafalch n'y contredit jDas, mais il observe avec insistance que c'est le premier et Vunique emprunt fait en Catalogne à l'architecture importée par les musulmans (p. 35o et 385). Il n'est pas loin d'être d'accord avec M. Lampérez, qui considère les constructeurs oméiyades comme des débiteurs de l'Espagne et non comme des créanciers {inf., p. 233), seulement en ce qui concerne la Catalogne, car il admet la contagion musulmane pour le reste du royaume (t. III, p. 897),
D'autre part, si l'auteur consent à ouvrir une brèche, fut-elle très étroite, dans l'arche sainte, il risque de la voir s'élargir. Sant Pau
'" Llussà, p. 329, fig. 461. Saint- 4.'(/î. Moyennedesmédianes= iGm.o5.
Génis, p. Xih, fig. 473. Urgell, p. 338, <^' P. Soi, fig. 702.
fig. 4/8. Côté = 36 m. 5o. '^' Dieulafoy, Espagne ci Portugal
'*• Séu de Gerone, p. 23o, fig. 269. (Ans Una), p. i'|3.
Vilabertràn, p. 465, fig. 640. Le plan, •'• Jane Dieulafoy, Aragon et Va-
p. 464, fig. 639. lence, p. Sg, fig. même page.
'=" P. 204, fig. 3o6 et p. 255, fig. WP. 385, 386; fig. 523, 524, 889,