‹ L'Arétin français [electronic resource]Chapitre 20 sur 43 · REPONSE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

REPONSE DE L'AUTEUR

De P . . ., le 7 février 1787.

Quelle idée vous vous êtes formée de moi, mon ami!... C'est ma faute; je vous ai récité quelquesunes de mes vieilles folies, et vous m'avez cru toujours fou. A vous entendre, frère Oignon, père Andouillard ne feraient œuvre vis-avis de moi. Il s'en faut que je mérite et même que je veuille mériter cette réputation. L'homme, qui ne saurait lire Richardson, ou J. J. Rousseau, sans être attendri jusqu'aux larmes, n'a gardé d'affaiblir ces jouissances en les divisant. La Nature, je l'avoue, m'a gratifié d'un tempérament assez bon;

mais en même temps elle m'a doué d'une âme trop délicate pour ne pas me laisser guider plutôt par le sentiment; aussi, en fait de mœurs, je ne redoute point que personne m'efïace.

Rien de plus ingénieux, de plus fort et de plus concluant que l'article de votre lettre, où vous prenez la défense du genre libre dans lequel je me suis exercé, à l'imitation de ces peintres qui se délassent d'ouvrages sérieux par des caricatures. Votre comparaison du style poétique avec le plomb chassé d'une carabine vous ferait seule proclamer poète, et les vers qui coupent votre prose confirment ce jugement; permettez-moi de rectifier le votre à mon égard.

Je ne subjugue point les femmes, Les Vierges eneore moins, c'est le finit défendu.

Je fuis Vintrigue, et j'abhorre ses trames, Mon cœur au pur amour de tout temps s'est rendu.

Quand Vénus daigne me sourire, Des fleurs et de l'encens les parfums les plus doux

Sont mis aux pieds de l'autel qui m'attire; Là, forcé par mes sens . . . je fous;

Mais, tant je crains d'offenser ce que j'aime, Mon coeur, e?i jouissant, se le cache à lui-même.

Honneur à Piron dont vous me parlez. Malgré sa fameuse Ode, il fut plus décent que beaucoup de ceux qui lui reprochent encore. C'est lui dont la verve tient du salpêtre; mais, je dis avec mon Metromane :

ha sensibilité fait tout notre génie.

La nouvelle de vos mille écus retranchés par an m'afflige; mais je vous félicite du courage avec lequel vous supportez cette perte. En eftet, les doléances ne changeraient rien; il ne s'agit que de prendre le compas de la modération, de faire le cercle plus petit et de n'en point sortir. Adieu, santé ferme, joie constante, et amitié, s'il se peut, égale à la mienne.

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