SAVANTS
premiers contacts des musulmans avec l'Europe'" où elles se montrent sous leurs formes définitives.
Les sculpteurs catalans comme d'ailleurs leurs confrères français et italiens, se montraient fort éclectiques dans le choix des modèles dont leurs ciseaux s'inspiraient. Les réminiscences des architectures grecque, romaine, byzantine, les emprunts aux manuscrits rhénans, bourguignons, anglo-saxons, irlandais y côtoient les sujets inspirés par l'Ancien et le Nouveau Testament car, pour les artistes qui les imitaient, les carnassiers et les rapaccs chaldéens représentaient les animaux de l'Apocalyse comme Ghilgamech figurait Samson ou le prophète Daniel dans la fosse aux lions. L'exécution, rude et austère au début, s'assouplit, se perfectionne par degrés et devient telle que les œuvres de transition, entre le xn'- et le xui" siècle, sont parfois remarquables. Le cloître de Santa Maria de Ripoll, et, surtout, ceux des cathédrales de Lleyda (Lérida) et de Tarragone offrent de nombreux exemples d'arrangements heureux et de combinaisons vraiment artistiques.
Les auteurs signalent, à titre d'exemple unique en Catalogne, les statues adossées aux piles du cloître de Solsona (p. 3i6, fig. ^28, 429) et les comparent aux cariatides du cloître de Saint-Bertrand de Comminges (p. 317, fig. liSu). L'observation est judicieuse mais elle ne concerne que la Catalogne. Le cloître de Solsona paraît remonter à la fin du xa' siècle; or, bien avant cette époque, dans ÏAnlecdmara ajoutée à la Cdrnara Santa d'Oviedo, sous le règne d'Alonso VI (i 073-1 108'*') , les douze apôtres portent, deux par deux, la retombée des doubleaux et sur les portails de San Vicenle d'Avila, contemporains, il est vrai, de l'église de Solsona, les mêmes apôtres d'une part et, de l'autre, la Vierge et l'ange delà Salutation Angélique soutiennent également la naissance des arcs'".
Je ne reviendrai pas sur l'histoire du clocher carré'*', usuel en Catalogne à partir du xi' siècle, puisqu'il est su que les églises n'ont eu de véritables beffrois — fussent-ils construits pour aider à la défense de la cilé comme l'expliquent les auteurs (t. H, p. 3/0) — •
'*' Id, id. {id.), Mosquées d'Amrou '^' Id., id. [id.). p. 118, fig. 210,
et de Touloun, p. 98. l'ii.
'*' Dieulafoy, Espagne et Portugal "'T. Il, 1. III, clmp. iv, p. i^i à 392
(Ans Una), p. 117. et t. III, 1. VI, cliap. n, p. Sv.g à 538.
que vers la fin du x° siècle, alors que dès le \nV les mosquées de Syrie étaient dotées de minarets carrés '", prototype des clochersminarets reproduits sur les manuscrits espagnols'*' et construits en Castille et dans les Asturies aussi bien qu'en Catalogne.
Le même thème apparaîtrait sous diverses formes.
Le mobilier sacré (livre VI, cliap. ni), les architectures funéraire (ttf., chap. iv), monastique (kl., chap. v), civile (id., chap. vi), militaire (irf., chap. ix) sont étudiées avec le même souci de précision et d'exactitude. Malheureusement les monuments à présenter sont rares .
Les ouvrages fortifiés ont disparu en partie ou en totalité. Les ruines du château de Salsona (p. 6 '12, fig. 874 à 876) sans intérêt militaire appartiennent au xn" siècle. Celles du château de Lleyda (Lerida) sont instructives. Comme je l'ai toujours avancé, elles confirment que l'Espagne et le reste de l'Europe doivent aux ingénieurs musulmans les progrès accomplis dans l'art de défendre les places'". Les auteurs n'en conviennent pas. Toutefois, ils écrivent « qu'à l'origine le château moresque de Lleyda était couvert en charpentes que Dom Jaimc 1 (Don .Taumc cl Conquistador. 1213-1276) avait pu voir et auxquelles, durant son règne, il substitua les voûtes de pierre qui existent aujourd'hui ».
A propos de la belle et puissante tour de lÉvèque, à Tarragone (Tour du palais épiscopal, p. 6A4, fig. 6'|2), dont les angles morts sont battus par des bretèches {inatacan — lue chien — en catalan et en espagnol), les auteurs reprennent leur thèse favorite. D'après eux, le malacan est la traduction spontanée en maçonnerie des anciens hourds de charpente, et l'origine des lignes indiscontinues qu'en langage technique on nomme mâchicoulis, « qui, au cours des périodes postérieures entrèrent dans le couronnement des ouvrages militaires » (t. III, p. 64-4).
Nier que le hourd se soit transformé en hretèclic et que la brctèche ait engendré le mâchicoulis serait s'étal)lir contre la vérité. Seule-
'*' Dieulafoy, Espagne et Portugal Mémoires de TAcadéniie des Inscrip-
(Ars Una), p. 'i.'(-'iS, fig. 91. lions et Belles-Lettres. 1898. T.
'*' Arquitectura roinanica a Catolit- XXXVI, i'^' partie, p. S-iS et Espagne
nia, t. II, p. 387, fig. 4*7. et Portugal (Ans una), p. 4 i , \i, 11!)
'^> Dieulafoy, Le Château Gaillard, à 117, i^/Jà \'i']. 210, 211.
ment bien loin d'être régionale et relativement moderne, la double modification fut réalisée par les Assyriens et son dernier terme l'ut connu des Grecs, il est décrit sous le nom de u-opAi'jas-/. par Pliilon (I, 38) et par l'anonyme de Byzance {Slraléfjiques XII, 3). En outre, le hourd à demeure construit en pierre et le mâchicoulis luimême étaient usuels en Syrie dès les premiers siècles de l'hégire et furent importés en Espagne par les musulmans, puis, en France par les croisés".
Que l'on ne s'y trompe pas; la vaine satisfaction de rectifier des appréciations, à mon sens erronées et de signaler des lacunes de détail ne m'ont pas conduit à ramener sans cesse l'antique Orient dans le débat. C'est parce que les problèmes relatifs à l'origine des monuments voûtés sont d'une importance capitale pour l'histoire de l'architecture et c'est parce que VioUet-le-Duc, pris de doute vers la fin de sa carrière, m'a envoyé en Perse où il entrevoyait la solution que je m'efforce de lever les obstacles, si petits soient-ils, placés sur la route.
Les attributions un peu vieillies de quelques édifices religieu.x, la détermination hasardeuse ou incorrecte des origines de quelques motifs ne dépareraient guère l'ouvrage que M. Puig y Cadafalch et SCS collaborateurs consacrent à la glorification de l'art catalan ; ce ne sont que des imperfections fort légères. Mais, en raison même de sa très grande valeur et de son importance documentaire, le travail, par ses tendances exclusives risque d'avoir une influence fâcheuse sur la propagation de la vérité et d'en atermoyer la connaissance. L'écueil est là. Aussi bien importait-il de le signaler.
Lieutenant-Colonel DIEULAFOY.
'" Dieulafoy, lispagne <;t Portugal B. L., Mémoires, i. .XXXN'l, i'''' partie, (Ans un'a), p. it,, 11^; fig. l'ig, Le \). 3ri. Acropole de Suse, [). ig8, 2i'i, C/iiiteaii Gaillard, Acad. des fnsc., et 2i5.
NA Dieulafoy, Marcel ^i^ij Auguste, 1844-1920.
rz-i' L'architecture
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