‹ L'ardente chevauchéeChapitre 1 sur 24 · A HENRI DE REGNIER · texte numérisé non relu

A HENRI DE REGNIER

Un peu las, mais heureux dhtn poids de souvenirs, Je porte mon poème encor prêt à mûrir Sous mon cœur plein d^ automne et tressé de vendanges. La 7naison du bonheur est V accueillante grange Et mon âme fermente au seuil du livre ouvert. Voici le pas à pas qui coula sur mes vers Comme si chaque route amoncelait des vignes. J'ai couru — les paysages me faisant signe — Dans toute ma tendresse et ma douleur aussi, Enfant de cœur dernier et faible allant ainsi Parmi les Fêtes-Dieu qui décorent la vie. y ai chevauché V Espoir à la vitesse amie,

y ai passé dans le vent, dans l orage et l amour I Les fers de nion coursier ont déchiré le jour Et la nuit a connu mes sommeils intrépides ! Voyez de tant donner combien mes mains sont vides ! Aujourd'hui j'ai r orgueil de cette pauvreté Qui couvre mon cœur lourd de s'être tant porté.

Poèmes de la Cité et de la Maison

LA BAEQUE

Pleine d'hommes, de ciel, de lumière, d'écaillés, Lourde des fruits cueillis aux vendanges des mers, La barque nonchalante, à la coque de fer, Offre au port qu'elle atteint — d'un geste d'épousailles

Sa beauté matinale et ses filets ouverts.

Les corbeilles d'osier se tendent et tressaillent.

Et les pêcheurs, courbés, font courir sous les mailles

La moisson argentée qui doit marqueter l'air.

Le soleil rit ; l'esquif est une île légère,

Un peu d'eau, dans le fond, met une tache claire,

Les rames fatiguées s'égouttent sur les bancs...

Et, comme le vainqueur qui rêve sa victoire, Lumineuse, passive, humble de trop de gloire, La barque se balance à l'ombre des haubans.

BAR GEEO

Le garçon de Corfou, facile et diligent.

Avec le verre d'eau, limpide et bleu, nous laisse

Le caté, le raki, les olives de Grèce

Et le tabac d'Asie sous le papier d'argent.

Nous mélangeons le goût des parfums captivants Et nos fumées, sur eux, font de légères tresses Que l'ombre viendra prendre avec le froid qui blesse Par la porte vitrée ouverte au seuil du vent.

Le soir n'atteint que nous; mais les marchands affables. Qui vantent les tapis de Smyrne au long des tables, Continuent, nonchalants, le trafic de leur bien;

Et c'est encor. harmonieuse, la luxure

De nos mains s'enfonçant dans le large murmure

De ces étoffes d'or dont nous ne donnons rien.

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