Côté, après corrections 37 m. Go
>" P. 3i9, fig. 433 et p. 324, fig.
del Camp n'est pas le seul édifice où règne Tare polylobé. L'abside de Santa Cristina de Lena est éclairée depuis le x= siècle par une fenêtre polylobée '" dont l'importance archéologique est d'autant plus grande que les chapiteaux en forme de pyramide tronquée, ainsi que les lions, les cliasseurs et les molosses qui les ornent sont des motifs de décoration communs à Santa Cristina de Lena et à Santa Marîa de Naranco et que plusieurs se rattachent à des tlièmes iraniens indiscutables. C'est également dans ces églises que l'on constate l'abandon des voûtes romaines, inorganiques et concrètes et l'introduction des voûtes nervées. d'origine perse qui, de deux siècles, encore, ne prévaudront pas dans le reste de l'Europe'".
Faut-il rappeler que l'arc polylobé fleurit dans la nef de la basilique de Santiago de Compostela '^' cl, plus tard, dans la corniche du cloître de la cathédrale de Tarragone'".
La vérité est que l'introduction victorieuse en Espagne de l'architecture des Bénédictins clunisiens et cisterciens modéra pendant les périodes où elle s'épanouit, la propension toute naturelle de l'Espagne à s'aider des arts musulmans et à rechercher les architectes, les sculpteurs et les peintres qui les pratiquaient, mais l'empreinte était profonde, indélébile et aux arts prolo-mudejars antérieurs à l'arrivée des Bénédictins, succédèrent, après un loiig intervalle, les arts inudejars dont les maillons rétablirent la chaîne continue qui unissait l'Espagne chrétienne à l'Espagne musulmane. Comment douter de la solidité de ces liens quand à l'époque de Ferdinand III de Castille (1217-1285), il existait des Espagnols qui écrivaient leur langue en caractères arabes, quand sous le règne de Philippe II (1556-1598), près d'un siècle après la prise de Grenade et l'expulsion des Maures, les chrétiennes sortaient envelopjjées de voiles impénétrables, lapadas, que, dans certaines provinces, les hommes et les femmes portaient le costume des anciens envahisseurs'"', quand on voit l'Espagne adopter le compromis entre la
(" Dieulafoy, Espagne et Portugal '■' Il existe à la Bibliothèque nalio-
(Ars Una), p. 65, fîg. i38. nale (Cabinet des Estampes) une très
'" Id, id. (id.), p. 63 à 65, fig. i42, curieuse collection d'aquarelles espa-
ili'i. gnôles du xvi' siècle, où ces costumes
'" Id, id. (id.), p. Kiy, lu). sont représentés (Gaignère, Espagne,
'•^^ V Arquitcclura liomanica, ^. k^-x, i562.0b. ii. fig. 665.
prédestination et le libre arbitre que le Coran avait emjDrunté aux écoles stoïciennes d'Alexandrie'".
Cette pénétration morale et matérielle ne se constate pas seulement dans les arcs polylobés de Sant Pau del Camp. Tous les cloîtres en portent la preuve.
Lorsqu'on parcourt la magnifique collection de photographies réunies dans V Architecture Catalane, collection présentée, classée et discutée avec science et sagesse, on remarque beaucoup de chapiteaux sans indications ou qualifiés de zoomorpliiques (t. 111, 1. VII, chap. XV, p. 870). Tous, sans exception, reproduisent des thèmes empruntés à la sculpture de l'Ancien Orient. Les motifs ont été importés d'Asie, sans doute, en même temps que des étoffes dont on trouve encore quelques lambeaux soit dans le musée épiscopal deVich'*', soit dans les trésors de Saint Sernin de Toulouse'^', de la cathédrale de Sens"', de Sainte-Ursule et de Saint-Kunibert de Cologne'', soit dans les collections du musée de Cluny ou dans celles des musées de tissus de Lyon, de Londres et de Berlin'"'. Les monnaies, les pièces d'argenterie, les armes, les cuivres ouvrés, les ivoires sassanides ont tellement aidé à leur diffusion que l'influence s'en fait sentir jusqu'en Chine, jusqu'au Japon"'.
J'ai signalé les cliapiteaux de la cathédrale de Lund (Suède)'"; j'y joindrai ceux des églises de la Sauve (Gironde) et de Boschervillc (Seine-Inférieure) et, aussi, l'étoffe avec inscription arabe, de style sassanide du musée épiscopal de Vicli, où sous les noms de Samson et de Daniel apparaissent des copies du Ghilgamech, l'Hercule clialdéen, étreignant les monstres dont il purgea la terre. Rapprochez les figures 2, 3 et 4 du compte-rendu relatif à la cathédrale de Lund et la figure 2 1 3 de V Histoire de l'art en Espagne et en Portugal,
<•' Dieulafoy. La prédestination, la '*' Id, id.[id.), p. i35'.
prescience et le libre arbitre. Acadé- "'' Id, id. (id.), ûg. fig, Gi.
mie des Sciences morales et polili- '"' Id, id. (id.), fig. 60, 62, 63.
ques, i') février lOoS, p. 5ii^>. '" Id, id. {id.),p. 23, 24; Cg. 0/,,
**' Dieulafoy, Espagne et Portugal également, fig. 5o à 65. Acad. des
Ans Una), p. 94 à io5 (ûg. 197 à Ins. et B. L. Comptes rendus, séances
2i3), où sont condensées quelques des i5 juillet 1910 et 2':! juin 1911.
preuves flagrantes des emprunts faits '*' Acad. des Ins. et B. L., (Comptes
aux arts musulmans. rendus, ifliS, p. 317.
"> Id, id. {id.),iig. AI 2.
des photographies n"' 2i5 (p. IQÔ), 218 (p. 197), 220 (p. 198), 379 (p. agA), 670 (p. 484), 681 (p. 490), io47 (p- 7^^)- ^060 (p. 735), io65 (p. 74O), 10G6 (p. 74 1), qui reproduisent les chapiteaux de la cathédrale de Lleyda (Lerida), du cloître d'Estany, du cloître de Tarragone, de Sant Joan de les Abadesses. du musée et de la Scu de Géronc, de Sant Père de dalligans et l'identité d'origine vous apparaîtra indiscutable. Continuez la même enquête en partant des cylindres chaldéens et perses et des bas-reliefs de Persépolis pour aboutir aux chapiteaux des églises catalanes de style roman'" en passant, si vous le voulez, par Sant Ambrogio de Milan. San Michèle Maggiore, San Pietro in Ciel d'Oro el autres édifices de Pavie et vous découvrirez toute la gamme des héros poignardant les lions elles dragons en furie (p. aoo, fig. 228; p. 894, fig- 535: p. 742, fig. 1068; p. 7'i3, fig. 1071. Cathédrale de Lleyda), des animaux affrontés, des quadrupèdes ailés, des rapaces héraldiques traduits parles artistes des Eannadou, des Our Nina ou, plus près de nous, des Khachayatya achéménides "'. Les auteurs de lArchitecture romane en Catalogne en conviennent sans réserve (p. 873).
Dans les articles précédents'^', je n'ai pas eu à m'occuper des sculptures d'inspiration orientale, parce qu'elles n'apparaissent guère en Catalogne avant la fin du xi" siècle, mais je n'ai pu me dispenser de m'élever contre les théories de M. Lampérez qui, en se fondant sur une méprise ou sur une distraction'*' manifeste, rattache toutes les voussures outrepassées de l'Orient à l'architecture espagnole, car, si on poussait à l'extrême sa théorie, on lui donnerait un effet rétroactif, jusqu'aux palais achéménides "" et sassanides '"' de l'Asie occidentale, jusqu'aux églises " et aux mosquées antérieures aux
'•' Les animaux affrontés sont repro- t. IH, p. 82, 83 ; fig. 112, ii3;pI.XVlL duits sur les chapiteaux, fig. ai 5, 217, '^' Journal des Sai'ants, l. c.
218, 221, 292, joo, 320, 337, 4i>2, '*' Dieulafoy, Espagne et Portugal
436, 438, 448, 452, 456, 533, 671, 672, (AusLTna),p. 69, 70, fig. 146, 149a ii5. 674, 693 à 696, 1017, i()3(; à 1039, *''Id, Art antique de la Perse, ï'aXzïfi
1041, 1046, i()55; les quadrupèdes de Firousabad, t. IV, p. 36, fig. 26. ailés, fig. 219, 2G0, 263, 26',, 4'i3, 424, '^' Id, Espagne et Portugal [c\-RSi\}y s),
474, 477, i(>35; les rapaces, 219, 269, Palais de Rabbath Amman, p. 98. 296,302,319,334,337,339,420,423, ''> Id, id. (irf.). Eglise souterraine
435, 455, 528, 529, 692, 693, 69',. de Geurémé, p. 71, fig. 83; église de
ii)3i, io34, \o\i à 1045, io5',. Sivri Hissar en Lycaonic. p. 71, fig.
* Dieulafoy, Art antique de la Perse, 84, 85.